OPÉRATION « PASS SIFON AVEK MOP SAL » : Le déballage de Ti Nerf devant la commission sur la drogue

Ce témoin, purgeant une longue peine pour trafic de drogue, promet des « révélations » au sujet des contacts et des « dealings » avec des hommes de loi

Le temps que la convocation formelle adressée au Chairman de la Gambling Regulatory Authority et de la Law Reform Commission, Me Raouf Gulbul, ne prenne forme, la commission d’enquête sur la drogue, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême Paul Lam Shang Leen, se permet d’ouvrir un autre chapitre. Après Parwisa Jeeva, la compagne de Peroumal Veeren, et le repenti Jacharie Bottesoie, la commission d’enquête devait entendre cet après-midi un de ceux considérés comme faisant partie du clan des parrains de la mafia de la drogue à Maurice.
Siddick Islam, alias Ti Nerf, et également le beau-frère par alliance de Dade Azaree, le patron de Gloria Fast Food, avait officiellement signifié son intention de venir déposer sur le trafic de drogue. Une autre star devant la Commission Lam Shang Leen se profile déjà à l’horizon. Le nom de Me Kailash Trilochun, l’ancien Legal Adviser de l’Independent Communications and Technologies Authority, aux “fees” de Rs 19 millions, est cité comme étant un des prochains à apparaître sur le radar de l’ancien juge Lam Shang Leen. Entre-temps, la commission met au point la stratégie pour la prochaine audition de Me Raouf Gulbul, avec en toile de fond la possibilité de relever des traces de « larzan ladrog » dans la campagne pour les législatives du 10 décembre 2014 avec le rendez-vous de la station-service de Saint-Pierre.
L’audition du trafiquant Ti Nerf cet après-midi sera suivie avec une attention redoublée, que ce soit au niveau de la commission mais également de la profession légale. Le nom de Siddick Islam, déjà en prison, a été associé à une série d’importantes saisies d’héroïne, notamment les 135 kg dans les six compresseurs à bord du MSC Ivana le 9 mars dernier ou encore les Rs 18 millions d’héroïne abandonnées dans les toilettes du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport Terminal le 11 juin dernier. Sur ce chapitre, le beau-frère de Sidick Islam, Dada Azaree, a été appréhendé par l’Anti-Drug and Smuggling Unit suite à des dénonciations du Passport and Immigration Officer Basanta Reddi.
Jusqu’à cet après-midi, la tenue de l’audition du trafiquant Ti Nerf était entourée de mystère. Au niveau de la commission règne l’espoir que les éléments de réponse après la séance devraient pouvoir ouvrir de nouvelles pistes pour une “bigger picture” du trafic de drogue à Maurice et les ramifications avec les trafiquants déjà condamnés. Des révélations sont également attendues concernant le rôle des avocats protecteurs de la mafia de la drogue. Tout semble indiquer que les membres de la commission étaient déjà en présence des grandes lignes de la déposition de Siddick Islam car celui-ci aurait déjà reçu la visite des membres de l’équipe d’enquêteurs de la police, menée par l’assistant surintendant de police (ASP) Hector Tuyau, et affectée auprès de la commission d’enquête.
Deux autres High Profile Witnesses, à savoir Dev Hurnam et le trafiquant Peroumal Veeren, ont déjà fait comprendre à la commission qu’ils « sont disposés à apporter leur contribution à cette enquête ». Toutefois, en ce début de semaine, très peu d’indications ont transpiré quant à une éventuelle convocation devant cette instance. Dans l’immédiat, le nom d’un autre homme de loi, qui fut très proche du MSM en marge de la campagne électorale du 10 décembre 2014 et qui, depuis, a dû s’éloigner de l’hôtel du gouvernement, est donné comme une des prochaines vedettes de la commission.
Me Kailash Trilochun, l’avocat aux “legal fees” de Rs 19 millions de l’ICTA, devrait être parmi la commission d’enquête sur la drogue. Si La Private Parliamentary Secretary Roubina Jadoo-Jaunbonus a pu rencontrer 37 prisonniers, principalement condamnés pour des délits de drogue, lors d’une visite à la prison, le beau-frère de Nando Bodha peut, lui, prétendre détenir le record avec 39 “Unsolicited Prison Visits” en une journée. La documentation officielle de la prison confirme que ces visites en multiplex à des trafiquants condamnés à la prison étaient un “Regular Feature” du programme de travail de Me Trilochun (voir fac-similé plus loin). Le relevé de ces visites de 2009 à 2014 se décline dans un document de plus d’une dizaine de pages A4, fait-on comprendre en marge de ce rendez-vous à la Commission Lam Shang Leen.
De son côté, Raouf Gulbul, qui a été un des convives à l’Eid Gathering de samedi soir au Swali Vivekananda International Convention Centre, sous la présidence du Premier ministre, Pravind Jugnauth, se voit confronté à d’autres tourments. Il devra trouver des arguments solides pour convaincre la commission d’enquête que cette escapade de fin novembre et début décembre 2014, pendant la campagne électorale, « ne relevait nullement » sa connexion avec le trafiquant Peroumal Veeren.
La commission poursuit ses investigations sur ce rendez-vous du matin à la station-service de Saint-Pierre. Tous ceux ayant fait partie de ce déplacement « pou ene travay inportan avek enn imam » seront entendus par les membres de la Commission Lam Shang Leen et leurs versions des faits analysées. Une première personne, soit Me Noor Hossenee, a déjà été confrontée à ces faits.
Néanmoins, dans le groupe, un témoin majeur pourrait ne pas être entendu. Il s’agit du chauffeur attitré du 4x4 dans lequel voyageait le candidat battu du MSM au No 3, Raouf Gulbul. Le dénommé Shabir Mohamed Gungaparsad, dépêché spécialement de Londres sur les ordres de Jean-Michel Lee Shim, auprès de Raouf Gulbul, pour la campagne électorale, est déjà rentré en Grande-Bretagne. Il était parmi ceux ayant accompagné le candidat du MSM à ce rendez-vous nocturne de la campagne.
D’aucuns affirment que la présence de ce chauffeur particulier ouvre la voie à la thèse que les relations professionnelles entre Me Raouf Gulbul et l’homme derrière SMS Pariaz Ltd se sont mutées en des liens politiques solides avec le Chairman de la Gambling Regulatory Authority pendant la campagne électorale, au point où les différentes parties entretiennent des liens plus qu’organiques.