Alors qu’il venait pour un court séjour en France, un fleuriste subjugué par son français impeccable et sans accent lui a carrément fait cadeau de ses fleurs. Le philosophe Jacques Derrida lui a un jour déclaré que sa maîtrise des langues pourrait lui faire croire en Dieu ! Chinmoy Guha lui a alors répondu qu’il maîtrisait le français mais n’en était pas pour autant doué pour les langues… Autant, si ce n’est plus que les langues, Chinmoy Guha aime la littérature, à la folie. Il s’est épanché pour Le Mauricien à l’occasion de son invitation à Confluences sur les auteurs qui l’habitent, sur les langues qui l’enchantent et les poésies qui le touchent.
La passion pour les langues et la littérature a fait de Chinmoy Guha le chantre des meilleurs auteurs de la Grande Péninsule, à commencer par ceux de la renaissance bengali qui ont bercé son adolescence. À l’époque, il écrivait des poésies, puis il y a renoncé de crainte de ne pas écrire de grands poèmes. Ce choix empreint de modestie venait aussi sans doute trahir une grande exigence et une conscience aiguë du pouvoir extraordinaire de la création littéraire…
Outre les nombreuses conférences et les cours qu’il a pu donner sur la littérature indienne, ce professeur a aussi réalisé une série de documentaires pour l’Institut central des langues de Mysore, sur les icônes que sont Arun Mitra, Buddhadev Bose, Bibhutibhushan Mukhopadhyay, Kritiibas Ojha, Kaliprasanna Sinha, Pyarichand Mitra et bien sûr Rabindranath Tagore, pour lequel il s’est limité ici aux correspondances.
S’il est apprécié dans les milieux universitaires, indiens et internationaux, comme professeur et spécialiste de littérature anglaise, Chinmoy Guha est aussi apprécié dans le monde francophone et pas seulement pour sa connaissance des auteurs français et pour les nombreuses traductions qu’il a effectuées de leurs oeuvres tant en anglais que dans sa langue natale, le bengali. Soucieux de relier le monde, Chinmoy Guha a été ces dernières années le critique littéraire qui a le plus oeuvré à la connaissance et même à la redécouverte de Romain Rolland, auquel il voue une admiration particulière.
« Romain Rolland aimait l’Inde et l’Inde l’a aimé, nous dit-il. C’est un des rares auteurs connus dans le monde entier qui a compris la beauté et la complexité de l’Inde. Romain Rolland est pour nous un citoyen du monde. Il connaissait personnellement Gandhi dont il a écrit la première biographie en 1924. Il a également écrit la biographie de Ramakrishna en 1929 et celle de swami Vivekananda en 1930. Les auteurs occidentaux de son époque ont créé une Inde imaginaire dans l’esprit orientaliste comme dirait Edward Said. Mais sans jamais visiter l’Inde, Romain Rolland est allé bien au-delà des stéréotypes. Il s’inscrit dans la lignée du linguiste allemand Max Müller qui a considérablement contribué à la connaissance des langues indo-européennes, ou encore du Britannique William Jones qui a vécu au Bengale où il a fondé l’Asiatic society. »