PHILIPPE HAO THYN VOON: « Ma grosse inquiétude vient du Village des Jeux »

Philippe Hao Thyn Voon sera de nouveau candidat à sa succession en tant que président du Comité olympique mauricien (COM). Il l'a confirmé au cours d'une interview accordée au Mauricien mercredi dernier. Tout en revenant sur les problèmes survenus lors des derniers Jeux Olympiques à Rio, avec notamment les cas Alain St Louis et Josian Valère, il dit son inquiétude quant à l'avancement des travaux en vue des 10es Jeux des îles en 2019. Le Village des Jeux demeurant sa plus grosse préoccupation.

Les Jeux Olympiques sont du passé. Toutefois, le COM fait face à un cas logé en cour par Alain St Louis, président de la Fédération mauricienne de triathlon (FMTri), à l'effet qu'il n'a pas obtenu sa carte d'accréditation en tant que représentant de sa fédération pour accompagner la triathlète Fabienne St Louis à Rio. Qu'avez-vous à dire là-dessus ?
À ma connaissance, ce cas a déjà été retiré. Maintenant, nous ne savons si cette affaire en restera là ou si le plaignant compte y donner une suite. Cependant, le COM sera prêt à y faire face. M. St Louis a déclaré en cour qu'il représentait sa fédération (FMTri) et que personne d'autre que lui ne peut accompagner l'athlète en question à Rio. Le COM a fait savoir à la cour qu'il demanderait au chef de mission qui était sur place à Rio de faire le nécessaire. Mais cette démarche n'a pas abouti. C'est le comité d'organisation qui en a décidé ainsi, car ici, nous avons reçu les documents afférents en retard. Vers la fin d'avril dernier, le COM avait prévenu le plaignant que sa photo était périmée et il était également au courant de la date du délai de soumission d'une autre photo, le 29 avril. Toutefois, il nous a déclaré qu'il rentrerait à Maurice le 4 mai. Nous avons d'ailleurs toutes les correspondances échangées par courrier électronique.

Le COM a été également blâmé pour son manque de soutien par certains sportifs mauriciens à Rio, dont Fabienne St Louis, ainsi que les boxeurs Kennedy St Pierre et Merven Clair…
C'est le pays organisateur et le Comité international olympique qui paient le billet d'avion des qualifiés à travers le COM. Nous avons dû acheter le billet d'avion de Fabienne St Louis au prix fort, soit Rs 140 000, alors que la FMTri aurait pu l'avoir acheté à bien meilleur marché. Elle s'était engagée à le faire bien en avance, mais s'y est prise en retard. Mais pour ne pas pénaliser l'athlète, nous avons payé malgré tout le billet afin qu'elle arrive à Rio le matin de la cérémonie d'ouverture au plus tard. Autrement, elle aurait raté l'ouverture. J'ajoute que la FMtri n'a jamais prévenu le COM du cas de maladie de Fabienne St Louis. Et même lorsque le COM l'a appris, nous n'avons pas exigé de certificat médical, bien que l'athlète était boursière de la Solidarité Olympique. Elle a reçu chaque mois pendant deux années $ 1 000. La FMtri aurait pu nous avoir prévenus en toute confidentialité. Le COM a aussi des comptes à rendre au CIO. Mais nous compatissons à la maladie de Fabienne St Louis, et lui souhaitons beaucoup de courage et un bon rétablissement.

Qu'en est-il du cas des deux autres sportifs ?
Ils sont été incités à protester contre le COM par Josian Valère, ancien président de la Fédération mauricienne de judo. À vrai dire, les problèmes avec cet ancien dirigeant ont commencé à se manifester ici même, avant le départ. Vous n'êtes pas sans savoir que le COM remet en guise de soutien Rs 40 000 à chaque fédération destinées à leurs sportifs qualifiés pour Rio. Mais il voulait qu'on lui remette cet argent en liquide, disant qu'il n'était pas autorisé à signer de chèque. Il disait qu'il devait l'utiliser pour acheter un jeu de quatre kimonos pour la judokate Christianne Legentil, bien que celle-ci, et nous en avons eu officiellement la preuve, n'avait besoin que de deux kimonos, l'un bleu et l'autre blanc. D'ailleurs, elle a débarqué à Rio avec ses équipements au complet, kimonos y compris.

