PARUTIONS: Petits poèmes sans ambition

« Un bol de riz cantonais sans baguette, une poubelle sans poignée, un biberon sans tétine… » Chacun peut allonger cette liste de petites choses absurdes et de détails minuscules du quotidien qui remplissent les journées, sans qu’on s’en rende vraiment compte. Le plus souvent, on s’arrange de ces détails, ces petits couacs, ces choses inesthétiques ou ces habitudes rébarbatives, en les ignorant, en faisant semblant de ne pas les voir. Catherine Boudet propose au contraire de s’y attarder un peu dans son dernier recueil, à paraître en novembre, pour lequel les éditions Kirographaires ont d’ores et déjà lancé une souscription.
Un peu : c’est à dire juste le temps de quelques tout petits poèmes de deux ou trois vers. Histoire de se concentrer, de les remarquer, de s’en amuser, voire de s’en offusquer, de s’en esclaffer ou tout simplement d’en rire. La poétesse réunionnaise renoue ainsi avec l’époque où adolescente, les Haïku, ces petits poèmes classiques japonais en trois vers, faisaient partie de ses lectures favorites, à côté des écrits taoïstes.
Dans ses précédents ouvrages, Catherine Boudet a habitué ses lecteurs à une poésie dense et riche, où la profusion des images le dispute à certaines formes de lyrisme.
Depuis quelques années, à côté de cela, elle s’est aussi divertie de cette verve poétique en recherchant le dépouillement le plus total, en s’affranchissant du sens et de l’image, décrivant de la manière la plus simple possible ces petits riens insignifiants. Et ça ne manque pas d’humour… L’auteure appelle ces nouveaux poèmes « Haïkons »… Pour ces textes on ne peut plus minimalistes, du haïku, elle retient le principe d’une forme courte dite dans un souffle ou deux mais elle en détourne donc complètement la thématique, si l’on se réfère à la forme classique qui était vouée à l’amour, à la beauté de la nature, etc.
Ainsi s’en explique-t-elle dans une préface tout à fait désopilante : « Le haïkon n’a aucune ambition, surtout pas celle de signifier quelque chose. Il se contente de vous regarder avec ses gros yeux d’anti-poème. » Ensuite la lecture de ces petits texte de trois ou quatre vers peut apporter un divertissement d’autant plus surprenant qu’il s’appuie sur le réalisme et ses bizarreries… À noter que Catherine Boudet est invitée à la fin du mois au Festival de poésie Voix vives, à Sète dans le sud de la France. Ces rencontres donnent lieu à chaque édition à la réalisation d’une anthologie publiée chez Bruno Doucey, qui a sorti l’an dernier un beau long poème d’Ananda Devi.

Commentaires

« Le haïkon n’a aucune ambition, surtout pas celle de signifier quelque chose. Il se contente de vous regarder avec ses gros yeux d’anti-poème. » Je ne sais pas pourquoi mais ca me fait penser au policier... moyen, au fonctionnaire... moyen. Je sais... C'est parceque je suis de bonne humeur.