Quelle ambiance règne actuellement dans le centreville de Port-Louis, de Rose-Hill et de Curepipe, où naguère en cette période de festivités les marchands ambulants envahissaient les rues et espaces publics. Si les rues et trottoirs étaient en 2016 obstrués sans relâche par les colporteurs, on observe cette année que le nombre a drastiquement diminué. Subséquemment, le renouvellement de l’opération « Hawkers Watch », avec l’omniprésence des policiers, a permis de contenir la cohue provoquée par ceux qui « squattent les trottoirs » et dans la foulée, de dégager certaines artères principales des villes. « On a eu comme consigne d’être intraitable envers les récalcitrants », nous a confié un représentant des forces de l’ordre.

Au quotidien, on recensait, avant l’interdiction faite en 2015 par les autorités, une centaine de marchands dans la capitale. Ce chiffre atteignait le double un peu plus les jours de fête. Combien de fois a-t-on chassé ces marchands à la sauvette avant qu’ils ne reviennent à nouveau comme si de rien n’était. R. J., un des rares marchands de rues aperçu jeudi dans les parages du bâtiment d’Air Mauritius, souligne que « même si la police m’a confisqué mon sac de jouets le matin, je n’aurai pas d’autres choix que de continuer à me battre parce que je ne sais faire que ça depuis que j’ai 13 ans. Mo ena enn zenn tifi pou nourri ».

Riyad, 30 ans, qu’on a rencontré errant aux abords de la place Victoria argue, lui, que « l’ordre d’interdiction d’opérer a exacerbé les tensions entre le régime autoritaire et les frondeurs ». Pour preuve : « J’ai récemment été victime de brutalité par une escouade des Casernes centrales pour avoir refusé d’obtempérer. Le fait d’être moins nombreux fait que je dois me battre en loup solitaire et c’est compliqué. »

Une situation analogue à Curepipe où l’on a dénombré, à hier, approximativement une dizaine d’entre eux. « J’ai été réprimandé plusieurs fois par la police et cette situation ne m’enchante guère », soutient un vendeur d’accessoires de smartphone, qui ajoute n’avoir d’autre choix que de vivre au jour le jour en attendant de trouver une issue.

C’est à Rose-Hill qu’on a répertorié le plus grand nombre de marchands, bien loin néanmoins des années folkloriques… Z. P, qui vend des vêtements depuis 22 ans, ne veut nullement accabler les autorités, mais souligne que « la loi c’est la loi, mais est-ce que tous braves gens qui ont passé leur vie à bosser honnêtement ontils été considérés comme ils le méritent ? » A cela, il ajoute : « J’en doute fort. » Le président de la Street Vendors Association, Hyder Rahman, dresse un constat positif : « J’estime que la présence des marchands dans les rues a diminué de 50 %. » Néanmoins, il s’alarme sur « la situation des 1400 familles qui sans avoir préalablement pu obtenir un coup de pouce du gouvernement en cette période de fête, se retrouvent dans la précarité ». En conséquence de quoi, selon lui : « Somaz pe fer ravaz san ki gouvernma ena aukain konsiderasyon »