« Nos îles comportent assez de différences pour être singulières, mais leurs traits communs, en revanche, sont bien assez vifs et nombreux pour tisser aussi la trame d’un récit partagé. » Patrimoines partagés, l’ouvrage collectif réalisé sous la direction du Pr Jean-Michel Jauze, se propose d’examiner ces points communs en appréhendant et analysant les modes de vie, traditions et expressions dans toutes les formes, afin de déterminer tout ce que pourrait recouvrir le terme d’Indianocéanie. La Commission de l’océan Indien (COI) avait réuni en colloque, en juin 2013, à Mahébourg, les chercheurs, décideurs, écrivains et intellectuels de la région sur ce thème de l’indianocéanie comme socle et tremplin de notre devenir. Destiné au grand public, cet ouvrage richement illustré, et diffusé en librairie, est une suite logique aux actes du colloque (Les mille visages de l’Indianocéanie).
Le professeur de géographie Jean-Michel Jauze* a réuni, pour réaliser ce livre, une quinzaine de chercheurs de nos pays, investis dans différents terrains de recherche et disciplines, mais au total une centaine de “personnes-ressources” auraient contribué à en nourrir le contenu, comme l’indique en préface le secrétaire général de la COI Jean-Claude de L’Estrac. Saluant Camille de Rauville comme le premier à avoir formulé à propos de cette région l’idée d’un « nouvel humanisme au coeur de l’océan Indien », Jean-Claude de L’Estrac explique notamment que ce livre « prouve et documente l’existence de liens culturels entre nos îles ».
Dans son introduction, Jean-Michel Jauze considère l’Indianocéanie comme un carrefour de civilisations, dans ces îles qui ont déjà en commun un certain nombre de caractéristiques géographiques, comme un océan, un climat chaud et humide (tropical, ou équatorial pour les Seychelles) et une morphologie générale plus ou moins similaire, mais avec cependant des histoires géologiques différentes. L’autre grand point commun est bien sûr l’insularité, à différentes échelles, la relation à l’espace ne pouvant être la même dans la grande île de Madagascar et celles, fort petites, des archipels comorien ou seychellois. Rejetant l’idée d’enfermement, l’auteur conçoit cette insularité comme un trait d’union qui s’est affirmé très tôt à travers la navigation et les échanges maritimes, entre elles et avec le reste du monde, sans oublier comme il le note plus loin que leurs peuplements sont tous venus par l’océan.
Il rappelle au départ la communauté de destin de ces pays qui se caractérise par l’influence des mêmes civilisations et cultures, par le métissage, une exploitation des ressources basée sur le système de plantation, qui utilise une main-d’oeuvre gratuite ou bon marché, et ce ayant engendré l’esclavage puis l’engagisme, ou encore le fait qu’elles aient toutes connu la colonisation française, même si les Seychelles et Maurice sont ensuite passées sous juridiction anglaise. Aussi évoque-t-il par exemple l’influence de la langue française et le développement de la langue créole.