PANIK—KOMIKO : Des planches au grand écran

Le mari, la femme, la maîtresse. La formule marche toujours, puisqu’il s’agit d’une situation intemporelle. L’histoire de Michel, qui a une maîtresse, aime davantage sa femme légitime et mène une double vie, est proche du théâtre de boulevard — reflet de notre société avec le but de faire rire plutôt que pleurer. Les Komiko qui ont fait les beaux jours des pièces comiques à Maurice, avec Miselaine Duval comme directrice de la troupe, présentent leur premier film en kreol Panik réalisé par Nicolas Fay et interprété par les comédiens Wesley Duval, Cindy Pierre et Alexandre Martin.

Tirer parti des avantages de chaque art reste un défi. Du théâtre comique au cinéma Miselaine Duval en a rêvé comme une possibilité de renouveau du jeu et de la formation du comédien, mais aussi de la polyvalence de l’artiste. OutrePanik, film indépendant qui sortira à Maurice le 1er novembre, sa troupe s’installera dès le 30 novembre prochain à Bagatelle dans le Komiko Comedy ArtClub. Cette nouvelle salle accueillera, pour son ouverture, le 8e Festival du Rire.
Son public avait envie de légèreté. La troupe Komiko est le symbole du rire, du divertissement qui rassemble au lieu de diviser. Aujourd’hui, les « grands clowns » transposent leur répertoire dans un nouveau média en changeant de système d’expression pour s’adapter aux contraintes du grand écran. L’annonce a été faite. « Panik sort déjà sous d’excellents auspices car le film a déjà trouvé un distributeur à l’île Maurice, MCiné et a été sélectionné au Festival du Film du Dorat 2017 en France. C’est une opportunité qui est arrivée par hasard, car le directeur de ce festival a assisté à une de nos projections test. Panik a donc été sélectionné, en langue créole, comme film d’ouverture de ce festival »,explique Miselaine Duval. A Maurice, le film sortira en salle dès le 1er novembre. Cette dernière a trouvé une expression qui convienne à ses choix artistiques et qui mette le contenu de son théâtre au goût du jour. « Ce film est la réalisation d’un rêve longtemps désiré. Panik, notre premier long métrage vient ici confirmer notre désir en tant qu’acteur à Maurice d’aller plus loin dans notre carrière. Jouer sur grand écran est le rêve de tout comédien. Aujourd’hui, je salue le travail de mes acteurs qui sont au four et au moulin depuis des mois. Leurs sacrifices payent grâce à la foi qu’ils ont eue en moi et notre passion. C’est légitime que Komiko touche le grand écran, c’est même essentiel... » déclare Miselaine Duval, actrice et
fondatrice de la troupe Komiko.
Panik est le symbole du passage au cinéma effectué par la plupart des artistes de théâtre. Cette création détachée de la scène permet peut-être de réfléchir sur les possibilités offertes par cette nouvelle forme de jeu pour la rénovation de l’art du comédien, en général, et du comédien de théâtre, en particulier. Komiko, qui recourait souvent aux gestes exubérants et codifiés, à la mimique ou à la bouffonnerie se trouve face au défi de jouer l’écran avec la nécessité d’un jeu adapté à l’objectif de la caméra. Le réalisateur Nicolas Fay, qui connaît Miselaine et les Komiko depuis une dizaine d’années, évoque la parenté du théâtre et du cinéma et leur spécificités :
« Je ne suis pas un réalisateur comme les autres sur ce sujet. Je suis un “passeur”. J’ai eu la chance de travailler avec Patrice Leconte quand j’étais monteur. Lui-même avait eu ce rôle avec l’équipe du Splendid. Etre le passeur, c’est savoir doser le théâtre pour qu’il passe au cinéma. Les Komiko jouent “à fond” sur un plateau en “plan large”. Etre le passeur, c’est aussi aller chercher chez les Komiko ce qui fait les grands clowns : le drame. Et c’est parce que les Komiko ont cette force de rendre heureux ce qui est malheureux que Panik doit exister. »
Panik existera parce qu’il a bénéficié du soutien des partenaires principaux suivants : MCiné, Permoglaze, Margarine Tara, Chili-MTML, Winners, Panagora, Pepsi, Lux* Resorts, Coquille Bonheur, Château du Labourdonnais, Nissan, Radio One et IBL Brand Activ. Miselaine Duval s’est appesantie sur l’importance du soutien et des enjeux financiers quand on se lance dans la production cinématographique.
 

 
 
Faire une parodie avec style
« Comment peut-on parler d’industrie cinématographique en l’absence d’une vraie structure et d’un encadrement ? Quand certains osent encore demander si on a des acteurs professionnels à l’île Maurice ou lorsque l’on juge un acteur par son accent. L’accent et la langue ne sont pas des barrières au talent. » Miselaine Duval répond ainsi aux détracteurs des spectacles comiques dont la valeur artistique est souvent occultée par les problèmes de langue. Faux problème puisque Komiko garde sa sincérité, son naturel, va au-delà de la dimension verbale et escompte vraisemblablement un succès similaire à ses spectacles de rire. Panik n’a pas empêché de percevoir les divergences, notamment en matière de jeu et de réfléchir sur les possibilités offertes par le cinéma. Miselaine avoue elle-même le désir de l’acteur d’aller plus loin dans son jeu, dans sa carrière. C’est cette réflexion sur l’art du comédien et sa rénovation qui nous semble essentielle.