En cette veillée pascale, célébrée aujourd’hui par les chrétiens, nous avons sollicité le père Sylvio Lodoïska, curé de la paroisse de Saint-Malo, Baie-du-Tombeau, et prêtre modérateur de Notre-Dame-de-l’Assomption, Roche-Bois, pour nous éclairer sur le sens profond de la résurrection de Jésus, soit de la fête de Pâques. Pour le prêtre, le message essentiel qu’apporte cette célébration, c’est que « rien n’est impossible à Dieu », car : « Si le Christ peut passer de la mort à la vie, le monde corrompu peut renaître à quelque chose de nouveau. Même par rapport à ce monde de violences, avec les attentats de Paris et de Bruxelles, il y a toujours de l’espoir… »
« Pâques est la fête du passage. Celui de la mort à la vie », explique le père Lodoïska. Selon lui, tout le sens de Pâques puise son origine dans la résurrection du Christ. « Jésus est venu partager notre vie. Le fils de Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu. Dieu a voulu nous faire à son image. Mais, comment nous rendra-t-il comme lui ? C’est lui qui vient se faire comme nous et nous ouvre le passage devant. C’est un peu l’image d’un père qui se met au même niveau que son enfant », élabore notre interlocuteur. L’homme-Dieu qu’est Jésus, depuis la gestation dans le ventre de sa mère jusqu’au tombeau, ajoute le curé de Saint-Malo, « vient vivre la vie humaine, avec toute la souffrance que cette vie comporte, avec la mort qui en fait aussi partie, mais Jésus étant Dieu, il ne peut être enfermé dans la mort. »
Si Pâques est la fête la plus importante dans le calendrier chrétien, « c’est parce que notre foi repose sur le Christ », dit-il. « La mort et la résurrection du Christ sont le point culminant de la révélation, où Dieu nous montre que Dieu est vraiment Seigneur quand il peut donner sa vie. C’est à partir de là qu’on peut comprendre sa naissance. Sa naissance prend sens à partir de sa mort et sa résurrection. C’est Pâques qui donne à Noël sa signification. Jésus est pourtant Seigneur depuis toujours. Mais on s’intéresse à sa naissance parce qu’il est ressuscité. Saint-Paul dit que s’il n’y a pas la résurrection, notre foi est vaine. »
Le père Sylvio Lodoïska revient sur le triduum pascal (jeudi, vendredi et samedi saints). Le jeudi saint, deux choses sont importantes à relever, à ses yeux. « On célèbre le dernier repas de Jésus qui institue l’Eucharistie. C’est à travers l’Eucharistie qu’il nous donne la possibilité de le recevoir. Jésus vient en nous pour nous faire entrer davantage en lui. Et, puis, il y a ce geste extraordinaire du lavement des pieds. C’est une manière de nous inviter dans sa mentalité quand il se fait serviteur. On n’est pas chrétien, si on n’est pas serviteur comme le Christ. » Le vendredi saint, alors qu’on célèbre la passion et la mort de Jésus sur la croix, « on accroche nos croix à sa croix ». Il poursuit : « Le summum de la foi, c’est d’accepter de mourir avec le Christ, symboliquement. C’est accepter toutes nos morts. Par exemple, mourir dans sa vie familiale pour devenir prêtre. Autrement dit, faire un sacrifice, qui veut dire rendre sacré. “Je me prive de quelque chose et je rends sacré ce que je donne.” Le sacrifice, c’est accepter de se donner. Ceux qui n’acceptent pas de mourir n’arrivent pas à vivre. Jésus prend l’exemple de la graine de blé qui ne meure pas et qui ne porte pas de fruit. Le vendredi saint, c’est la souffrance de Jésus, mais aussi, c’est Jésus qui se donne en toute confiance. »
Le samedi saint, lui, ou la veillée pascale, on assiste à un déploiement d’une série de rites. Il y a la bénédiction du feu où « le bois qui était mort, devient lumière et chaleur ». Avec la bénédiction de l’eau baptismale, c’est aussi le baptême de chaque chrétien qui est renouvelé. « En célébrant le renouvellement de notre baptême, nous vivons notre propre Pâques. » Lors de la veillée pascale, on célèbre le passage de la mort à la vie.
Avec tout ce qui se passe dans notre société (crise financière, corruption, chômage, familles brisées, maladies, jeunes qui sombrent dans la délinquance), le message que vient apporter Pâques face à toutes ces souffrances, selon le père Lodoïska, est que « rien n’est impossible » à Dieu. « Si le Christ peut passer de la mort à la vie, le monde corrompu peut renaître à quelque chose de nouveau. La vie des jeunes qu’on condamne trop souvent est peut-être le germe d’une vie que nous ne soupçonnons pas. Ce monde de violences, les attentats de Paris, de Bruxelles, rien n’est impossible à Dieu. Il y a de l’espoir. Même si je ne le vois pas encore, dans ma foi, je sais que cela arrive. Au-delà de cette période de crise, Dieu est en train d’agir. »
Le côté plus païen de Pâques : la chasse aux oeufs. Comment l’Église voit-elle cela ? « L’oeuf est symbole de vie. Une vie qu’on ne voit pas encore. On ne voit pas ce qu’il y a à l’intérieur mais on sait qu’il y a la vie… » conclut le père Sylvio Lodoïska.