En cette période de fin d’année, beaucoup de personnes ont perdu leur emploi ou sont convoquées devant des comités disciplinaires. Une pratique qui devient de plus en plus courante et qui relève d’une tactique pour ne pas payer le boni de fin d’année, selon les syndicalistes. La Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP) estime qu’environ 2 000 personnes ont été licenciées cette année. Quelques-unes témoignent de ce douloureux événement en ces moments festifs.
Jean Bernard, père d’un petit garçon, a perdu son emploi pour la deuxième fois cette année. Évoluant dans le domaine de l’imprimerie, il a d’abord travaillé chez MSM pendant huit ans. Quand celle-ci a fermé ses portes en 2013, il s’est retrouvé au chômage pendant un certain temps. En se faisant engager dans une autre imprimerie, il croyait que le cauchemar était enfin derrière lui. « Un après-midi, alors qu’on s’apprêtait à terminer le travail, j’ai été appelé au bureau. Le patron m’a expliqué que, pour des raisons économiques, j’allais être licencié. Cela a été un choc car à aucun moment on ne nous avait dit que l’entreprise était en difficultés. Qui plus est, on ne m’a même pas accordé un délai, comme prévu par la loi », déplore-t-il.
C’est en se rendant au bureau du travail pour porter plainte que Jean Bernard apprend que quatre autres de ses collègues sont dans la même situation que lui. « Je suis entré sur le “workfare programme”, mais cet argent n’était pas suffisant pour subvenir à tous mes besoins. Je suis divorcé et ma femme a porté plainte en cour car je ne pouvais verser la pension de mon enfant. »
Reshmee a, elle, quitté l’usine où elle exerçait depuis 18 ans il y a quelques semaines. « Quand je suis rentrée à la maison ce jour-là, j’ai pleuré pendant toute l’après-midi. Non seulement je n’avais plus d’emploi, mais je pensais à tous mes amis que j’ai côtoyé pendant de longues années. Pour moi, c’était comme si mon monde s’écroulait. Je suis entrée à l’usine tout juste après le collège. Je n’avais jamais connu un autre boulot. Cela a été un choc », raconte-t-elle, encore marquée par le douloureux événement.
Avec deux enfants sur les bras, Reshmee attend encore de trouver un autre boulot. « Heureusement que l’usine m’a payé mes années de service. Cela me permet de me débrouiller pour acheter les affaires nécessaires, en attendant de trouver un autre travail. »
Jane Ragoo, de la CTSP, est témoin de ce genre de situation depuis des années. Elle avance que le licenciement est devenu un phénomène très courant depuis que les nouvelles lois du travail, particulièrement l’Employment Rights Act (ERiA), sont entrées en vigueur. Cette année, ajoute-t-elle, en plus des licenciements habituels dans le secteur privé, il y a aussi eu des cas dans les corps parapublics et ceux de l’ex-groupe BAI. Jane Ragoo estime qu’environ 2 000 personnes ont perdu leur travail cette année. « Dans certains cas, les raisons évoquées sont vraiment banales. Par exemple, quelqu’un m’a raconté qu’il a été renvoyé à la veille de Noël parce qu’il a été accusé d’avoir volé une bouteille de vin. Cette personne ne boit pas d’alcool, mais elle n’a pu se défendre car la compagnie lui a dit que, soit il accepte les faits, soit l’affaire sera référée à la police. Il a préféré se retirer, même s’il se sait innocent, car il ne veut pas avoir affaire à la police. »
Une autre pratique courante en cette période, poursuit Jane Ragoo, demeure la tenue de comités disciplinaires. « En cette fin d’année, Reeaz Chuttoo se retrouve à défendre les travailleurs sur des comités disciplinaires chaque jour. Souvent, c’est un moyen pour les patrons de licencier sans avoir à payer de compensation. D’ailleurs, avec les nouvelles lois du travail, ils font un peu la pluie et le beau temps. »
Richard, qui travaille dans un centre d’appels, est justement passé devant un comité disciplinaire trois jours avant Noël. Avec une dizaine d’autres collègues, il a été suspendu pour une question de calcul de leurs primes. « Je travaille dans ce centre d’appels depuis cinq ans. Depuis toujours, on nous autorisait de déclarer les ventes, même si le client n’a pas encore payé. Mais là, subitement, on nous accuse d’avoir triché car nous recevons une prime pour les ventes. »
Jane Ragoo précise que, souvent, dans de tels cas, les travailleurs sont démunis. « La loi n’est pas en leur faveur. C’est pour cela que nous avons demandé de la revoir. »
La syndicaliste insiste sur la nécessité de mettre un terme au licenciement abusif. « Surtout qu’il y a, en ce moment, une prolifération de travail sur contrat à durée déterminée. Dans de tels cas, les travailleurs n’ont droit ni au sick, local ou maternity leave, ni au bonus. Mais faute d’autre choix, ils sont contraints d’accepter le travail précaire. » Souvent, ajoute-t-elle encore, les licenciés ont les mains liées. « S’ils portent l’affaire en cour, ils n’auront pas d’autre emploi. »