Paul Bérenger, leader du MMM, affirme la volonté de son parti d’affronter les prochaines élections générales “pour gouverner seul.” Il laisse néanmoins la porte d’un éventuel gouvernement MMM ouverte à “certaines personnes propres, compétentes et patriotes.” Dans une interview exclusive à Week-End en marge de la célébration du demi-siècle d’existence du parti par la tenue, ce dimanche, d’un congrès-anniversaire au Plaza sur le thème “S’inspirer du Passé Pour Construire l’Avenir”, il revient sur le cheminement du MMM et évoque l’avenir du parti. Paul Bérenger  annonce aussi “des surprises” lors du prochain scrutin, compte tenu, dit-il, de notre système électoral “en kouyonad.”

A l’intention particulière de la jeune génération, pourriez-vous nous rappeler les circonstances ayant conduit à la création du MMM en 1969 ?
– L’histoire du MMM peut être divisée en différentes périodes. Au départ, nous avions lancé le Club des Etudiants qui devait, lui-même, devenir le Club des Etudiants Militants, avant d’évoluer, par la suite, en Mouvement Militant Mauricien (MMM). L’acte fondateur de la création du MMM fut, sans conteste, la manifestation contre la visite de la princesse Alexandra en septembre 1969 sur fond de répression avec le déploiement des soldats de la Special Mobile Force (SMF) et le règne des tapeurs.

A l’origine, ce n’était pas vraiment un parti à proprement parler, mais davantage un mouvement de jeunes aux idées bouillantes. Ce fut une époque très spéciale sur le plan mondial, sur fond notamment de la guerre du Vietnam et des grandes manifestations d’étudiants de Mai 68 en France. C’était l’émergence, à cette époque, de grandes idées tiers-mondistes avec, par exemple, Frantz Fanon et d’autres. Le monde, dans son ensemble, passait par des moments extraordinaires.

Le MMM est né dans la répression avec d’un côté, la SMF et la police, en général, qui réprimaient et procédaient à des arrestations à tour de bras ; de l’autre, les tapeurs du PMSD, la violence. Au commencement, nous avions la prétention d’être un mouvement radical, révolutionnaire qui voulait tout changer, renverser, comme on le disait, le système capitaliste. Tout ce bouillonnement a finalement débouché sur la grande grève générale de 1971. Jusqu’à ce que des dirigeants du MMM, dont moi-même, furent jetés en prison en 1972 pour un an. A partir de notre libération en 1973, tout retourna peu à peu vers une vie politique plus normale. Jusqu’aux premières élections générales après l’indépendance, soit celles de 1976 et auxquelles le MMM prendra part.

Précédemment à cela, ce fut, en 1970, l’élection partielle de Pamplemousses/Triolet…
A vrai dire, nous n’avions aucune prétention de remporter cette élection. De manière générale, pour les « révolutionnaires » que nous affirmions être, les élections c’était un leurre.
Nous avions fait sien le slogan des soixante-huitards parisiens : « Elections Pièges à Cons ». Compte tenu du poids que le communalisme, d’une part, et l’argent pourri, de l’autre, allaient avoir lors de ce scrutin, nous n’avions même pas pensé que nous allions l’emporter.
Au décompte final, nous avons été les premiers surpris quand nous avons fini par balyer karo. Et tout cela, dans une période de pleine répression. J’étais en prison le jour du dépouillement. Au terme de ces années de braise, le MMM finit par faire son entrée en force pour la première fois à l’Assemblée nationale en 1976. Les années de braise débouchent, effectivement, en 1976 ,sur les premières élections générales depuis l’indépendance. Les gens ne réalisent pas souvent que les élections générales qui avaient eu lieu en 1967 devaient être réorganisées cinq ans plus tard, soit en 1972. Toutefois, avant que naisse le MMM, le PTr, le PMSD et le CAM avaient choisi de « gang together » en 1969 pour renvoyer les élections initialement prévues en 1972 pour 1976 ! Ils ont amendé, pour cela, la Constitution, pour dire qu’il faut considérer que les élections de 1967 avaient été organisées en 1972 !

