L’Independent Commission Against Corruption (ICAC) met actuellement les bouchées doubles sur deux fronts dans le cadre de l’opération Goldfinger, soit l’Euro-Loan de 1,1 million accordé avec des intérêts annuels de 1,5 % par la State Bank of Mauritius à l’ancien ministre des Finances Vishnu Lutchmeenaraidoo, et le dossier du partenariat entre la Yihai International et la State Investment Corporation (SIC) pour le projet avorté de Pailles Smart City. Dans le premier cas, les limiers de l’ICAC tentent de percer le mystère de la “main invisible” qui a forcé la réduction du taux d’intérêt de 1,9 % à 1,5 % de même qu’une plus grande flexibilité au sujet des autres conditions et modalités de cette transaction financière. Par ailleurs, au chapitre du projet de Pailles Smart City, le directeur général du Board of Investment (BOI), Ken Poonoosamy, a été entendu pendant trois jours au QG de l’ICAC, Réduit Triangle, au sujet des procédures adoptées pour le choix de ce projet.
Selon les recoupements effectués par Le Mauricien auprès de sources concordantes, Vishnu Lutchmeenaraidoo a obtenu sa décharge de la clinique hier matin après son admission dimanche suite à « une troisième rechute ». Toutefois, à ce matin, aucune indication au sujet de ce développement sur la page Facebook de l’ancien ministre des Finances, qui avait habitué ses « friends » à des « Regular Postings » jusqu’à tout récemment.
D’autre part, aucune indication n’a transpiré publiquement quant au prochain Move de Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui n’a pas assisté hier à la reprise des travaux de l’Assemblée nationale. La question qui reste posée dans la conjoncture politique demeure si le nouveau ministre des Affaires étrangères occupera sa place autour de la Cabinet Table pour les délibérations du conseil des ministres de vendredi. Pour l’instant, il aurait préféré rester chez lui loin de l’hôtel du gouvernement. « Le ministre devait quitter la clinique hier matin. Je ne crois pas qu’il descendra à son bureau ministériel aujourd’hui », a déclaré son Press Adviser ce matin au Mauricien.
Avec la décharge de la clinique du chef de la diplomatie, des développements devront intervenir dans un sens ou dans un autre. « Le passage du No Man’s Land est déjà terminé. L’heure des décisions se rapproche davantage », fait-on comprendre dans certains milieux alors que l’enquête de l’ICAC sur l’Euro-Loan de 1,1 million (Rs 45 millions) se poursuit avec l’audition des cadres et préposés de la State Bank of Mauritius, ayant travaillé de loin ou de près sur cette demande pour un emprunt de l’ex-ministre des Finances de juillet de l’année dernière au 11 septembre 2015.
Un petit macadam dans le mécanisme de l’ICAC est que l’un des Top Guns de la State Bank of Mauritius, dont les explications pourraient s’avérer cruciales pour la prochaine étape de l’enquête, a été admis également en clinique depuis vendredi dernier. Du côté de la banque, l’on fait comprendre qu’il ne faudra pas trouver d’Ulterior Motive dans ce cas car « he is undergoing his normal treatment ». Sauf que le calendrier de travail de l’ICAC est quelque peu chambardé.
À ce stade, le point clé de l’enquête sur l’Euro-Loan Saga porte sur l’identification de la “main invisible” qui a fait avancer l’Application Letter pour un prêt d’un million d’euros au nom de SVL Trust et qui a obtenu des conditions extrêmement favorables subséquentes. Les éléments du dossier à charge indiquent que le taux d’intérêt imposé par la State Bank of Mauritius initialement était dans la fourchette de 1,9 % à 2 %. Toutefois, pour des raisons à être établies formellement, il a été ramené à un taux fixe de 1,5 % annuellement alors que les Fixed Charges arrêtées n’ont pas été enregistrées auprès du Registrar General avec des frais d’enregistrement de 2,5 % comme c’est le cas dans n’importe quel deal.
Lorsque ces conditions d’emprunt ont été rendues plus favorables, notamment la baisse de 1,9/2 % à 1,5 %, deux membres du Credit Committee de la banque devaient soulever des objections vu que les intérêts de la banque n’allaient pas être sauvegardés. Cette “main invisible”, membre d’une des plus hautes instances de la banque, devait se transformer en banquier/mathématicien pour justifier que ce taux de 1,5 % sur l’Euro-Dollar Loan est en fait de 8 à 9 % sur des transactions en roupies. Cette “main invisible” devait systématiquement rappeler aux membres de la banque que « ce dossier devait être Fast Tracked » même si des changements étaient intervenus au niveau du nom du client, passant de SVL Trust à Vishnu Lutchmeenaraidoo en date du 11 septembre 2015.
Du côté de l’ICAC, c’est le mutisme total qui prévaut au sujet de l’évolution de cette enquête, dont les conclusions pourraient avoir des conséquences sur l’échiquier politique. « Le travail des enquêteurs de l’ICAC se poursuit », fait-on comprendre sans plus.
Même scénario par rapport à l’enquête sur le projet de Pailles Smart City, qui a fait l’objet d’un Referral par le conseil des ministres agissant sous les dispositions du Prevention of Corruption Act (PoCA). Des représentants du promoteur chinois Yihai International ont déjà été entendus par l’ICAC au cours de la semaine dernière. En parallèle, le directeur général du BOI a été auditionné pendant trois jours au QG de l’ICAC sur les procédures suivies dans l’examen de ce dossier repêché de l’ancien gouvernement de Navin Ramgoolam.
Dans le cas de Yihai International, des représentants de la SIC devront être convoqués alors que des Judge’s Orders sont prévus pour le Trailing d’importants versements en dollars américains à Maurice et à l’étranger, incluant une somme de 14 millions de dollars, entre autres…