« Maurice est le seul pays au monde où un ministre annonce qu’il spécule sur l’or », observe Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM. Aussi, pour lui, Vishnu Lutchmeenaraidoo qui s’est « disqualifié » comme ministre aurait dû avoir, déjà, démissionné. Disant « ne pas faire confiance à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) », le chef de l’opposition laisse entendre qu’il suivra de près les enquêtes qui ont été initiées. Il questionne, d’autre part, « l’empressement », pour l’acquisition, par le Central Electricity Board (CEB), de deux turbines fonctionnant au Gaz Naturel Liquéfié (GNL) et prévient qu’il veillera à ce que l’appel d’offres y relatif ne soit pas « tailor-made».
« Sir Anerood Jugnauth et Vishnu Lutchmeenaraidoo se tiennent par la barbichette », soutient Paul Bérenger. Il explique qu’au cas où le Premier ministre l’aurait révoqué comme ministre, Vishnu Lutchmeenaraidoo aurait démissionné de l’Assemblée nationale, provoquant, ainsi, une partielle. Selon lui, l’ancien ministre des Finances a dû, par ailleurs, se satisfaire de son nouveau portefeuille des Affaires étrangères et conserver un poste ministériel « compte tenu des casseroles qu’il traîne derrière lui ». Ainsi, tout cela est « répugnant et constitue une honte pour le pays ».
Faisant le procès de l’ex-Grand argentier, Paul Bérenger évoque, d’abord, le projet de Smart City à Pailles devant être financé par la société Yihai, un Joint-Venture entre la State Investment Corporation (SIC) et des investisseurs chinois. Il ne manque pas de souligner le rôle joué par la soeur de l’ancien ministre des Finances dans ce projet controversé en sa qualité de direcrice générale p.i. de la SIC. Il souligne le fait que c’est en l’absence de Vishnu Lutchmeenaraidoo que le Conseil des ministres a décidé de demander à l’ICAC d’enquêter sur le projet.
Paul Bérenger parle, ensuite, du prêt en euros équivalant à Rs 44 millions qu’aurait contracté l’ex-Grand argentier auprès de la State Bank of Mauritius (SBM). « Maurice est », dit-il, « le seul pays au monde où un ministre en fonction annonce qu’il spécule sur l’or ». Il ajoute à cela les conditions d’attribution de contrats publics à la société InfoZen Consulting Ltd dirigée par le fils de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Et conclut en laissant entendre que le MMM « qui n’a aucune confiance en l’ICAC » suivra de près les enquêtes initiées.
« Vishnu Lutchmeenaraidoo s’est disqualifié comme ministre des Finances. Il aurait dû avoir déjà démissionné », soutient Paul Bérenger. Le leader de l’opposition va même jusqu’à prévoir la révocation prochaine du gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Ramesh Basant Roi qui, « s’emploie beaucoup à défendre Lutchmeenaraidoo ». Il concède, néanmoins, que le non-respect du secret bancaire constitue « une catastrophe pour le pays ». Paul Bérenger doute que l’image de « jungle financière » que projette Maurice, ces jours-ci, soit favorable à l’investissement étranger.
Ex-BAI: « Gare à l’argent sacré des travailleurs ! »
Revenant, par ailleurs, à la charge sur toute l’affaire BAI, le leader de l’opposition rappelle l’optimisme affiché par le ministre des Services financiers, Roshi Bhadain, le 8 septembre dernier à l’Assemblée nationale, quant à des participations à l’actionnariat de la National Insurance Company (NIC) Ltd.  « Il était même question, alors, qu’une société britannique d’assurances allait entreprendre “a due diligence exercise in a few days prior to submitting its proposal ». Il ne manque pas d’observer qu’à ce jour, l’on attend toujours.