1976, c’est une page de tournée. Je me rappelle encore un titre dans la presse saluant, ainsi, cette première participation du MMM à des élections générales : « Coup d’essai, coup de maître ! ». Pour cette première participation à des législatives générales, le MMM est passé à deux doigts de la prise du pouvoir !

On peut toujours se demander aujourd’hui : « Qu’aurions-nous fait si ? » Seul Dieu peut le savoir ! Car, parmi nous, il ne faut pas l’oublier, il n’y avait qu’Anerood Jugnauth qui disposait d’une expérience de parlementaire et de ministre aussi. Courte, certes, mais tous les autres députés MMM de1976 avaient été élus pour la toute première fois. En obtenant 34 députés sur un total de 70, nous avons frôlé la possibilité de prendre le pouvoir. Le PTr a récolté 28 sièges et le PMSD. Par manque d’expérience, nous leur avons donné la possibilité de « gang together ». Ainsi, en additionnant 28 à 8, le PTr et le PMSD sont parvenus à constituer une majorité de 36 députés contre 34 au MMM.
Je considère, jusqu’aujourd’hui, extraordinaire que nous avions joué le jeu constitutionnel, le jeu électoral. Même si nous avions remporté ces élections, nous ne sommes pas descendus dans la rue ni n’avons-nous questionné la constitutionnalité de cette prise du pouvoir par la coalition PTr/PMSD.

A cette même époque, le MMM entrait aussi en force dans les municipalités…
Effectivement. Nous avons investi pour la première fois l’Assemblée législative d’alors en 1976 et nous nous sommes retrouvés à la tête d’un certain nombre de municipalités à partir de 1977.

Pour revenir, un moment, aux années de braise, des adversaires ont accusé le MMM de s’être servi des syndicats et des travailleurs à des fins politiques
– Complètement faux ! C’est l’inculture politique qui peut faire dire des choses semblables. A cette époque de 1970/1971, les syndicats étaient accaparés par des soi-disant syndicalistes professionnels en costume trois-pièces ! Les travailleurs n’avaient pas leur mot à dire. Et ces syndicalistes étaient toujours en costume-cravate, s’il vous plaît ! Presque comme des patrons-bis sur le dos des travailleurs ! Nounn vir tousala ! Néanmoins il y avait aussi une bonne dose d’idéalisme.
Nous sommes venus avec un concept de démocratie directe pour les syndicats. Cela a marché comme pour le déclenchement des mouvements de grève générale ? Ce fut un mouvement ouvrier, un mouvement démocratique syndical extraordinaire.
Nous nous sommes laissés emporter par les événements. Des choses extraordinaires se sont déroulées. Il y avait l’état d’urgence. On emprisonnait, il y avait la répression Ti pe kass lerin lagrev. A un certain moment, en assemblée générale, tous les syndicats avaient décidé de la révocation du mot d’ordre de grève générale. Toutefois, Gaëtan Duval, alors lord-maire, refusa de réemployer 300 employés de la municipalité de Port-Louis. Dans une démarche de solidarité héroïque avec ces travailleurs municipaux, tous les syndicats votèrent, alors, pour la poursuite de la grève générale. Nous avons décidé de continuer, même si nous savions qu’il y avait des risques que nous allions kass laguel.

Cette période juste après l’accession du pays à l’indépendance se situe aussi dans la foulée des bagarres raciales …
C’est une période que nous devons, tous, connaître. Il faut savoir qu’en 1965, il y avait eu un premier trouble intercommunautaire dont les conséquences se sont prolongées lors des élections générales très communalisées de 1967 pour l’indépendance. Nouvelle bagarre communale, par la suite, entre deux autres communautés en 1968.
C’est pour cela que le MMM naissant s’était fixé pour but, dès 1969, de « remplacer la lutte des races par la lutte des classes ». Un slogan qui a marché au moyen du regroupement des travailleurs des différents secteurs d’activités — port, industrie sucrière, transport, etc. — pour une lutte en commun durant les mouvements ouvriers de 1970/1971. Ce fut un véritable barrage contre le communalisme.
Cette mouvance syndicale unitaire a aidé à apaiser complètement les tensions. Une page était tournée. Une autre époque voyait le jour. Il y avait la volonté de laisser loin derrière nous les bagarres communales de 1965 et de 1968.

