PAUL BÉRENGER, LEADER DU MMM: “Ameenah Gurib-Fakim s’est disqualifiée pour être présidente de la République”

“Pas qu’une simple ONG à but philanthropique, Planet Earth Instituto Ltd dont elle a été une directrice est une société privée”

“Tant par rapport à ce que prévoit la Constitution que par son comportement, Ameenah Gurib-Fakim s’est disqualifiée pour le poste de présidente de la République”, a estimé hier Paul Bérenger, leader du MMM. Ce dernier devait en effet affirmer que,  loin d’être une simple ONG à but philanthropique, Planet Earth Institute (PEI) est enregistrée comme une société privée (Private Company) auprès de Companies House en Grande-Bretagne, et qu’un mois seulement après sa nomination comme présidente de la République, Mme Gurib-Fakim devait être nommée directrice de cette Private Company. Rappelant la tristement célèbre affaire des Amsterdam Boys d’il y a 32 ans, Paul Bérenger laisse par ailleurs comprendre que, par rapport au trafic de drogue, l’histoire se répète.
Le leader du MMM affirme que le pays est dans un état de choc après l’éclatement de l’affaire Sobrinho et la saisie record de drogue dans le port. Aussi, pour lui, il convient de tout entreprendre en vue de faire échec au “réel danger” d’un cover-up dans les deux cas. Paul Bérenger trouve que ces deux affaires mettent en lumière la nécessité d’apporter urgemment des amendements aux législations existantes. L’ancien leader de l’opposition déclare avoir surtout en tête l’adoption d’une loi pour réglementer le financement des partis politiques et le vote d’une nouvelle Declaration of Assets Act incluant des peines d’emprisonnement à l’encontre de tout élu pris en contravention.
Le leader des mauves estime néanmoins que de telles législations ne seront jamais adoptées “tant que le MSM sera au pouvoir”, même si elles sont inscrites au programme gouvernemental de l’Alliance Lepep. Dans la présente conjoncture, il trouve que le pays a aussi un urgent besoin d’un “grand coup de balai”. Parlant de l’ampleur du trafic de drogue, Paul Bérenger ne manque pas de rappeler l’épisode des Amsterdam Boys quand, rappelle-t-il, des trafiquants se faisaient fort d’affirmer que “gouvernma dan nou lamé”.
Pour lui, l’affaire ayant conduit à la stupéfiante saisie record récemment réalisée dans le port n’a pas surgi comme cela, “out of the blue”. “Il y a eu d’abord l’importante saisie au port de Sainte-Rose à l’île de La Réunion et impliquant des Mauriciens. J’ai moi-même déposé devant la Commission Lam Shang Leen autour des agissements d’un trafiquant opérant dans le Nord. Il y a eu l’affaire du frère d’une parlementaire dont on n’entend plus parler depuis. Certains des pires bookmakers de même que des avocats proches d’un parti y ont été mêlés”. Selon le leader du MMM, les choses n’auraient pas beaucoup changé 32 ans après les Amsterdam Boys.
Il affirme à cet effet que l’un des principaux suspects arrêtés dans l’affaire des 135 kg d’héroïne interceptés au port, le dénommé Geeanchand Dewdanee, est un “zanfan lakaz” au Sun Trust Building et qu’il aurait en sus assisté plus d’une fois aux travaux parlementaires comme invité de la majorité de la gallerie réservée aux VIP. Paul Bérenger s’étonne que l’individu en question, qui était déjà en liberté sous caution dans une affaire de tentative de corruption de fonctionnaire de police, a pu malgré tout voyager sept fois depuis les élections générales de décembre 2014.
Il s’étonne de même qu’un troisième suspect dans l’affaire a eu le temps de quitter le pays pour l’Afrique du Sud la veille de l’opération d’interception de la cargaison de drogue dans le port.
 “Présidente directrice  de compagnie”
 Revenant, d’autre part, sur l’affaire Sobrinho/FSC, le leader des mauves affirme que, selon ses informations, la police n’aurait pas encore réagi pour établir si effectivement de faux renseignements auraient été fournis au régulateur des services financiers dans le but d’obtenir illégalement un permis d’opérer.
Paul Bérenger rappelle que c’est nul autre que le Solicitor General, Diren Dabee, qui avait attiré l’attention de la Financial Services Commission (FSC) qu’un délit aurait pu avoir été commis sur la base des démentis apportés dans la presse par le Professeur Goolam Mohamedbhai et Me Iqbal Rajaballee, Senior Counsel, quant à leur supposée association aux sociétés du dénommé Alvaro Sobrinho. Le leader du MMM réitère que fournir de faux renseignements à la FSC dans le but d’obtenir un permis d’opérer est une “arrestable offense”. Aussi veut-t-il savoir s’il y a eu déposition en bonne et due forme de la FSC auprès de la police et, si oui, par qui et quand cela a été fait.
