FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Pas unifiés mais toujours déterminés : après trois semaines de mobilisation, les « gilets jaunes » restent soudés, malgré des revendications disparates, avant une quatrième journée de manifestation à Paris samedi, qui fait craindre de nouvelles violences.

Des dissensions de plus en plus visibles

Les divisions internes de plus en plus visibles se cristallisent autour de l’opportunité de rencontrer le gouvernement. Les initiateurs du mouvement, dont Eric Drouet et Priscillia Ludosky, martèlent qu’ils ne rencontreront les autorités qu’avec des représentants issus de chaque région – qui ne sont pas encore désignés – et lors d’entretiens retransmis en direct.

Mais d’autres figures du mouvement, comme Benjamin Cauchy ou Jacline Mouraud, s’opposent à ce « canal historique » qu’ils jugent trop radical. Baptisés « gilets jaunes libres », ils ont affirmé dans une tribune au Journal du dimanche vouloir « être les porte-parole d’une colère constructive » et « tendre la main au gouvernement ». Mais ils ont renoncé à se rendre à une invitation de ce dernier mardi après avoir reçu, disent-ils, des menaces anonymes.

Sur le terrain, on s’inquiète de ces divisions. « Je trouve préoccupant de voir des +gilets jaunes+ pas d’accord entre eux à la télé », souligne Brice Telki, un porte-parole du mouvement dans la Loire et le Rhône (centre) : « On devrait être tous d’accord ».

Des réunions s’organisent dans les départements, mais ce mouvement qui réunit des gens d’horizons très divers peine à se structurer.

La présence de militants d’ultragauche et de figures d’ultradroite lors des rendez-vous parisiens suscite par ailleurs le malaise au sein d’un mouvement qui s’est toujours revendiqué « apolitique ».

Les « mesurettes » gouvernementales soudent

Le ciment de la mobilisation reste la condamnation de l’exécutif, perçu comme sourd et méprisant. L’annonce, notamment, de la suspension puis l’annulation de la taxe carbone sur les carburants est jugée largement insuffisante.

« La détermination est intacte, et même elle a été démultipliée par les mesurettes annoncées », estime Fabrice Schlegel, un des leaders des « gilets jaunes » à Dole (Jura, est). « Si elles avaient été annoncées le 18 novembre (au lendemain de la première journée de blocage, ndlr), elles auraient tué le mouvement dans l’œuf, mais aujourd’hui les revendications sont tout autres ».

« On a été entendus, il faudrait qu’on soit compris. On continuera tant qu’il n’y aura pas de prise de conscience », affirme Damien, « gilet jaune » de Moselle (nord-est).

Au-delà d’un « gel », les manifestants réclament une « baisse des taxes » et des mesures plus larges sur le pouvoir d’achat, comme la hausse du salaire minimum. Le « rétablissement de l’impôt sur la fortune » et l’instauration de « référendums » plus fréquents sont également régulièrement cités par les « gilets jaunes » interrogés par l’AFP.

Un « acte 4 » qui inquiète, samedi

Plus d’une dizaine d’événements Facebook appellent à un « acte 4 » samedi après un « acte 3 » le week-end dernier marqué par un déferlement de violences à Paris.

« Beaucoup plus de gens montent à Paris que les dernières semaines », remarque Fabrice Schlegel. « Imaginez l’état d’esprit : ils ont vu les images des week-ends précédents et ils veulent monter à Paris ! Pour moi, c’est irresponsable ».

« Il y a des gens qui dans mon entourage veulent aller à Paris mais moi non », confie Denis Rudloff, à Lorient (ouest) : « Je commence à avoir peur qu’il y ait un mort ».

Autorités comme « gilets jaunes » craignent que la violence se propage en régions, comme ce fut notamment le cas  le week-end dernier avec l’incendie d’une préfecture au Puy-en-Velay (centre-sud).