Dès ce premier mandat électif d’un groupe de députés MMM au Parlement de 1976-1982, le MMM allait également connaître la défection de ses premiers transfuges…
– Il y a toujours eu des défections. Depuis, presque sa naissance, le MMM a accepté le droit de tendances. Et cela n’a pas été sans tiraillements. Bizin rékonet ousi ki bolom Ramgoolam ti enn expert ès transfuges !
Moorba et plein d’autres encore dont j’éviterai, ici, de mentionner les noms, mais il y a, effectivement, de nombreux transfuges célèbres. Sans parler d’autres transfuges de cette époque qui, de temps à autre, se permettent de donner, aujourd’hui, des leçons aux autres.

Vous évoquez les défections et le transfugisme aujourd’hui avec le sourire, alors qu’il y a quelques semaines, vous évoquiez votre tristesse par rapport au départ de certains
– J’ai été attristé par des cas individuels. C’est tellement triste que je préfère ne pas revenir sur le sujet. Mais quand je pense à Devanand Routho et la trahison infecte de ces cinq qui, du jour au lendemain, sont passés d’un parti à un autre.
Mais voyez la main de l’histoire, le sort du destin : ces trahisons ont activé un déclic, une prise de conscience, un sursaut extraordinaire. Je suis, surtout, attristé pour deux de ces déserteurs qui sont des jeunes et qui sont devenus, aujourd’hui, de véritables épaves politiques.

Ce premier mandat parlementaire d’un groupe MMM entre 1976 et 1982 coïncide aussi avec une grande période de crise économique et sociale…
– Vous voulez parler de l’époque Ringadoo. Je préfère rire quand je pense à cette époque. Pensez-vous : il avait même fallu, une fois, refaire le budget ! C’était la fin de règne du PTr qui allait déboucher sur les premiers 60-0 de1982.
A l’Assemblée législative de 1976 à 1982, nous faisions l’apprentissage de la démocratie parlementaire dont nous ne connaissions pas une ligne. Mais très vite, sous la férule du Professeur Swaley Kasenally et d’autres, nous sommes devenus des experts en pratiques parlementaires ! Nous avons appris de force sur le tas.

Vous vous attendiez à ce 60-0 de 1982 ?
– Nous savions, au moins, qu’un tsunami électorat s’annonçait, mais sûrement pas de l’ampleur d’un 60-0 ! J’ai une photo de moi prise au moment où on m’annonçait que le bonhomme Ramgoolam avait été battu. A ce moment précis, je n’ai pu m’empêcher de mettre mes mains sur mon front pour me dire à moi-même : « C’est terrible ! » Je n’oublierai pas, également, cette photo de Sir Seewoosagur. Généralement impeccablement habillé à la british en costume et cravate assortie, ce fut, je pense, la première et dernière fois qu’on le vit aussi mal mis en public, sans cravate, col ouvert, éreinté, sans lunettes, écrasé sous le poids de la terrible défaite.
Cette photo inn kass mo leker terrib.

Certains pensent que si ce gouvernement de 1976 led by PTr a connu autant de difficultés, c’était parce qu’il s’agissait d’un gouvernement de coalition postélectoral. Y-a-t-il une relation de cause à effet entre l’un et l’autre ?
– Pas du tout ! Il y a eu et il y a des gouvernements de coalition hier comme aujourd’hui. Dans la vie, les choses ne s’expliquent jamais par des explications simplistes. La vie réelle est bien plus compliquée.

Si, par sa victoire éclatante, le MMM avait de quoi se réjouir en 1982, ces premiers 60-0 ont aussi démontré l’iniquité de notre système électoral
– Tout à fait. Le PTr avait eu au moins 30 % des votes. Ce qui n’est pas rien. Or, ce parti a été, littéralement, balayé par un système électoral toujours en place jusqu’aujourd’hui. C’est, fondamentalement, le même système qui se maintient par la faute, avant tout, de Sir Anerood Jugnauth et du MSM. Tant que le MSM sera au pouvoir, il n’y aura pas de réforme électorale. Mais tel qu’il agit, actuellement, le MSM court, lui aussi, le risque d’être balayé par l’Histoire.

