Chez la famille Bhobany à Rivière-du-Rempart, la douleur et la tristesse sont vives. Aucun membre de la famille, ni aucun habitant de la localité ne peut croire que Rabindranath Bhobany ait pu disparaître dans des circonstances aussi tragiques. Travailleur social, aussi connu sous le nom de « Jack », il travaillait comme Senior Messenger à la Barclays Bank à Port-Louis, où il comptait plus de 35 années de service. Figure populaire de son village – où les habitants se sont mobilisés en grand nombre pour venir soutenir sa famille – son sens du devoir aura peut-être causé sa perte. Il a quitté sa femme, Santa, et sa fille, Jenita, en ce matin du 30 mars pour se rendre à son travail. Ce n’est que dimanche après-midi que son corps a été repêché par le GIPM dans le parking souterrain du Port Louis Harbour Front.
Ce samedi fatidique, il était parti travailler en remplacement d’un collègue. Si, en semaine, il laissait habituellement sa voiture du côté de la poste, quand il se rendait à son travail le samedi, il se garait au parking souterrain du Port Louis Harbour Front (PLHF), comme il l’a fait en ce matin du 30 mars.
Grâce aux informations obtenues par la famille de la victime, la chronologie des événements de ce samedi peut être imaginée. Ainsi, aux alentours de midi, le personnel de sécurité affecté au parking du PLHF aurait appelé le Messenger pour lui demander de rapidement venir récupérer sa voiture, les fortes pluies pouvant y causer des inondations. Ce n’est pourtant qu’aux alentours de 14h00 que Rabindranath Bhobany quitte la Barclays Bank. Consciencieux, il a tenu à terminer toutes ses tâches en cours. Auparavant, il a pris le soin de téléphoner à sa fille unique, Jenita, 17 ans, pour lui indiquer qu’il allait récupérer son véhicule avant de rentrer. Il lui a même demandé ce qu’il y aurait au menu du dîner. Ses derniers mots à sa fille : « Get mama. Mo vini la… »
Selon les renseignements obtenus de la compagnie de sécurité du bâtiment, Rabindranath Bhobany serait descendu au parking souterrain, aurait pris possession de son véhicule et serait sorti du parking, avant de faire demi-tour. Devant la pluie qui gagnait en intensité et la montée des eaux dans les rues de Port-Louis, sa famille estime qu’il serait probablement reparti dans le parking en pensant qu’il y aurait été en sécurité, le temps que le mauvais temps se calme.
Ne le voyant toujours pas rentrer à 18h, les proches de Rabindranath Bhobany commencent alors à sérieusement s’inquiéter, d’autant plus qu’il ne répond pas à son téléphone portable. Chose qu’il ne fait jamais, explique Jenita. « Zame arive so portab teyn. » La famille essaie donc d’entrer en contact avec la police, les hôpitaux et même les députés de la localité pour avoir des nouvelles. Contactée à son tour, la banque confirmera que Rabindranath Bhobany a bien quitté son poste aux alentours de 14h00. Mais la famille Bhobany n’aura aucune nouvelle pendant le reste de la soirée.
Le lendemain, dimanche, avec la nouvelle circulant que des victimes auraient pu se retrouver coincées à l’intérieur du parking souterrain du Port Louis Harbour Front, les Bhobany et leurs proches passent toute la journée à Port-Louis devant l’entrée du parking, également en face du tunnel piéton menant au Waterfront, où six corps avaient déjà été retirés la veille. C’est à 14h10 que le cadavre de Rabindranath Bhobany sera retiré du parking. Le choc sera trop grand pour son petit frère Vinod, qui fera un malaise.
Jenita, quant à elle, craignait déjà le pire. « Mo ti kone si mo papa ti vivan, li ti pou fini vini. Nou ti pou fini trouv li. Li pa kapav rest san ou… », raconte la jeune fille, qui prend part cette année aux examens de HSC. Collégienne au SSS de Goodlands, elle avait obtenu 10 unités au School Certificate et son père rêvait de la voir classée parmi les lauréats. Elle allait fêter ses 18 ans dans à peine une semaine. Son père avait planifié une grande fête pour l’occasion, lors de laquelle le couple Bhobany allait également célébrer ses 25 années de mariage.
Après avoir été envoyé à la morgue de l’hôpital Victoria pour l’autopsie, le corps de la victime est rendu à sa famille pour les rites funéraires dès dimanche soir. Les membres de la famille tiennent à remercier le personnel de l’hôpital Victoria qui a oeuvré pour que toutes les procédures nécessaires soient accomplies rapidement. Les funérailles de Rabindranath Bhobany ont eu lieu lundi matin au cimetière Belmont de Goodlands.
Issu d’une famille de six enfants dont il était le cadet, Rabindranath Bhobany était considéré comme « le papa et la maman » de ses plus jeunes frères et soeurs. Très populaire dans sa localité, c’était un travailleur social qui s’occupait beaucoup des personnes âgées.
En larmes, sa fille Jenita se confie au Mauricien : « 18 an mo ena. Mo papa inn fer tou pou mwa. Aster, mwa ki bizin fer tou pou mo mama. » La jeune fille reste cependant déterminée, malgré cette douloureuse épreuve, à faire de son mieux pour réaliser le rêve de son père de la voir parmi les lauréates.