L’opération Goldfinger, avec l’Euro-Loan Saga relevant d’un prêt de 1,1 million d’euros de la State Bank of Mauritius (SBM) à l’ancien ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, aujourd’hui chef de la diplomatie, est devenue un casse-tête chinois à l’hôtel du gouvernement. En effet, après des protestations verbales proférées dans l’hémicycle à la lecture de l’affidavit préparé par les soins de Me Narendra Appa Jala, Senior Attorney, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a pris la décision de censurer son ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, en l’accusant de s’être rendu coupable du délit pénal de « Swearing False Affidavit ». Et ce, par le truchement d’un communiqué officiel émis par le Prime Minister’s Office, hier après-midi. Dans cette perspective, des interrogations se posaient sur la présence du ministre des Affaires étrangères au conseil des ministres de ce matin. Son entourage a confirmé qu’il allait participer aux délibérations du conseil des ministres du jour et il serait arrivé au Cabinet Room à 10h15 en empruntant le tunnel reliant l’hôtel du gouvernement au Treasury Building. Sur le front de l’enquête, les limiers de l’Independent Commission Against Corruption profiteront de ce long week-end pour boucler le rapport devant faire l’objet de consultations triangulaires entre l’ICAC, le bureau du Commissaire de police aux Casernes centrales et l’Office of the Director of Public Prosecutions (DPP) dans les meilleurs délais.
Pour faire taire la campagne orchestrée sur la base de l’affidavit juré par le ministre des Affaires étrangères, lundi, le Premier ministre, qui avait exprimé son désaccord au sujet de certaines allégations de Vishnu Lutchmeenaraidoo, a littéralement censuré ce dernier. Dans un communiqué officiel, sir Anerood prend ses distances au sujet des tractations pour le prêt de Rs 45 millions à des taux d’intérêt fixes de 1,5% annuellement, plus particulièrement le paragraphe 15 (xiv) du document.
« Le Premier ministre apporte un démenti catégorique à certaines affirmations contenues dans l’affidavit du ministre Vishnu Lutchmeenaraidoo juré en Cour Suprême le lundi 4 avril 2016 et soutient avec force qu’il n’a jamais demandé à être mis au courant du prêt contracté par le ministre auprès de la State Bank et encore moins des conditions de ce prêt. »
 « De ce fait, le Premier ministre déclare qu’il est totalement faux d’avancer, comme évoqué dans le paragraphe 15 (xiv) dudit affidavit, qu’il était « satisfied that the loan was in order », souligne le communiqué émis par le service de presse du Premier ministre.
La teneur de ce communiqué laisse la porte ouverte à la possibilité d’une enquête du Central CID sur le délit éventuel de « Swearing False Affidavit » mais faut-il qu’au moins, la partie concernée consigne de déposition formelle avec le principal témoin, sir Anerood, donnant sa version des faits sur ce point précis. D’ailleurs, dans une déclaration à la presse, hier après-midi, le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, ciblé de manière frontale par un Senior Member of Cabinet, a balayé d’un revers de la main les allégations. « Totalement faux », a-t-il avancé. « C’est probablement sa stratégie de défense dans l’affaire dans laquelle il est impliqué. Je ne sais pas qui conseille Vishnu Lutchmeenaraidoo. À mon avis, ce ne serait pas du Best Legal Advice », ajoute-t-il, concédant que des avis différents subsistent par rapport à des dossiers majeurs, comme les Smart Cities, les Petites et moyennes entreprises ou encore la MauBank avec Rs 5 milliards de fonds publics déjà engloutis.
Le ministre Bhadain a laissé entendre qu’il ne compte précipiter les choses par rapport à l’affidavit Lutchmeenaraidoo. « Pour l’instant, je ne compte pas réagir. Je peux entamer des poursuites. Mais ce n’est pas ma priorité. Je n’ai pas été élu par la population pour cela. Je continuerai à travailler… Si quelqu’un trouve qu’il doit prendre des actions dans la conjoncture pour ne pas embarrasser le gouvernement. Il doit le faire. Je pense que ce serait tout à son honneur si Lutchmeenaraidoo démissionnait », a-t-il ajouté en se réservant le droit de réclamer une enquête sur la teneur de l’affidavit.
En tout cas, le ministre Lutchmeenaraidoo ne l’entend pas de cette oreille car ce matin, il s’est présenté à la salle de délibérations du conseil des ministres pour la réunion du jour. Le vice-Premier ministre et ministre des Terres, Showkutally Soodhun, qui avait renvoyé, hier, ses gardes du corps, sa voiture et ses riders, était également arrivé au Treasury Building vers les 10 heures par le tunnel comme tel a été le cas pour Vishnu Lutchmeenaraidoo un quart d’heure plus tard. Cette décision du vice-Premier ministre de ne pas se rendre à son bureau, hier, a ouvert une nouvelle brèche avec des spéculations sur la situation au sein du MSM. Mais du côté du service de presse, l’on faisait comprendre que Showkutally Soodhun était souffrant.
À la mi-journée, il était quasi impossible de savoir dans quelle ambiance s’est déroulée la réunion du conseil des ministres, le chef de la diplomatie étant dans une situation intenable après les dénonciations plus que publiques du Premier ministre contre lui. Difficile à confirmer si les échanges seront d’une rare virulence, un Senior Minister accusant un autre collègue d’être « le kanser de sa gouvernman-la » et l’autre lui répondant en l’accusant d’avoir engagé des milliards dans MauBank et également avec des projets mirobolants au Ghana, entre autres, comme ce fut le cas lors de la réunion du comité parlementaire de Lalyans Lepep de lundi dernier.
Du côté du QG de l’ICAC, l’absence d’un contrôle judiciaire, soit l’inculpation provisoire refusée, hier, par le commissaire de police, Karl Mario Nobin, pousse les enquêteurs à mettre les bouchées doubles pour les dernières vérifications dans le cadre de l’opération Goldfinger. Des sources bien renseignées confirment que le personnel de l’ICAC sera « On Duty » ce week-end à cet effet.  Le dossier relatif à une inculpation provisoire sous la section 7 du Prevention of Corruption avec ce prêt de 1,1 million d’euros à 1,5% par an devra faire l’objet à partir de ce jour de consultations triangulaires entre le bureau de l’ICAC, les Police Headquarters aux Casernes centrales et l’Office of the Director of Public Prosecutions en vue de déterminer « What’s Next ? ».