C’est en exerçant pour la première fois le pouvoir en 1982 que le MMM arrive, semble-t-il, à réaliser que la politique c’est, finalement, l’art de concilier le souhaitable au possible Le pays était en récession et des mesures difficiles devaient être prises, n’est-ce pas ?
Comme je l’ai dit, parmi nous, seul Anerood Jugnauth avait un peu d’expérience ministérielle. Avant la prise du pouvoir, nous pensions, sincèrement, que l’économie nationale allait, malgré tout, nous permettre de mettre en chantier un certain nombre de projets. Toutefois, nous sommes revenus bien vite sur terre après avoir fait l’inventaire des comptes.
Après douze années de syndicalisme, je me suis retrouvé au poste de ministre des Finances dans un contexte économique où le pays était littéralement à genou devant le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Nous n’avions pas le choix. Et quand je dis que nous avons évolué face au système capitaliste, à l’économie de marché, c’est en fonction de cette expérience. Nous avions fait publier un document « The State of the Mauritian Economy » en vue de dire la vérité à la population.
Quand j’ai présenté l’état de la situation à mes collègues ministres, je leur ai fait comprendre que nous n’avions que deux choix : être solidaires et nous serrer les coudes pour faire face à la situation et prendre les décisions qui s’imposaient ou rappeler la population aux urnes et demander à l’électorat de décider en fonction de la situation réelle. Pas un seul parmi nous n’était en faveur d’un rappel aux urnes de l’électorat. On sait, pourtant, ce qui s’est passé quinze jours seulement après : actes de désolidarité, « bez cout poignar dan lédo  » Cela a finalement débouché sur la terrible cassure de 1983. Cette cassure, je la considère comme une terrible trahison.

Du haut du demi-siècle d’histoire du MMM, quelle est votre plus grande satisfaction personnelle et votre plus grand regret ?
– Plutôt que la plus grande satisfaction, la plus grande réussite du MMM demeure, quand même, les premiers 60-0 de 1982. Un raz-de-marée patriotique de la jeunesse dans une unité nationale extraordinaire. Un moment extraordinaire de notre histoire avant la terrible trahison qui allait suivre. Ma plus grande déception c’est, justement, cette trahison de 1983 quand Sir Anerood Jugnauth et d’autres — des anciens du MMM, le PMSD et le PTr — s’assemblèrent dans une grande alliance de la haine contre le MMM pour des élections communales infectes, dans une ambiance malsaine à souhait. Un scénario qui, je l’espère, ne se produira jamais.

Et votre regard sur la situation économique actuelle ?
– Zafer pa bon ! On joue avec le feu. Les choses sont très sérieuses. Pour le secteur du tourisme, par exemple. Je suis très inquiet, car nous ne réfléchissons pas assez pour voir ce qu’il y a à faire. De même pour l’industrie sucrière et la production de l’électricité. Ce gouvernement n’a plus aucune idée.
Notre tourisme est menacé. On prend, désormais, conscience heureusement de la situation de l’environnement à la lumière du changement climatique. Inévitablement, par ricochet, cette prise de conscience aura une incidence sur les voyages aériens, surtout les long-courriers, car le voyage par avion est des plus polluants. Maurice dépend largement de dessertes long-courriers pour son tourisme.
J’ai, toutefois, l’impression que personne ne s’inquiète, chez nous, de cette évolution. A commencer par le ministre du Tourisme et le gouvernement. Heureusement que les élections approchent et qu’il y aura, bientôt, un autre gouvernement.

Pour les prochaines élections, le MMM insiste toujours qu’il briguera les suffrages seul…
– C’est une question longtemps tranchée et il n’y a pas lieu de revenir sur le sujet.

