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Ils n’ont pas de cape, mais portent des blouses blanches. Médecins, infirmiers, pharmaciens, aides et les autres membres du corps médical comptent parmi les héros qui livrent bataille contre un virus qui gagne du terrain chaque jour. Dans les centres hospitaliers ce n’est pas le moment de baisser les armes. Bien au contraire, dans les hôpitaux la bataille fait rage pour sauver des vies et soulager les souffrances.
Ram Nowsadick, président de la Nursing Association précise : “C’est notre travail que de veiller sur les patients. Il n’y a personne d’autres pour accomplir cette fonction. Nous allons sommes dans les premiers rangs, nous avons été formés pour cela.” Comptant 35 ans de service dans le système hospitalier, un Ward Manager contacté nous répond avec détermination : “Nous sommes des frontliners. C’est notre travail, notre vocation. En ce moment, cette pandémie nous place dans un contexte différent. Mais nous devons faire face.” Un autre infirmier de Candos précise : “La nature même de notre métier nous place sur le front. Pour ma part, je dois gérer des patients toute la journée. Je suis en contact direct avec eux, pour prendre leur température, leur tension, surveiller leur diabète. Je me retrouve face à des patients présentant des symptômes divers et variés, des gens inquiets, qui ne sont pas toujours agréables avec vous. Si moral pa korek, nou tonbe.”

Chez ces derniers et les autres, si le devoir est sacré, ils doivent aussi gérer le stress et les inquiétudes qui les prennent à chaque instant quand ils sont sur leurs lieux de travail. Une infirmière d’un établissement du sud confie : “Nous sommes pour la plupart des mères et des pères de famille. Naturellement, la situation nous stresse autant que le reste de la population.” Le Ward Manager précise : “Tous ne sont pas exposés aux patients touchés par le COVID 19. Mais, peu importe, dès qu’on a un pied dans l’enceinte d’un hôpital, nous sommes exposés. Qu’on le veuille ou pas, je ressens, comme tous les employés du secteur hospitalier, une crainte. Ena krint ki la, ena stress la an nou.” Pour l’infirmier de Candos : “Ce qui est le plus effrayant, c’est de voir de nombreuses personnes se précipiter encore dans nos services pour des symptômes bénins. Elles sont inconscientes, car ces gens se mettent en danger et nous également. Souvent, ils ne portent pas de masques et débarquent à quatre ou cinq. Avec nos moyens limités, nous devons alors leur fournir des masques.”

Contact inévitable.

Ram Nowsadick, souligne que, comme préconisé par l’Organisation Mondiale de la Santé, un système de rotation a été mis en place dans les hôpitaux. “Nous préparons des équipes pour travailler cinq jours consécutifs suivis d’un jour de repos. Ceux qui travaillent dans les hôpitaux dédiés aux patients du COVID 19 vont directement en quarantaine pour 14 jours. C’est une grosse organisation, mais c’est nécessaire. Ça permet de limiter les risques mais également de rafraîchir le staff, d’avoir du personnel avec des idées claires. Après leur quarantaine, les infirmiers négatifs aux tests peuvent alors reprendre du service dans d’autres hôpitaux.”

Un Medical Image Technologist explique que chaque patient du COVID 19 vient à lui et ses collègues pour un x-ray des poumons. “Nous devons avoir un contact physique avec chaque patient pour faire le X-Ray.” L’homme de 48 ans, fait tout pour garder la tête froide : “Je suis stressé, j’ai beaucoup de frayeur. C’est un ennemi invisible qui peut vous infecter à n’importe quel moment. Mais quand je suis en fonction, je reste concentré. Sur le terrain, nous ne pouvons pas nous laisser gagner par le stress.” Didier, pharmacien dans une medicinic, n’échappe pas, non plus, au contact avec les patients : “Au niveau de la pharmacie, nous sommes aussi exposés que les autres services. Chaque jour nous recevons de 200 à 300 patients, et nous ne pouvons pas savoir qui sont positifs au Coronavirus.” Une des infirmières explique : “Nous sommes appelés à prendre la température des patients, à les observer, à vérifier leur état. Nous devons protéger nos visages, nous couvrir la tête lorsque nous sommes en fonction. Mais le rapprochement est inévitable.” L’infirmer de Candos rappelle une évidence : “Nous sommes nombreux à avoir été exposés au patient zéro. Aujourd’hui 80 de mes collègues se retrouvent en quarantaine. S’il n’avait pas menti, nous n’en serions pas là.”

L’angoisse dans les maisons.

