Depuis ce matin, la Financial Intelligence Unit (FIU) a du pain sur la planche au vu de la nouvelle étape des Panama Papers Saga. L’International Consortium of Investigative Journalism (ICIJ) a rendu publiques de nouvelles données sur des sociétés Offshore ayant des connexions avec le bureau d’avocats Mossack & Fonseca, dont le QG est au Panama mais opérant dans différentes juridictions du monde. Ces nouveaux relevés viennent s’ajouter à l’ICIJ Offshore Database de 2013, éléments accessibles sur le site depuis le début de l’année dernière. Aux Panama Papers sont venus se greffer treize nouvelles sociétés Offshore, 89 Officers, 23 intermédiaires et 579 adresses d’entités engagées dans des opérations relatives aux Global Business Activities. Compte tenu de ces nouvelles révélations, la FIU devra passer à la phase supérieure dans l’analyse des documents disponibles.
À ce matin, au ministère des Services financiers et de la Bonne gouvernance, l’on s’attend à être en présence d’un premier rapport portant sur l’état de la situation avant de décider de la marche à suivre. Mais tout dépend du rythme de décryptage des données sous la Panama Papers Saga de l’International Consortium of Investigative Journalism. Toutefois, le fait demeure que la FIU sera appelée à émettre des Dissemination Reports à l’intention de l’Independent Commission Against Corruption (ICAC), la police, la Banque de Maurice ou encore la nouvelle plateforme de la lutte contre l’Unexplained Wealth, soit  l’Integrity Reporting Agency, son directeur général, le Britannique Paul Keaton, assumant ses nouvelles fonctions à partir de la semaine prochaine.
Lors de la dernière séance du Question Time à l’Assemblée nationale, répondant à une interpellation du député Reza Uteem, le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, a balisé le champ de manoeuvres de la FIU par rapport aux Panama Papers. « The Financial Intelligence Unit (FIU) is looking into the cases mentioned in the Panama papers. I am informed by the FIU that its enquiry has not yet been completed and by virtue of section 30(2) of the Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act 2002, the FIU is unable to divulge information publicly. If a potential offence is detected, the FIU will disseminate its report with all relevant information to the relevant investigatory or supervisory authorities such as ICAC, Police, MRA, BOM and others », a-t-il fait comprendre dans une réponse écrite déposée à la bibliothèque de l’Assemblée nationale en fin de semaine.
Menaces d’actions judiciaires
Dans le document qui peut être consulté sur le Website de l’International Consortium of Investigative Journalism, les sociétés mentionnées dans les précédentes Offshore Leaks, notamment celles de 2013, sont citées à côté de celles des Panama Papers. Les animateurs de ce Website prennent le soin de souligner que « the database was first released in June 14, 2013. More records were added in January 23, 2014 (from ICIJ’s China Leaks investigation) and in May 9, 2016 (from ICIJ’s Panama Papers investigation), making it the largest ever release of information about offshore companies and the people behind them. It contains information on almost 320 000 offshore entities and covers nearly 40 years from 1977 to 2015 ». Ils ajoutent que « the majority come from Panamanian law firm Mossack Fonseca, one of the world’s top creators of hard-to-trace companies, trusts and foundations, whose inner workings were exposed in the April 2016 Panama Papers investigation ».
Suite à des menaces d’actions devant les instances judiciaires compétentes brandies ces derniers jours par la société Mossack & Fonseca, l’International Consortium of Investigative Journalism se garde d’entrer dans les détails des opérations en soutenant que « this database doesn’t divulge raw documents or personal information en masse. It contains a great deal of information about company owners, proxies and intermediaries in secrecy jurisdictions, but it doesn’t disclose bank accounts, email exchanges and financial transactions contained in the documents ».
Le whistleblower John Doe
Dans le cas de Maurice, l’intérêt se porte au chapitre des 579 adresses révélées. Certes, une bonne partie de ces sociétés offshore, ayant une connexion avec les Panama Papers, est logée dans des immeubles d’affaires de référence comme Alexander House à Ebène, Wharf East Le Caudan Waterfront, St-James Court, Médine Mews, Chaussée Port-Louis, Nautica Commercial Centre; Royal Road; Black River ou encore Nexteracom Tower 1; Cyber City; Ebène.
Par contre, d’autres adresses relevées dans cette liste font froncer les sourcils, comme les Police Flats Belle-Etoile (le numéro de l’appartement étant indiqué), Camp Carol Grand-Baie, rue Bernardin de Saint-Pierre; Vallée des Prêtres ou Wun Sek Law Street; Grand Bel-Air; Mahébourg.
Affaire à suivre au regard de l’enquête de la FIU en cours. Toutefois, à ce stade, l’attaque la plus virulente contre les pratiques opaques dans l’offshore est venue du Whistleblower au pseudonyme John Doe. Dans une lettre ouverte publiée dans la presse internationale en fin de semaine dernière, il ne mâche pas ses mots. « The Panama Papers provide a compelling answer to these questions: massive, pervasive corruption. And it’s not a coincidence that the answer comes from a law firm. More than just a cog in the machine of “wealth management”, Mossack Fonseca used its influence to write and bend laws worldwide to favour the interests of criminals over a period of decades. In the case of the island of Niue, the firm essentially ran a tax haven from start to finish. Ramón Fonseca and Jürgen Mossack would have us believe that their firm’s shell companies, sometimes called “special purpose vehicles,” are just like cars. But used car salesmen don’t write laws. And the only “special purpose” of the vehicles they produced was too often fraud, on a grand scale.»