Photo archive : panneau au mauvais état à Pamplemousses
  • Patrick Seesaft, un ancien joueur : « Il faut libérer nos jeunes de la drogue synthétique »

Des anciens joueurs qui évoluaient dans les années 90, au sein de différentes équipes de football dans la région de Pamplemousses, telles que Lions Club, Best United, Red Devils, Cercle de Jeunes de Pamplemousses, s’étaient donné rendez-vous sur le terrain de football de Beau-Plan pour revivre des bons moments ensemble… Mais ils ont été consternés et attristés de constater que le terrain a été envahi par des herbes folles et que les espaces où jouaient les enfants pendant les matches se sont transformés en marécages, faute d’entretien. D’où leur plaidoyer pour la réhabilitation de ce terrain.

« Beaucoup de jeunes se sont laissés entraîner par les fléaux de la drogue et de l’alcool. Leurs parents sont désemparés. Ils ne savent plus quoi faire. Et comme il existe des infrastructures sportives il est de notre devoir de prendre l’initiative pour aider à relancer les activités sportives dans cette région », dit Patrick Seesaft, 50 ans, un ex-joueur de Sugar Boys Club de Pamplemousses. Cet habitant de Bois-Rouge fait toujours son jogging près du terrain de foot de Beau-Plan. « Zordi zour kan ou faire la prière, ou bizin azoute en saint-ki apel saint-thetik pou ki ou protez ou zenfan, telman ki la drog pe faire ravaz ici », ironise cet inconditionnel de football.

Michel, qui jouait au poste de gardien de but au Lions Sporting Club, ne cache pas non plus son inquiétude. « Cela me fait mal au cœur de voir que le terrain de football a été abandonné. C’était le lieu de rencontre chaque dimanche pour les amateurs de football. Lanbians koumans sofe de ki bann zouer rant dan stad. Dimounn ti pe sorti depi loin pou vinn asiste match. Ti ena bel lanbians », se rappelle Michel, qui donnait du fil à retordre à ses adversaires pour ses arrêts spectaculaires à cette époque. Il partage également le point de vue de Patrick : « Il faut que nous, les anciens, nous nous mobilisions pour encadrer et orienter notre jeunesse avant qu’il ne soit trop tard. »

Chand, qui évoluait au sein des Red Devils, une équipe composée majoritairement de fans de Liverpool, se souvient encore de cette rencontre entre les Lions Club et son équipe pour la Divali Cup en 1987, qui était âprement disputée sur ce terrain. « Les supporteurs avaient pris place très tôt dans les gradins. L’ambiance était à la fête. Il y avait des adversaires mais pas de grande rivalité. Chacun vivait à sa manière l’attente avant le match. De toute manière, tout le monde connaissait tout le monde. On n’avait pas droit à l’erreur, car les aînés veillaient au grain au moindre langage et au dérapage ».

Ludovic Azor, un ex-habitant de la cité Paul et Virginie, Beau-Plan, est un grand amateur de football. Il assistait régulièrement à des matches qui se disputaient sur le terrain de foot à Beau-Plan. « Les jeunes dans les régions rurales faisaient beaucoup de sport. Ban zenn ti pe monte lor terin depi 5 her du matin pour faire l’entrainman. Zordi terrains la finn vine désert. Ou trouv de tan en tan ou deux ou trois zen pe faire jogging ».

Barlen Mootoocurpen, ancien joueur de Sugar Boys Club de Pamplemousses, avait quitté Maurice dans les années 1990 pour aller travailler en Suisse. Il est de retour au pays en 2017 après avoir pris sa retraite. Il témoigne : « Nous devons être reconnaissants envers la direction de l’établissement sucrier de Beau-Plan qui avait permis aux jeunes de la localité d’avoir accès à ses infrastructures sportives, que ce soit le terrain de volley ou de football. Cette démarche, il faut le reconnaître, avait fait tomber les barrières communales entre les sportifs. C’était l’esprit d’équipe qui prévalait. Il y avait toujours une bonne entente, la fraternité, la bonne humeur. Il n’y avait pas de la place pour le communalisme. »

Anou marye pike

Roland David, 64 ans, habitant Bois-Rouge, Pamplemousses, qui évolue au sein de Cercle de Jeunes de Pamplemousses, n’est pas un inconnu dans le monde sportif à Maurice. Il était très actif au sein de différentes fédérations sportives et contribuait énormément aux débats dans les colonnes de notre confrère Week-end. Tout comme Patrick Seesaft, il va lui aussi, de temps en temps, faire un tour sur le terrain de foot de Beau-Plan pour garder la forme. Il nous livre son témoignage : « Avec la fermeture de plusieurs usines sucrières de l’île, suivie du “Voluntary Retirement Scheme” (VRS), appliqué par les propriétés sucrières, depuis quelques années déjà, bon nombre de terrains de jeu, dont des terrains de football, ont connu une baisse d’activités sportives pour des raisons évidentes. Ces infrastructures, la plupart d’un bon niveau et en état, sont donc sous-utilisées. Par exemple le terrain de football de Beau-Plan que je connais, appartenant au groupe Harel Frères Ltée, était encore bien entretenu par le groupe qui en est le propriétaire dans le cadre de sa politique de responsabilité sociale, et cela au profit des sportifs et habitants de la région. Voilà une autre opportunité qui peut ouvrir la voie à un partenariat secteurs privé/public pour rénover et redonner vie à ces infrastructures dans un plan global de régionalisation. Les différentes collectivités locales doivent être les moteurs pour tout développement sportif dans leurs régions respectives. Mais il faut un véritable sursaut au niveau des collectivités locales. Il appartient aux responsables des différentes autorités régionales de planifier et défendre leurs projets. Je vais ici emprunter un terme associé au football récemment : “Anou maryé piké”. Oui, mettons la tête ensemble au niveau de chaque région : État (Sport et Jeunesse, Education, Infrastructures Publiques), Collectivités locales, secteur privé, les représentants des fédérations sportives, des athlètes, des techniciens et les ONG, tous dans la région faisons un état de la situation au niveau des infrastructures sportives et dégageons un plan d’action ».

Jean Mée Sandian, l’attaché du ministère de la Jeunesse et des Sports, que Le Mauricien a contacté, a promis qu’il va donner priorité à ce dossier et qu’il pourrait ouvrir une discussion avec ceux concernés par la gestion de ce terrain de football.