Mais n’y a-t-il pas, quand même, risque que le MMM fasse les frais d’une bipolarisation du vote comme cela a souvent été le cas dans le passé ?
– Je vois, moi, au contraire, que les choses évoluent dans la bonne direction. Les gens oublient que les élections de 2010 ont été une occasion ratée. Le destin de Maurice aurait été différent, nous aurions été sur une autre trajectoire si en 2010, nous étions partis, comme cela se présentait, pour une lutte à trois entre le PTr, le MMM et le MSM.
Sous pressions communales, malheureusement, le PTr et le MSM ont fait alliance et avec le PMSD, ils ont battu le MMM. Par quelques points de pourcentage seulement, il faut bien le dire ! Et cela a pesé lourd dans la balance quand nous avons eu à choisir en 2014 de faire alliance avec le PTr.
Parmi des militants, il y avait comme une hantise que le PTr et le MSM nous jouent le même tour comme en 2010 en s’alliant sur une base communale. Ce qui nous a poussés, à tort, en 2014, de conclure une alliance avec le PTr de Navin Ramgoolam. Aujourd’hui, en tout cas, il est clair pour nous que nous allons nous présenter seuls devant l’électorat.

Ce risque de 2010 n’est plus perceptible aujourd’hui en 2019 ?
– Même si ce risque existait encore, le MMM n’a pas le choix. Il a pris sa décision. Mais je ne perçois pas ce risque. Je suis persuadé d’une lutte à trois. Je le redis : le MMM va se présenter à ces élections pour gagner dans les villages comme dans les villes. J’anticipe même des surprises à ces élections. Un scrutin qui se jouera entre le jour du dépôt des candidatures et le jour des élections.

Le parti se présente seul parce que le MMM ne souhaite pas d’alliance avant les élections ?
– Ce qui s’est passé en 2014 et même avant avec le PTr fait que nous ne sommes pas prêts d’envisager une alliance avec les rouges. Pas la peine de spéculer que Navin Ramgoolam cède la place ou d’autres supputations encore.
De son côté, en cinq ans, le MSM est devenu pire que le PTr. Au MMM, nous n’avons pas le choix et nous irons seuls avec notre liste de 60 candidats que nous finalisons. Je ne dis pas que ce sera facile, notamment avec le money politics qui joue et jouera un rôle dangereux.
Avec ces élections en point de mire, c’est l’occasion d’une deuxième naissance pour le MMM au moment où notre parti célèbre son 50e anniversaire.

Toute renaissance se fait avec du sang nouveau. On ne fait pas du neuf avec du vieux, n’est-ce pas ?
– Oui et non. Je ne dis pas que nous n’aurons aucun problème, mais nous n’avons pas encore finalisé notre liste de candidats. Nous ne sommes pas encore arrivés à destination et il y aura, sans doute, encore beaucoup de problèmes, beaucoup de vagues

Vous pensez à une victoire éclatante du MMM ?
You never know. Avec notre système électoral en kouyonad-la, kapav ena bann mari surprise. Mais quand même pas un 60-0. Je ne dis pas non plus que c’est bon. Mais notre système électoral étant notre système électoral
Dieu sait combien le MMM s’y est pris pour tenter de changer ce système. L’Histoire retiendra le blocage d’Anerood Jugnauth. Et pire encore, celui de son fils.

Iriez-vous jusqu’à dire que le MMM seul obtiendra une majorité absolue pour gouverner seul ?
Ou pou dekouyoné ! Quand je dis que nous allons pour remporter ces élections, dans les villages comme dans les villes, cela veut tout dire.
La vie politique n’est jamais statique. Parfois, lorsqu’elle monte, elle monte complètement. Quant à nous, nous mettons toutes les chances de notre côté, toute notre sincérité, et nous allons pour gagner.

Gouverner seul ?
– Evidemment. J’ai parlé de 1982 plus tôt. C’est dans ma nature, mais je n’aime pas que les gens soient angoissés, tristes, ou ne dorment pas. En 1982 le but était de rassurer et je crois que nous avions eu bien raison.
Demain, si le MMM remporte une grande victoire, cela ne veut pas dire que le MMM gouvernera seul. Même si c’est avec une grosse majorité. Cela ne veut pas dire que nous n’ouvrirons pas nos portes à certaines personnes propres, compétentes et patriotes.

