Les négociations entre le gouvernement et la société DP World Ltd de Dubaï, au sujet du partenariat stratégique avec la Cargo Handling Corporation Ltd (CHCL) dans la gestion du port, entameront à la mi-mai un virage crucial. C’est ce que laissent entendre des sources bien informées proches de ce dossier de développement portuaire, dont les investissements sont chiffrés à Rs 3 milliards en trois étapes. Avec le Transaction Advisor de BDO sur le point de soumettre au comité interministériel, présidé par le Deputy Prime Minister et ministre des Communications extérieures Xavier-Luc Duval, au sujet des propositions de DP World, des échanges ont été initiés avec Dubaï en vue de fixer la date pour un nouveau round de discussions avec, pour préoccupation majeure, des garanties sur différentes étapes d’exécution. Mais avant de franchir cette étape, une première échéance se dresse avec la réunion convoquée demain après-midi entre le Premier ministre adjoint et une délégation de la Port Louis Maritime Employees Association (PLMEA), qui ne cache pas son opposition à la présence de DP World Ltd dans le port.
Au niveau de l’Inter-Ministerial Technical Committee, les discussions – en collaboration avec le Transaction Advisor, ont atteint un stade avancé, des “impediments” stratégiques étant déjà réglés. La composante du partenariat stratégique dans le port, qui comprend une prise de participation de l’ordre de 40% par DP World Ltd dans l’actionnariat de la CHCL et le contrôle de la gestion des opérations portuaires pour une période de 30 ans, ne présenterait pas de difficultés. Les autorités comptent tirer les leçons du partenariat stratégique quasi similaire de Mauritius Telecom avec France Telecom à cet effet.
Des recoupements d’informations effectués auprès de sources bien informées indiquent que le projet de Special Economic Zone (SEZ) sur une superficie de 325 arpents dans la zone économique de Jin Fei, à Riche-Terre, demande à être davantage ficelé pour éviter tout dérapage. Des séances de travail au niveau du Board of Investment (BOI) et du ministère des Finances se succèdent depuis ces dernières semaines en vue de mettre au point la série de garanties et de Key Performance Indicators (KPI) devant faire partie des contre-propositions présentées par la partie mauricienne.
Le projet de SEZ de Riche-Terre, sur le modèle de la Jebel Ali Free Zone, paraît des plus ambitieux, avec un bail de 99 ans et un potentiel d’attraction d’investissements de l’ordre de USD 450 millions ainsi que la création de quelque 8 000 emplois. À l’hôtel du gouvernement, on se dit confiant que « le projet de SEZ a un potentiel » mais qu’il « faudra des garanties pour sa mise à exécution ».
A l’Assemblée nationale la semaine dernière, en réponse à la Private Notice Question du leader de l’opposition, Paul Bérenger, Xavier-Luc Duval avait déclaré : « With a view to safeguarding the interest of the Nation, Government will seek guaranteed KPIs from DP World over the period of the Port/SEZ concessions, amongst others, in terms of volume of SEZ traffic generated; investment made by DPW at Riche Terre and amount of FDI/employment generated; transshipment/Freeport Container throughput; Port productivity and Port connectivity; investment in Port operations and equipment; job creation, and other matters as may be determined. » Ces indicateurs devraient être à l’ordre du jour avec DP World Ltd lors du prochain rendez-vous à être confirmé au plus tôt vers la fin de la semaine.
Toutefois, le Deputy Prime Minister se prépare à participer à un exercice de déblayage de terrain sur le projet de partenariat stratégique DP World Ltd/CHCL. Il prévoit une séance de travail avec des représentants de la PLMEA demain après-midi. Quatre sujets seront à l’agenda avec le principal syndicat d’employés du port, soit la privatisation du port avec la venue de DP World Ltd, la réintégration d’Alain Edouard (le président de la PLMEA, qui a été licencié), les négociations en cours avec la CHCL sur la révision salariale et des conditions d’emplois, vu l’échéance du 18 pour la clôture de cette étape, et la nécessité de proposer et de mettre à exécution un Remuneration Order pour les employés dans le Sea-Food Hub.
Le principal négociateur de la PLMEA, Ashok Subron, ne cache pas ses appréhensions face à cette privatisation du port. « Si gouvernman Layans Lepep aksepte propozisyon, DP World pu kontrol tu aktivite portyer dan pei pu 30 an. Li pu enn de bann pli gran betiz ki enn gouvernman pou komet depi demantelman Chagos ek lavant Mauritius Telecom », fait-il comprendre. Toutefois, la PLMEA compte proposer l’institution d’un Select Committee de l’Assemblée nationale en vue de « diskit bann propozisyon DP World, akoz so bann inplikasyon lor suvrente nasyonal, sekirite interyer ek inplikasyon lor tarif portyer pu konsomater ek lekonomi an zeneral ». Et de poursuivre : « Enn tel selek komiti ti bizin uver pu permet tu bann sindika, lorganizasyon konsomater ek operater konserne par aktivite portyer, osi ki piblik an zeneral, pou vinn depoze. »