Le peuple a-t-il été mené en bateau ?

Depuis la promesse tonitruante d’un 2e miracle économique faite par l’Alliance Lepep en décembre 2014 à ce jour, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et la situation à l’hôtel du gouvernement ces trois dernières années a été tout sauf un long fleuve tranquille. D’abord, le tandem SAJ-Lutchmeenaraidoo, considérés comme les principaux architectes du premier miracle en tant que Premier ministre et ministre des Finances respectivement dans les années 80, a volé en éclats ; le premier ayant abdiqué en faveur de son fils en raison de son âge avancé mais est contraint de conserver son siège de député pour, manifestement, éviter une débâcle probable à une éventuelle partielle au N° 7 alors que le second, empêtré dans l’affaire Euroloan d’environ Rs 45 millions, a été révoqué comme Grand Argentier après avoir présenté un seul budget en 2015. Même l’actuel Premier ministre est toujours sous la menace d’une épée de Damoclès que constitue l’affaire Medpoint ; son avenir politique et professionnel étant suspendu à la décision ultime du Privy Council. Ce alors que son plus proche collaborateur semble se démener ces jours-ci comme le diable dans un bénitier devant la Cour intermédiaire et la Cour suprême pour se libérer de l’affaire Boskalis.
 Entre-temps, l’Alliance Lepep, pourtant largement plébiscité par l’électorat, a fait naufrage en pleine mer ; le PMSD, à l’exception d’une députée, ayant choisi de prendre le large pour aller gonfler les voiles de l’opposition. Puis est venu le tour de Roshi Bhadain, ministre de la Bonne Gouvernance, de quitter le navire car ayant été exclu du cercle très restreint de la « cuisine interne » pour siéger comme député indépendant, poste qu’il a fini par abandonner le 23 juin dernier pour exprimer son opposition au projet Metro Express. En ce qui concerne justement ce méga projet que l’Alliance Lepep avait tant vilipendé lors de la campagne, l’avenir dira si le Premier ministre a eu raison ou tort d’avoir insisté, contre vents et marées, sur sa concrétisation mais en ce qu’il s’agit d’une des premières grandes mesures de ce gouvernement, notamment au regard de l'affaire BAI, les deux anciens protagonistes de ce dossier, Vishnu Lutchmeenaraidoo et Roshi Bhadain, ne cessent de se renvoyer la balle. Pa moi sa, li sa. Ce qui laisse planer un profond scepticisme quant à la pertinence de la décision du gouvernement. Idem pour l’affaire Betamax dans laquelle l’État a été condamné par le tribunal de Singapour à verser Rs 5 milliards en guise de dédommagement au plaignant pour rupture unilatérale de contrat d’approvisionnement en produits pétroliers signé sous l’ancien régime.
Pa ailleurs, hormis la politique de copinage et de népotisme qui a continué sans relâche, ce malgré les engagements pris lors de la campagne, d’autres affaires qui ont fait grand bruit ces derniers temps, ont considérablement terni l’image de nos gouvernants. L’ancien ministre de l’Environnement impliqué dans le scandale « bal kouler » a été prié de se retirer en attendant le dénouement de son procès devant la justice ; le Deputy Speaker et une PPS ont dû s’expliquer devant la Commission d’enquête sur la drogue qui soumettra son rapport dans quelques mois ; un vice-Premier ministre, de surcroît No. 4 du gouvernement, n’arrivant pas à maîtriser sa langue, avoue avoir voulu « bez enn kout bal » et fait actuellement l’objet d’enquête policière alors que le principal conseiller légal du gouvernement a été sommé de rendre son tablier dans le sillage d'une affaire –, ce bien qu’il conçoit toujours son départ comme « un au revoir ».
Finalement, lorsque le Premier ministre est incapable de dénicher, au sein de son équipe, un membre convenable pour assumer le portefeuille des Finances et est contraint de cumuler ces deux fonctions de haute responsabilité, le degré de dépérissement du pouvoir suscite des interrogations somme toute légitimes : le 2e miracle économique aura-t-il finalement lieu comme promis ? Le peuple a-t-il été mené en bateau ?