Trop, c’est devenu vraiment trop ! Les habitants de Rose-Hill sont donc passés à l’acte : une mise en demeure a été servie à Larsen & Toubro Ltd, compagnie qui a décroché le contrat des travaux pour le métro. Cela après plusieurs mois de patience, d’insomnies et de toutes sortes de mésaventures et de désagréments, moraux comme matériels, causés principalement par les travaux en cours dans les parties concernées de cette ville. Et la goutte d’eau (sans jeu de mots) qui a fait déborder le vase : le flot d’eaux usées, contenant des matières fécales, qui a envahi maisons, cours et commerces, ajouté aux odeurs pestilentielles qui imprègnent toujours de manière indélébile ces endroits. Depuis ces 15 derniers jours, ces habitants vivent un calvaire quotidien amplifié.

Comment ne pas comprendre – voire, mieux, sympathiser – avec ces citadins, dans leur grande majorité, qui ont vu en quelques mois seulement leur quotidien basculer vers leur pire cauchemar, leurs existences jusque-là calmes et sans histoires, virer à l’enfer ? Pas celui par exemple de ne pas avoir suffisamment de sous pour rembourser un emprunt, ou vivre à côté de voisins un brin fêtards et tapageurs… Si ce n’était que ça ! Mais le pire cauchemar que l’on puisse imaginer : celui de ne plus pouvoir vivre dans sa propre maison, ce qui est devenu leur triste réalité.

Imaginons un instant passer une seule nuit aux sons des machines qui fouillent inlassablement le sol, à se tourner et se retourner dans son lit sans pouvoir trouver une once de sommeil et savoir qu’il faudra se rendre au boulot ou à l’école le lendemain sans que rien ne transparaisse des affres de la nuit écoulée ! Imaginons encore rentrer dans nos cours et les découvrir inondées de boue et, comme récemment, de matières fécales. Voir nos jardins si jalousement cultivés être littéralement… réduits en ruines ! Ces habitants subissent ces situations régulièrement depuis des semaines. Et si ce n’étaient que des dégâts matériaux ! Mais la récente situation a augmenté de telle façon les dégâts moraux que ces habitants n’ont eu que l’ultime recours aux autorités concernées pour réclamer réparation.

Et pourtant, dès le départ, l’opinion publique, dans son ensemble, avait réclamé une étude de faisabilité qui se respecte, car il est question là d’interventions très lourdes dans des zones hautement résidentielles. Et l’on n’a toujours pas saisi l’urgence avec laquelle le gouvernement a mis les bouchées doubles pour démarrer ces travaux à Rose-Hill…

Ce qui nous amène aux inquiétudes principales. D’abord, est-ce que ce sera rebelote dans les autres régions où passera le métro ? Et deuzio, comment est-ce que l’État va dédommager ces citoyens qui paient de leur santé, entre autres, les répercussions de ce projet ? Car il est clair que le gouvernement ne compte pas faire marche arrière. Il lui faudra certainement compenser les dégâts humains et moraux occasionnés, et pas simplement en plantant « trois fois plus que ce que l’on a déraciné », comme en référence aux arbres abattus de la promenade Roland Armand !

Passage à l’acte également, mais dans un autre registre, de l’ancien Attorney General Yatin Varma, relativement aux amendements à la Judicial & Legal Provisions Act. L’injonction qu’il a présentée est un geste salutaire. Et l’on souhaite vivement davantage un élan solidaire citoyen et non simplement un “move” politique sur la question. Les dérapages sur les réseaux sociaux méritent probablement une certaine forme de régulation, mais pas le musellement préconisé par les amendements tels qu’ils ont été formulés.

Dans le drame passionnel qui s’est joué à Vacoas, ce jeudi 15 novembre, et qui a coûté la vie à une jeune femme de 25 ans, on ne finira pas de s’interroger sur les raisons ayant poussé le présumé meurtrier à cet acte fatal… Jalousie, obsession, possessivité : ces comportements alliés aux coups de colère pèsent très lourd dans la balance, surtout quand il y a des morts au bout de l’action. La No 4 du gouvernement, Fazila Jeewa-Daureeawoo, a présenté un programme destiné aux agresseurs et prédateurs dans leur ensemble. Un projet qui mérite d’être salué puisque c’est à travers de telles études que l’on aura des pistes pour des interventions dans le futur.

Husna Ramjanally