Le service finit chacun rentre chez lui. Un autre moment crucial. Le spécialiste des X-Ray explique : “L’angoisse se ressent d’avantage quand je quitte mon service pour rejoindre sa famille. Nous devons prendre toutes les précautions, enlever nos vêtements dans un lieu isolé, les mettre à laver et se doucher avant d’avoir contact avec les nôtres. Malgré cela nous avons toujours la crainte d’avoir été infectés.” Une infirmière explique : “Je redouble de vigilance et je ne laisse rien au hasard quand je rentre chez moi. Il y va de la protection de ma famille. Nous sommes tenus de prendre toutes les précautions pour ne pas mettre nos familles en danger. Mon mari est malade, je dois faire extrêmement attention. Mais nous savons aussi que, malgré toutes les précautions, nous pouvons tout de même être contaminés comme nous sommes régulièrement en contact avec des personnes infectées.”
Didier, le pharmacien explique : “Je sors tous les jours de chez moi avec la peur au ventre. La situation est stressante car nous n’avons aucune garantie que nous rentrerons chez nous sans être porteur de ce virus. Nos familles sont à risque peu importe les précautions que nous pouvons prendre.” Un autre de ses collègues ajoute: “Mon épouse est consciente que si toutes les précautions sont prises les risques de transmission sont minimes. Je suis obligé de mentir à ma famille sur les dangers auxquels je suis exposé en permanence à cause des conditions dans lesquelles je travaille. Si je leur raconte la vie que je mène en ce moment, ce n’est pas la Coronavirus qui va les tuer, mais plutôt le stress et l’angoisse.”
En effet, dans certains départements, la perception est que tout le matériel et les conditions n’ont pas encore été réunis pour protéger le personnel médical. Le président de la Nursing Association fait ressortir que : “Le personnel est inquiet. Nous avons toujours des masques N95 qui ne sont pas complètement sûrs. Mais la venue d’autres équipements nécessaires se fait attendre.” Didier, le pharmacien explique : “Il y a une différence dans la manière dont sont traités les employés travaillant dans les institutions hospitalières et ceux des Mediclinics et des dispensaires. Au niveau des hôpitaux dans la section pharmacie, des arrangements ont été faits pour que 50% du staff travaille un jour, et le lendemain les autres prennent le relais. Mais en ce qui concerne les employés des dispensaires et des Mediclinics, aucune provision en ce sens n’a été prise pour nous. Nous devons travailler sept sur sept, de 8h à 21h. Nous avons l’impression d’être les oubliés du ministère de la Santé. Nous nous sentons délaissés.”
Rester forts.

Le Ward Manager contacté par Scope déclare : “Psychologiquement et mentalement, nous devons tous être forts. Personne n’avait pensé se retrouver face à une pandémie d’une telle envergure. Il n’y a rien comparable au Covid-19. Mon souhait personnel c’est que Dieu protège tous mes collègues qui sont au chevet des malades. Il faut comprendre qu’aucun aide-soignant, infirmier, médecin, etc. ne refuse de travailler. La seule chose que nous demandons tous c’est d’être protégés.” Pour l’infirmier de Candos : “Au début, c’était un peu chaotique. Nous ne savions pas où nous mettions les pieds, ni comment gérer cette crise. Nous n’étions pas équipés. La peur s’était installée rapidement parmi le personnel soignant et médical.” Aujourd’hui que les informations sont là, les précautions à prendre son connues et il est impératif de rassurer et d’informer le public, dit-il. “Beaucoup de gens pensent que s’ils contractent le coronavirus, ce sera la fin. Il faut comparer le coronavirus à un lion. Dans la nature, s’il ne trouve rien à manger, il ne prendra plus de force. C’est pour cette raison qu’il faut que le public reste chez lui et qu’il prenne toutes les précautions.”
De son côté aussi l’infirmière est optimiste : “ J’espère que nous sortirons de cette crise très vite. Prions pour que ce soit bientôt la fin de l’épidémie.”

Shirley, aide-soignante mauricienne en France

“Je n’ai jamais côtoyé la mort de si près”

“Dans toute ma carrière, je n’ai jamais côtoyé la mort de si près. C’est effrayant de voir le nombre de patients qui affluent aussi bien que la contagiosité de ce virus.” Installée depuis une dizaine d’années en France, Shirley est aide-soignante dans une maison de retraite à Angers. Depuis le début de la crise sanitaire et face à l’affluence au centre hospitalier du Haut-Anjou à Château-Gontier-sur-Mayenne, “quelques collègues et moi avons été réquisitionnés pour prêter main-forte sur place.”

Certaines scènes sont difficiles à oublier dans le centre hospitalier : “Quand vous voyez des patients atteints du Codiv-19 livrés à eux-mêmes, qui souffrent dans leur coin, qui tendent les mains dans le vide sans personne à leur chevet, ça arrache le cœur.” En raison de l’affluence dans cet établissement, certains patients sont placés au sous-sol pour pallier au manque de places dans les salles.

Même dans la maison de retraite la situation est compliquée. “Depuis quelques semaines, nous travaillons avec des seniors traumatisés, perturbés et souvent en larmes alors qu’ils sont confinés dans leurs chambres pour éviter tout risque de contamination. Pire, nous ne pouvons avoir aucun geste tendre envers eux pour les réconforter.” Même entre collègues on fait attention. Shirley n’ose guère demander la raison pour laquelle deux ou trois aides-soignantes ne viennent plus travailler depuis ces derniers jours, même si intérieurement elle connaît la réponse…

Il y a quelques semaines lorsque la Mauricienne a appris qu’elle devait travailler aussi dans cet hôpital basé à 15 km de son domicile, elle ne rechigna pas à la tâche mais s’y rendit “avec la boule au ventre.”

Elle a peur pour son compagnon diabétique qui lui a fait comprendre qu’au moindre symptôme, qu’il fallait qu’elle se trouve un “logement temporaire.” Elle ne peut s’empêcher de penser à longueur de journée à ses enfants et petits-enfants à Maurice. “C’est dur d’être loin de ceux qu’on aime. Ca l’est davantage quand on ne sait pas ce qu’adviendra de nous demain car nous sommes en première ligne et nous faisons tous face à une menace invisible qui nous ronge beaucoup plus psychologiquement que physiquement.”
Si le personnel soignant est à bout, Shirley retient cependant la solidarité entre eux. “Il n’y a plus de distinction entre médecins, soignants, aides-soignants et autres employés affectés à la maintenance. Nous sommes tous dans le même bateau et c’est en restant solidaires que nous arrivons à tenir le coup.”