L’opération Goldfinger, avec la levée du secret bancaire sur l’emprunt de 1,1 million d’euros, octroyé par la State Bank of Mauritius (SBM) à l’ex-ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a été évoquée lors des délibérations du conseil des ministres d’hier matin. Dans la conjoncture, le principal message transmis par le chef du gouvernement, sir Anerood Jugnauth, est que l’enquête, initiée par l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), suite à l’obtention d’un Judge’s Order, émis par le juge Iqbal Maghooa, devra se poursuivre. De son côté, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, est intervenu pour faire état d’une « campagne de dénigrement orchestrée contre lui depuis trois à quatre mois avec cette fois-ci des membres de sa famille ciblés ». D’autre part, le suspense est toujours de mise quant au développement dans l’enquête de l’ICAC car la SBM n’avait pas encore soumis les documents faisant partie du Judge’s Order pour le démarrage de l’enquête.
La réunion du conseil des ministres ne fut nullement une de routine car elle se déroulait après un exercice de Ministerial Musical Chair, Vishnu Lutchmeenaraidoo perdant non seulement le prestigieux portefeuille des Finances mais faisant également l’objet d’une enquête de l’ICAC avec un ordre de la Cour suprême pour la levée du secret bancaire. Il était évident que le sujet allait être évoqué à un moment ou un autre à l’intérieur du Cabinet Meeting Room.
Aucune des sources approchées par Le Mauricien n’a voulu être très précise au sujet des échanges entre les différents protagonistes sur cette affaire, qui secoue les rangs du MSM depuis plusieurs jours déjà. Toutefois, à un moment donné, le Premier ministre aurait fait comprendre : « aucun Cover-Up pour n’importe qui », laissant entendre que l’enquête de l’ICAC pour faire la lumière sur l’Euro-Loan Saga se poursuivra.
De son côté, le ministre Lutchmeenaraidoo est intervenu en soulignant que « cette campagne de dénigrement et de déstabilisation contre lui a démarré il y a trois à quatre mois de cela et que maintenant on s’attaque à des membres de ma famille, dont mon fils ». Il a ajouté que de par « le poids de la spiritualité dans ma vie, je ne compte pas faire du mal à quiconque » tout en regrettant « cette action concertée contre lui ».
Toutefois, à la sortie du conseil des ministres d’hier, les ministres affichaient un « Business As Usual » avenant pour qualifier le déroulement de la séance d’hier. Quant à Vishnu Lutchmeenaraidoo, il a renvoyé les membres de la presse au début de la semaine pour tout commentaire sur l’évolution de la situation en dépit du posting sur son Facebook de « Enough is enough ! » de jeudi soir.
Néanmoins, le nouveau ministre des Affaires étrangères n’est pas encore au bout de ses peines au sein du gouvernement. En effet, depuis son retour à l’hôtel du gouvernement, après le mini-remaniement d’urgence de lundi après-midi, il a continué à occuper son bureau du ministère des Finances, le seul qu’il a occupé au cours de sa carrière de ministre depuis mars 1983. À partir de la semaine prochaine, il devra évacuer les lieux pour aménager à la Newton House en dehors de l’enceinte du Government House. Des dispositions ont été prises pour que le déménagement se déroule durant le week-end.
La raison principale porte sur un aspect pratique car toute la logistique du ministère des Affaires étrangères est installée depuis plusieurs années à la Newton House. En plus, la décision de faire transférer les services du ministère des Finances à la SICOM Tower à Ébène a été « recalled » depuis le début de la semaine. Le Premier ministre prenant sous son contrôle le portefeuille des Finances et les préparatifs du budget 2016/17 déjà enclenchés, le ministère des Finances devra rester à Port-Louis en vue de faciliter les échanges avec le Prime Minister’s Office au Treasury Building.
Toujours en fin de semaine, l’ICAC attendait toujours d’accuser réception de documents de la SBM pour les besoins d’enquête. Des sources bien informées soutiennent qu’il faudra repasser probablement mercredi prochain pour franchir cette étape en vue d’établir des éléments pour un Prima Facie Case sous la section 7 de la Prevention of Corruption Act dans l’Euro-Loan Saga avec un prêt de 1,1 million d’euros en date du 11 septembre 2015.
Outre le fait de réunir ces détails exigés par la Cour suprême dans le cadre de l’exécution de ce Judge’s Order, la SBM doit également se pencher sur une autre exigence majeure. Depuis le début de la semaine, le cerbère du secteur bancaire, la Banque de Maurice, a réclamé une enquête au sujet de la publication dans la presse des Loan Documents au sujet des transactions impliquant l’ancien ministre des Finances. Le gouverneur de la Banque Centrale, Ramesh Basant Roi, n’a pas manqué de confirmer à la presse, hier, qu’il avait exigé un rapport complet sur cette fuite de documents confidentiels. Il se bat sur le plan de préserver l’intégrité du secteur bancaire.
Force est de constater qu’au moment où le gouverneur de la Banque de Maurice parlait de confidentialité, une lettre anonyme énumérant une série d’allégations les unes plus accablantes que les autres, le travail d’un véritable Insider au sein de la BoM Tower, était en circulation. La teneur de cette correspondance est axée sur les dessous de l’emprunt de Rs 45 millions de la State Bank, notamment l’artisan, qui a négocié les termes et conditions de l’Euro Loan de 1,1 million, des nominations au sein de la Banque Centrale ou encore d’autres dossiers hautement confidentiels et litigieux.
Cette affaire de prêt de Rs 45 millions avec des intérêts à 1,5% annuellement, et le repaiement des intérêts se faisant une fois l’an et le capital remboursé en un seul bloc après deux ans, continuera à alimenter le « Talk » du week-end. En effet, le bureau politique du MSM se réunira ce matin au Sun Trust Building, Vishnu Lutchmeenaraidoo participant à sa deuxième réunion depuis sa réintégration au sein du parti Soleil.
L’objectif du leader du MSM, Pravind Jugnauth, sera d’éviter tout dérapage, risquant de faire éclater la bulle politique avec pour conséquence une éventuelle élection partielle au n° 7. Dans cette mission, il pourra compter sur le soutien des membres du « club des poules mouillées » du Sun Trust, qui veulent éviter toute partielle comme la peste dans la conjoncture politique.