Les programmateurs du festival de Théâtre Passe-Portes ont été agréablement surpris l’an dernier par l’enthousiasme qu’a suscité Le bal des abeilles, ce duo fantaisiste qui raconte la vie des abeilles aux plus jeunes d’entre nous et à tous ceux qui ont gardé un coeur d’enfant. Forts de l’accueil qui lui a été réservé aussi bien à Maurice qu’après le festival à Rodrigues, Catherine Swaguemakers et François Moravic, les fondateurs de Passe-Portes, proposent pour leur troisième édition mauricienne, une programmation beaucoup plus étoffée pour enfants et adolescents, avec trois spectacles et des ateliers théâtre. Tous les billets pour l’ensemble des spectacles du festival, qui se tient du 24 au 29 mai, sont disponibles à partir de ce week-end chez Otayo. L’un des trois spectacles présenté dans le cadre du Passe-Portes special « kids » nous concerne très directement puisqu’il met en scène un personnage (très) librement inspiré de Pierre Poivre. Augustin, pirate des Indes ou Le mystère du coffre aux épices s’adresse au jeune public de 3 à 103 ans ! Augustin est né au théâtre en 2012 et a déjà été représenté 400 fois, mais encore jamais à Maurice où son inspirateur a pourtant réalisé l’un de ses plus beaux projets. Ce sera chose faite les 25 et 28 mai prochains, quand il prendra pour nous les traits de Tullio Cipriano, qui ne cessera de se transformer au gré des aventures tout à fait rocambolesques de ce fin nez particulièrement précoce. Augustin « volubile » Poivre n’a, en effet, que six ans lorsqu’il devient capitaine d’un bateau pirate… Parti à la recherche du trésor d’un Maharadjah, il traverse l’océan à dos de baleine, affronte des orangs-outans, échappe à des tigres féroces, avant de s’introduire au palais des bonbons… Il rencontre alors une charmante princesse, de drôles de Hollandais, un perroquet déluré et un tireur d’élite borgne ! Tout un programme fort incomplet si nous oubliions de mentionner que ce spectacle — également olfactif — permet aux jeunes spectateurs de se familiariser avec les arômes épicés de la route des Indes… Et si le trésor était un parfum. « Dessine-moi un arbre » est une fable musicale écologique écrite, jouée et mise en scène par Marie Simon. Cette artiste qui sait aussi bien danser que chanter et jouer la comédie, crée et interprète des spectacles pour enfants depuis plusieurs années. Ayant particulièrement marqué le public avec son adaptation d’Alice au pays des merveilles ou encore de La chèvre de Monsieur Seguin, elle a créé sa propre compagnie l’an dernier, notamment pour créer ce spectacle plein de bon sens qu’elle adresse aux petits curieux à partir de six ans. Madame le Saule souffre à cause de l’eau qui monte dans ses racines et qui n’est plus très bonne. Ne comprenant pas pourquoi, elle demande à ses amis, la coccinelle, à Madame la pluie, Madame la terre et Monsieur l’oiseau de mener l’enquête. Or tous rencontrent des difficultés et réalisent que leurs maux ne pourront être résolus qu’avec la bonne volonté des humains… La chanson de Fertile est par exemple une complainte assez vindicative qui houspille gentiment les humains de la ville, qui ne se rendent pas compte des dommages qu’ils causent à la terre et dont les êtres vivants de la campagne subissent les conséquences ! Avant de se consacrer pleinement au théâtre, Marie Simon s’est illustrée dans les comédies musicales telles que Starmania ou Chicago. Cette artiste polyvalente animera également un atelier pour enfants le 28 mai au théâtre Serge Constantin, ou encore le 25 au Club Med à Albion. À noter aussi qu’elle n’est pas étrangère à la soirée spécialement consacrée à Claude Nougaro qui est prévue dans le cadre de la programmation générale, puisqu’elle est apparentée à ce maître du jazz, en plus des chanteurs lyriques qui portent son patronyme. « Hervé ou l’impossibilité de devenir un grand poète » s’adresse notamment au public adolescent ou en passe de le devenir… Interprété et coécrit par Johann Cuny, mis en scène et coécrit par Adrienne Ollé et scénographié par Emmanuel Mazé, ce solo raconte le génie de l’adolescence, souvent réprimé, ou peut-être tout simplement celui de l’artiste incompris, qu’on n’a pas su déceler chez tant de jeunes personnes, que les conditionnements divers et variés ont brimées et bâillonnées dans la plus totale inconscience. Hervé le sait et la pièce raconte ses tribulations mentales avec humour, bienveillance et un soupçon d’ironie. Nous découvrirons ce jeune homme d’apparence ordinaire, dans sa chambre d’un petit pavillon de banlieue parisienne, entouré de ses auteurs préférés Rilke, Keats, Lamartine et quelques figures fictives qu’il s’invente pour se tenir compagnie. Les artistes affichent leurs intentions en ces termes : « Nous désirons faire naître un adolescent de théâtre, en colère contre tout et n’importe quoi, contre la vie, contre ses parents, contre la difficulté, contre le sens des choses, contre la sexualité, contre l’impossibilité de devenir ce qu’il veut devenir, contre la réalité (trop dure), contre ses apôtres, contre ce qui fait obstacle à ses fantasmes, contre son corps, contre le corps des autres, un adolescent qui fait les cent pas sur le quai d’une gare et qui s’imagine une vie d’aventurier, un adolescent dépressif avant l’âge, un adolescent qu’on ne reconnaît pas (dans un rôle d’élu). » Et le monde des profs, des lettres et des médias de se rendre compte bien trop tard de la puissance de ce génie méconnu… Cette pièce sera présentée au Club Med d’Albion, alors que les deux premières pour les plus petits le seront au Théâtre Serge Constantin. Tous ces spectacles pourront également être présentés dans les établissements scolaires, à la demande et sous certaines conditions. À bon entendeur…