Chaque 25 décembre, elle se déguise en Mère Noël et distribue des douceurs et des cadeaux dans son quartier. Elle en fera de même cette année, en dépit du fait qu’un ordre d’éviction pèse sur elle. Marie Lourdes Bengali occupe un terrain de l’État loué à bail à une société coopérative agricole. Elle affirme que sa mère a travaillé comme gardienne pour la coopérative et qu’elle vit sur ce terrain depuis 43 ans. Mais en septembre dernier, la cour a émis un ordre d’éviction contre elle. Elle a jusqu’au 16 janvier au plus tard pour quitter les lieux.
« Pour tout le travail social que j’ai fait dans ce quartier, jamais je n’aurai imaginé être jetée à la rue comme une hors-la-loi. Je ne suis pas squatter. Je suis venue habiter ici alors que je n’avais que huit ans. Ma mère travaillait comme gardienne pour la coopérative qui avait un store ici pour stocker les oignons. Les responsables de la coopérative à l’époque étaient Messieurs Foogooa et Désiré. Par la suite, ils ont transféré les oignons à Moka. Mais nous sommes restés sur les lieux. Nous nous sommes occupés du terrain, j’ai utilisé les lieux pour faire des activités sociales. Tout ceci est vérifiable auprès des habitants de la localité. »
Depuis une semaine, Marie Lourdes Bengali ne sait plus à quel saint se vouer. Elle qui est croyante et qui a consacré sa vie à aider les autres n’imaginait pas se retrouver dans une telle situation. L’eau et l’électricité lui ont été coupées – sans que l’on sache pourquoi concernant l’électricité, car le CEB n’a pas reçu d’instructions dans ce sens. Mais sur intervention d’une personnalité et d’un membre des forces vives, un délai lui a été accordé jusqu’au 16 janvier prochain.
Ce terrain en question est situé en bord de mer à Pointe-aux-Sables. Selon des informations obtenues auprès du ministère de l’Agro-industrie, il a été loué à bail à la coopérative en question. Mais la question qui se pose, c’est pourquoi celle-ci se manifeste après 43 ans ? Pendant tout ce temps, aucun développement n’a eu lieu sur ce terrain.
Marie Lourdes Bengali, quant à elle, n’insiste pas pour rester sur les lieux. « Je sais que le terrain n’est pas le mien. Mais pour tout ce que j’ai fait, les autorités auraient pu au moins me donner un endroit où aller avec ma famille. Même les squatters ont eu un terrain. Moi, je n’ai rien fait d’illégal. Au contraire, j’ai toujours utilisé cet endroit pour faire de bonnes choses pour les enfants et les jeunes de la localité. »
Depuis plusieurs semaines, la Mère Noël de Pointe-aux-Sables multiplie les démarches auprès des autorités pour défendre son cas. « J’ai essayé de rencontrer le ministre Soodhun, mais on m’a envoyé voir une dame dans un bureau à Port Louis qui m’avait promis qu’elle allait faire le nécessaire. Elle m’a fait comprendre que le terrain n’appartenait pas à la coopérative. C’est pour cela que je ne me suis pas rendue en cour quand on m’a appelée. C’est justement l’erreur que j’ai commise. »
En cette période de décembre, les démarches ne s’avèrent guère faciles pour la quinquagénaire. « Partout où je vais, on me dit que la personne concernée est en congé. Je fais un appel au ministre Soodhun. Je sais qu’il est sensible à la situation des pauvres. Si on avait un endroit où aller, nous partirions tout de suite. Nous n’avons pas les moyens d’aller louer une maison. »
Le 6 décembre dernier, Marie Lourdes Bengali, a organisé sa dernière fête de Noël pour les enfants du quartier sur les lieux. Elle ne savait pas encore qu’elle allait devoir évacuer le terrain. Malgré cela, elle enfilera son costume encore une fois demain, pour aller à la rencontre des habitants du quartier. « Quand j’étais petite je n’avais pas droit à tout cela. C’est pour cela que chaque année j’aime organiser une fête pour les enfants. Même si je n’ai pas grand-chose à offrir, j’offre une petite douceur, qui apporte la joie dans leur coeur. »