Vous envisagez, donc, une possibilité de coalition post-électorale ?
Qu’entendez-vous par coalition ? Quand je dis cela, je parle de certaines personnes venant d’autres partis. Mais, dans l’immédiat, notre travail c’est de remporter les élections et de les remporter haut la main. Je crois que les gens réalisent que boul fin viré et apé viré ces dernières semaines et cela va continuer ainsi. Malgré le money politics, ou les tentatives communales, je suis optimiste. Surtout quand je vois les jeunes. Sa kart MMM-la, sa kart Paul Bérenger-la, nou kompétans ek nou disiplinn pou zoué bien for !

Des observateurs estiment que cette fois, la population étudiera deux fois avant de choisir ses représentants à l’Assemblée nationale. Un commentaire ?
Tant mieux. J’en suis heureux, car nous allons présenter les meilleurs candidats qui soit. Cela ne peut qu’être bon. Le MMM est très fier, car il est sans taches. Je ne dis pas que nous n’avons pas commis d’erreurs, ici et là.
C’est inévitable, mais nous sommes très fiers de notre passé, principalement sur le plan de la lutte contre la corruption, pour l’honnêteté et la moralité en politique. Et également, sur le plan de la promotion de la démocratie.

Le fait que dimanche dernier vous vous êtes retrouvé sur la même estrade que votre voisin Navin Ramgoolam fait planer de nombreux commentaires. Nothing more to read about it ?
– Rien, rien, rien. Mo ti bien amerdé. Cela m’a demandé plusieurs années pour ne serait-ce qu’avoir envie d’adresser la parole à Navin Ramgoolam. J’étais très en colère, car il nous a tués. Dieu sait ce qui serait advenu de Maurice
Le but de notre alliance en 2014 était de donner à Navin Ramgoolam certains pouvoirs, mais que le Premier ministre garde les pouvoirs exécutifs. Nous aurions amendé la Constitution, il serait parti au Réduit et Paul, en tant que Premier ministre aurait nettoyé le pays. Mais il nous a tués. Je ne souhaite pas revenir sur ce sujet et les remarques qu’il a faites.
Je crois finalement que Ramgoolam voulait gagner les élections, mais sans une majorité des trois quarts. Il serait alors resté Premier ministre et nous n’aurions pas pu amender la Constitution. Et dans ce cas, tout aurait chaviré. Mais dan rat target, fin rat target net.
Cela m’a pris un bon bout de temps pour commencer, non pas à pardonner, mais laisser cette colère se dissiper. Car finalement sur un plan humain, nous nous entendons bien tous les deux. Navin Ramgoolam a beaucoup de défauts, mais il a certaines qualités aussi. Mais, croyez-moi, là, péna nanyen, nanyen, nanyen entre nos deux partis.
C’est extraordinaire que le MMM, un parti né en 1969, a le courage, la dignité, 50 ans plus tard, d’aller seul aux élections. Que de la même manière, le PTr, né 1936 ait, lui aussi, le courage d’aller seul. Il devrait prendre exemple sur le MMM. Il lui faut un sursaut.

Vous n’êtes pas convaincu que le PTr ira seul ?
Je choisis de croire dans ce qu’il dit. Mais on verra bien. Chacun prend son destin et le destin de son parti en main.

Après ce qui s’est passé en 2014 vous pensez qu’on peut encore croire en Navin Ramgoolam ?
Je ne me pose pas la question. En 2014, nous étions ensemble et étions supposés prendre la barre pour changer un pays. Est arrivé ce qui est arrivé. Aujourd’hui, nous allons chacun de notre côté et je considère qu’il aurait été mieux pour le pays que le PTr aussi aille seul. Et après bann galimatias la de zot coté ramas lé res.

Tout le monde est amené, un jour ou l’autre, à prendre sa retraite. Sommes-nous proches de la vôtre ?
– Les gens croient que c’est Paul qui décide de ceci ou de cela. Ce n’est pas ainsi dans le parti. Nous discutons beaucoup. Parfois, je discute dur, c’est vrai, car je tiens à mes idées. Mais je suis un homme du devoir.
Par exemple, il y a quelques mois, nous avons eu à nouveau, un débat de fond au sein du MMM, sur la question d’aller seul ou pas aux élections. Nous avons énormément discuté pour aller seul. Nous avons ensuite discuté pour savoir si nous allions de l’avant avec Paul Bérenger en tant que Premier ministre pour cinq ans, ou à l’israélienne, pour deux ans et demi. Personnellement, j’étais en faveur de deux ans et demi. Mais le mood était pour Paul Bérenger cinq ans en tant que Premier ministre.
Ceci démontre que nous prenons des décisions de façon collégiale. Je ferai ce que me demandera mon parti, ce que me demanderont les gens que j’estime. N’empêche que je suis arrivé à l’âge que j’ai.

