À moins d’un mois du premier anniversaire de la phase active de l’opération “Lakaz Lerwa Lion”, avec l’arrestation de l’ancien Premier ministre Navin Ramgoolam et la confiscation de Rs 220 millions et de Rs 4 millions dans les coffres-forts de River Walk, l’heure est à un premier bilan. En ce début d’année, le Central CID a bouclé des dossiers dans trois enquêtes majeures, les conclusions pour des procès au pénal contre Navin Ramgoolam et une série d’autres complices ayant déjà été transmises à l’Office of the Director of Public Prosecutions. Dans l’immédiat, l’ancien chef du gouvernement, sur qui pèse au moins une douzaine d’inculpations provisoires, est engagé dans un bras de fer avec le Central CID en vue d’avoir accès à de la “documentary evidence” par rapport au volet des Rs 220 millions, dont Rs 110 millions en « never-used dollar notes », saisies dans les “personal vaults” du couple Ramgoolam.
Outre le dossier des incidents survenus dans le bungalow de Roches-Noires dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011, avec des accusations formelles préconisées contre Navin Ramgoolam ainsi que contre l’ancien directeur général du National Security Service, l’ACP Dev Jokhoo, et l’ancien patron de la VIPSU et de l’ADSU, Ravine Sooroojbally, les enquêtes sur le contrat-jackpot de Rs 10 milliards en faveur de Betamax et le “done deal” de Rs 105 millions en faveur d’Iqbal Mallam-Hasham lors de la vente du 11e palier de la Bramer House, à Ébène, ont été également complétées. Dans ces deux cas, Navin Ramgoolam intègre le banc des accusés aux termes des enquêtes du Central CID.
Les détails sur ces deux cas ont été fournis par le Police Prosecutor, le sergent Bissessur, lors de la comparution de Navin Ramgoolam hier devant le tribunal de Port-Louis. Il a informé la magistrate Adila Hamuth que les enquêtes policières dans le scandale du contrat de Betamax et la vente d’un palier de la Bramer House pour un montant de Rs 105 millions ont été soumises à l’Office of the Director of Public Prosecutions le 17 décembre 2015 et au début de cette année, respectivement.
En ce qui concerne le dossier du contrat de fret pétrolier pour le compte de la State Trading Corporation au coût de Rs 10 milliards au groupe Bhunjun, Navin Ramgoolam, qui été arrêté le 26 juin 2015, est accusé d’avoir exercé des pressions sur l’ancien ministre Mahendra Gowressoo pour que ce contrat soit alloué à Veekram Bhunjun. Les faits se seraient déroulés entre septembre 2008 et janvier 2009 à l’hôtel du gouvernement. Outre le Premier ministre, l’ancien vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques Anil Bachoo, l’ancien directeur de la STC Ranjit Soomoorooah, l’ancienne Permanent Secretary, et ancienne responsable de la Private Office au Prime Minister’s Office, Kalindee Bhanji, font partie des “prime suspects” dans cette affaire.
Sur le volet de la vente de la Bramer House, trois charges provisoires avaient été logées contre Navin Ramgoolam lors de son arrestation par le Central CID le 15 mai de l’année dernière. La première porte sur une entente délictueuse entre l’ancien Premier ministre et des Top Guns du groupe BAI de Dawood Ajum Rawat « to defraud Bramer Property Fund and its group of companies to the prejudice of policy holders and other investors in the sum of Rs 105 millions ». La deuxième charge s’articule autour du délit de blanchiment de fonds de Rs 40 millions sous la forme d’un prêt accordé par la Bramer Banking Corporation Ltd pour l’acquisition du bungalow de Roches-Noires et, la troisième, de faux sous la Non-Citizen (Property Restriction) Act par rapport à Ottoman Capital Ltd, avec la vente du 11e palier de la Bramer House à Iqbal Mallam-Hasham.
Après l’étape d’hier en cour, et une nouvelle comparution fixée au 12 mai prochain, Navin Ramgoolam s’active, en compagnie de ses conseils légaux – dont Mes Gavin Glover, Senior Counsel, et Showkut Oozeer –, à mettre au point sa stratégie en vue de l’interrogatoire à venir au QG du Central CID sur les Rs 220 millions. L’ancien Premier ministre veut prendre connaissance des documents, dont des chèques, des “vouchers” et autres instructions par écrit en possession des hommes de l’ACP Heman Jangi au sujet de ses transactions bancaires.
Techniquement, le Central CID a pu mettre la main sur cette série de “documentary evidence” sur la base de Judge’s Orders dans le cadre de cet aspect crucial de l’enquête. Lors d’une précédente convocation fin d’année dernière, Navin Ramgoolam a fait comprendre qu’il compte soumettre des demandes devant les instances appropriées en vue de pouvoir consulter ces documents avant de répondre aux questions des enquêteurs.