« Il en a été de même pour Iframac et Courts qui allaient rapporter des milliards. Sans parler de Britam qui attend toujours d’être vendu ou encore d’Apollo Bramwell Hospital », fait observer Paul Bérenger. Il laisse comprendre que c’est la raison pour laquelle des pressions seraient, dorénavant, exercées sur la SICOM, le National Pensions Fund (NPF) ainsi que sur la SBM pour une participation au capital de la NIC Ltd. Le leader des mauves ne manque pas, une fois encore, de souligner que les fonds de la NPF représente « l’argent sacré des salariés », alors que, rappelle-t-il encore, l’Etat et, par extension, les contribuables, ont de gos intérêts dans la SICOM et la SBM.
« Comment peut-on imaginer qu’après l’épisode Lutchmeenaraidoo, la SBM puisse envisager de s’embarquer dans un tel “kaless kase”? », se demande-t-il. Pour lui, alors que le ministre des Services financiers a toujours prétendu que pas un sou de l’argent public ne servira à réparer les dégâts de la mauvaise gestion de l’affaire BAI, en vérité, tout cela coûtera au moins Rs 10 milliards aux contribuables. Il rappelle que la BoM a déjà déboursé, à cette fin, un prêt de Rs 3,5 milliards que les contribuables auront bien à rembourser.
« Au mois de juin, il faudra trouver plus de Rs 3 milliards pour le paiement des premiers “debentures” de ceux qui ont souscrit au plan Super Cash Back Gold (SCBG) de l’ex-BAI. L’on aura besoin chaque année de Rs 3 milliards sur une période de cinq ans pour les remboursements subséquents », souligne le chef de l’popposition. Comme pour dire qu’il ne faut pas prêter foi à ce qu’avance le ministre Bhadain, il ne manque pas aussi de rappeler la promesse d’autogestion faite, au départ, par Roshi Bhadain aux salariés d’Iframac.
CEB: « Publiez la liste de toutes les coupures »
Paul Bérenger juge, d’autre part, que le Central Electricity Board (CEB) est devenu la risée de toute la nation en raison de l’explication avancée à l’effet que ce seraient des chauves-souris qui seraient responsables des coupures d’électricité intermittentes de ces derniers temps. Se basant sur ses renseignements, Paul Bérenger soutient qu’il y a, au moins, une interruption chaque deux jours sur le réseau. « Rien qu’en janvier, il y a eu 11 coupures d’électricité », dit-il.
C’est ainsi qu’il « défie » le CEB de publier la liste complète des interruptions de fourniture de courant enregistrées depuis le début de l’année avec tous les détails s’y rattachant. Evoquant le cas du projet de turbines à gaz à Bain-des-Dames, Paul Bérenger ne manque pas de rappeler que c’est lui qui a soulevé le lièvre autour de la zone humide où ce projet allait voir le jour à Bain-des-Dames. « Si je n’avais pas soulevé la question, ils seraient allés de l’avant », dit-il. Alors qu’il est, désormais, question que les deux turbines à gaz soient logées à Fort George, Paul Bérenger se dit « mal-à-l’aise » avec l’empressement des autorités d’aller de l’avant avec ce projet.
« Pourquoi une telle précipitation pour disposer de deux moteurs devant, à terme, carburer au Gaz Naturel Liquiéfié (GNL), alors que le remplacement des quatre moteurs de la station de Saint-Louis est bien enclenché? », se demande-t-il. D’autant que, rappelle Paul Bérenger, le ministre Ivan Collendavelloo a, lui-même, convenu que l’utilisation du GNL à Maurice ne se fera pas du jour au lendemain. Le leader de l’opposition veut connaître la date d’expiration des contrats liant le CEB aux Independent Power Producers (IPP).
« Nous veillerons à ce que l’appel d’offres pour l’acquisition en vitesse de ces deux turbines à gaz qui rouleront au GNL ne soit pas “tailor made” », prévient Paul Bérenger. Il ne croit pas, par ailleurs, qu’il est dans l’intention du gouvernement de nommer un régulateur pour, notamment, les services de fourniture d’électricité et d’eau potable. Selon lui, nommer un régulateur équivaudrait à réviser les tarifs d’électricité. Paul Bérenger rappelle, de plus, que dans son budget, Vishnu Lutchmeenaraidoo avait promis des tarifs à la baisse « dès la nomination du régulateur ». Chose que, dit-il, l’on attend toujours.