Vous le reconnaissez donc…
– Je n’ai pas à regarder chaque matin mon acte de naissance pour connaître mon âge. Mais voilà, le destin a voulu que ce soit ainsi, que je contracte un début de cancer. Le cancer n’est pas un jeu. Faire de la radiothérapie et autres, ce n’est pas toujours évident. Tout cela est lourd, mais je suis encore là.
Mon parti et des gens ont besoin de moi et je réponds présent.
l Selon vous, aux prochaines élections les Mauriciens seront, cette fois, enclins à voter Paul Bérenger comme PM de ce pays ?
Plus que jamais. Surtout kan nou guet ski papa/piti fin fer, kot zot inn amene sa péi-la. Je n’ai aucun doute à ce propos. Je suis confiant que le temps joue en la faveur du MMM et que nous remporterons ces élections.

Ces prochaines législatives seront-elles les dernières de Paul Bérenger ?
– Je ne le dirai pas. Je l’ai déjà dit, je suis un homme du devoir. Sauf si mon parti, les militants me demandent de ne pas mourir, là je ne pourrai donner de garantie Cela ne dépend pas de moi. Cela interviendra en temps et lieu. J’adore la vie. J’aurai bientôt un nouveau petit-enfant. C’est une bénédiction

Puisque vous évoquez tout de même l’idée qu’il faudrait un jour partir, avez-vous songé à la relève, à votre héritier ou héritière ?
– Mon héritier politique doit obligatoirement être issu des dirigeants du parti. Mais une chose que tout le monde a bien comprise, c’est que la question de dynastie ce n’est pas du tout dans ma nature !
Jamais je n’ai favorisé un membre de ma famille. A commencer par ma fille. Jamais je n’ai favorisé et jamais je ne favoriserai. C’est contre ma nature.
Mais en même temps, je ne me reconnais pas le droit d’empêcher quelqu’un de vivre sa vie. Il y a des coïncidences.
Je ne veux pas non plus bloquer les gens. S’il y a des personnes qui ont le courage et la volonté de mener une lutte pour leur pays, pourquoi pas? Dinasti, samem dernyer zafer ki kadré avek Paul.

Quelle est votre appréciation de la prestation à ce jour de votre fille, Joanna, sur le terrain et dans les médias ?
C’est clair qu’elle fait très très bien. Mais je ne l’ai jamais encouragée. Ni elle ni qui que ce soit d’autre de ma famille. Chacun prend son destin entre ses mains. C’est ma philosophie de la vie. Mais so far, Joanna se débrouille très bien. Pa kont lor mwa pou ban traitman spécial.
Un mot, quand même sur votre primeministership ?
– J’en suis aussi très fier. Deux ans à la tête du pays. Mais court, quand même. Et personne ne peut me montrer du doigt. Enn dominer, enn trianger, enn victimizasyon mo pann fer. Ce dont je suis extrêmement fier, ce sont mes visites à nos pays de peuplement.

Après 50 ans, si vous deviez tout refaire ?
– J’aurais, certainement, évité plusieurs erreurs. Comme je le répète, être « wise after the event » c’est, le plus souvent, un signe de faiblesse. Il faut tout assumer. Les succès, les belles choses, mais aussi les échecs et les erreurs.
Il y a une chose que j’ai toujours dite : méfiez-vous de ceux qui ne savent pas rire de bon coeur. C’est ce que me disent mes 74 ans d’expérience. Autre conseil que j’ai à donner, surtout aux jeunes : sachez rire de vous-mêmes quand il faut. Je ne veux pas citer d’exemple, mais il y a certains qui sont à des postes de responsabilités, mais qui ne savent pas rire. Ils savent ricaner, mais pas rire de bon coeur. Pour moi rire de bon coeur c’est toute une philosophie de la vie.