Paul Bérenger s’étonne que des sociétés qui n’ont pas encore été autorisées à “start operations” ont quand même déjà fait l’acquisition pour quelque Rs 40 millions de berlines. Il explique que loin de n’être qu’une ONG à vocation essentiellement philanthropique, PEI, plus précisément enregistré le 29 octobre 2010 sous l’appellation Planet Earth Instituto Ltd auprès de Companies House en Grande-Bretagne, est une société privée (Private Company).
S’appuyant sur des copies de documents d’enregistrement qu’il a fait circuler à la presse, le leader des mauves explique qu’Ameenah Gurib-Fakim, qui avait été nommée présidente de la République de Maurice le 5 juin 2015, devait être nommée directrice de Planet Earth Instituto Ltd un mois plus tard, soit le 1er juillet 2015. “Tout cela est-il légal et constitutionnel ?” s’interroge l’ancien leader de l’opposition. Il se réfère à la sous-section (4) de l’Article 28 du Chapitre IV de la Constitution qui stipule que “where a person is elected to the office of President, he shall not, whilst in office, - (a) hold any other office of emolument, whether under the Constitution or otherwise ; (b) exercise any profession or calling or engage in any trade or business”.
Selon Paul Bérenger, même si la présidente de la République assurait la population qu’elle n’a pas touché un sou pour tout le temps qu’elle a assumé les fonctions de directrice de cette société, il n’en demeure pas moins que la présidence de la République est un poste à plein temps et que celle ou celui qui assume cette fonction doit être “au-dessus de tout soupçon”. “Il y a eu aussi le fameux déjeuner au Réduit avec comme convive le dénommé Sobrinho dont on ne sait pas encore qui l’a introduit à Maurice”, explique l’ancien leader de l’opposition.
Investment Banking : “Grossier mensonge du DPM”
 Sur la base de ces éléments, Paul Bérenger est d’avis qu’Ameenah Gurib-Fakim “s’est disqualifiée pour le poste de présidente de la République tant par rapport à ce que prévoit la Constitution que par son comportement”. Il revient à la charge pour réclamer la publication de la correspondance supposément échangée entre la FSC et les autorités de Lisbonne à propos du multimilliardaire angolais controversé. Le leader du MMM, qui dit être en présence d’informations au sujet d’une autre correspondance, cette fois entre la Banque de Maurice (BoM) et la State House, demande aussi la publication de celle-ci.
Paul Bérenger tient par ailleurs à démentir ce qu’il qualifie de “mensonge grossier” du Premier ministre adjoint, Ivan Collendavelloo. Sur les ondes d’une radio au courant de la semaine, ce dernier a laissé entendre que l’Investment Banking License est un produit innovant du présent gouvernement et n’était pas délivré précédemment par la BoM. Or, le leader du MMM explique qu’au départ, avec l’adoption de la Banking Act par le gouvernement MSM-MMM d’alors en 2004, l’allocation de l’ensemble des permis bancaires relevait des compétences de la Banque centrale.
Paul Bérenger pousuit en indiquant que cette législation fut une première fois amendée en 2007 en vue de faire provision pour que la BoM s’occupe aussi de l’octroi des permis d’Islamic Banking. En 2010, rappelle le leader des mauves, sous le gouvernement PTr-MSM-PMSD, Pravind Jugnauth, ministre des Finances d’alors, amenda une nouvelle fois la Banking Act dans le cadre de l’adoption du Finance Bill le 17 décembre de cette année pour, cette fois, accorder à la Banque centrale de nouveaux licensing powers dans le cadre de l’introduction de la Private Banking et de l’Investment Banking.
“Le 29 juillet 2016, dans le cadre de la présentation du budget et de l’adoption du Finance Bill, le pouvoir de la BoM d’émettre des Investment Banking Licenses a été transféré à la FSC”, explique Paul Bérenger. “Les faits sont là”, soutient-t-il, en estimant qu’il est “honteux et ridicule” de la part d’Ivan Collendavelloo “d’avancer ainsi des faussetés”.
À l’heure des questions, Paul Bérenger devait expliquer que même si la présidente de la République a refusé d’être rémunérée à son poste de directrice de Planet Earth Instituto Ltd, le fait demeure qu’un poste de direction au sein d’une société privée représente un “office of emolument”. “Si mes informations sont incorrectes, qu’on me démente”. Le chef du MMM s’est refusé “à ce stade” de dire si son parti réclame tout bonnement la démission de Mme Gurib-Fakim. “Tant par rapport à ce que prévoit la Constitution que par son comportement, elle s’est disqualifiée pour le poste de présidente de la République”, formule-t-il plutôt.