N'est-ce pas temps pour que le COM établisse un code de conduite destiné aux dirigeants et aux sportifs ?
Mais nous l'avons déjà et c'est ce que nous avons appliqué pour expulser ce dirigeant du Village des Jeux. Notre code de conduite existe en dix points. Nous avons aussi prévenu ce dirigeant par voie de lettre qu'il agissait mal envers le COM avant de passer à l'action. Après son expulsion, c'était le calme plat au Village des Jeux.

Après cet incident, est-il toujours membre du COM ?
Non, il a déjà soumis sa démission deux ou trois jours avant son retour à Maurice.

Avouons tout de même que cet incident donne une mauvaise image du COM, d'autant qu'on a assisté à un véritable show de va-et-vient entre les dirigeants du COM qui se sont pour ainsi dire relayés pour être présents à Rio. On suppose que cela a dû coûter plus à la caisse…
Pour l'image du COM, cela n'est pas sain, mais nous avons agi en conséquence. Pour le voyage des dirigeants du COM, cela a toujours été ainsi. Ce n'est pas nouveau. Ils ont travaillé bénévolement pendant quatre ans et devaient tous avoir la chance d'assister aux Jeux Olympiques. Le CIO l'a accepté. Une fois sur place, chacun avait sa responsabilité.

Ces billets offerts donne aussi la perception d'une tentative de corruption à l'égard des membres à six mois des élections au COM ?
Les Jeux Olympiques ont toujours été organisés six mois avant les élections au sein des Comité nationaux olympiques. C'est le CIO qui l'a ainsi établi. Nous ne pouvons faire autrement. On peut dire que c'est une fausse perception. En 2008 à Pékin, il y avait 10 dirigeants du COM sur place, tout comme en 2012 à Londres, contre 11 cette année à Rio. Mais avant mon arrivée au COM (ndlr 2007), c'était pire, les dirigeants voyageaient avec les membres de leur famille et de parents proches. Il n'existait pas de transparence.

En parlant de ces élections, briguerez-vous un nouveau mandat l'année prochaine ?
(D'un ton ferme) Certainement ! Je serai de nouveau candidat à la présidence.

On remarque que l'opposition ne s'est pas manifestée jusqu'ici ?
Pendant mes années à la présidence, j'ai toujours prôné la transparence et l'accessibilité, pratiquant ainsi une open door policy. Si nous avions fauté, surtout au niveau des finances, il demeure évident que j'aurais fait face à une solide opposition l'année prochaine. En somme, ce sera quasiment la même équipe qui sera reconduite.

Cependant, on évoque le départ de Vivian Gungaram du secrétariat général. Est-ce fondé ?
Vivian m'a effectivement fait comprendre qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat. Il faudra toutefois évoquer le sujet avec lui.

Si cela se confirme, verra-t-on Kaysee Teeroovengadum comme son remplaçant ?
Cela est fort possible. D'autant que Kaysee est un bosseur.

Vous n'êtes pas sans savoir qu'il a aussi des aspirations plus élevées ?
Je le sais, mais je ne m'inquiète pas pour cela.

Par ailleurs, êtes-vous satisfait de l'avancement des travaux en vue des prochains Jeux des îles ?
Certes, trois ans nous séparent des prochains Jeux des îles. Cependant, je considère que la situation n'évolue pas aussi rapidement que prévu au niveau organisationnel. Tout est trop lent jusqu'ici. Ma grosse inquiétude vient du Village des Jeux. Jusqu'ici, on a tourné en rond en parlant de paquebot, d'Heritage City ou encore d'établissements hôteliers. J'ai appris tout récemment que des tournées ont été faites auprès des hôtels. Est-ce une bonne initiative ?

Quelle serait selon vous la meilleure alternative ?
Construire un Village des Jeux, comme cela avait été le cas à Ébène lors des Jeux des îles en 2003. Cependant, je souhaite de tout cœur que l'organisation soit à la hauteur. D'autant que je me suis battu corps et âme, avec quasiment la tête sur le billot, afin que Maurice soit l'hôte de cette manifestation. Je ne veux donc pas perdre la face auprès du Conseil international des Jeux.

Les Comores ont-elles confirmé leur participation à cette 10e édition des JIOI ?
Avec un nouveau gouvernement en place, les Comores ont officiellement confirmé leur participation. Le ministre comorien des Sports l'a d'ailleurs fait savoir à ses pairs lors des derniers Jeux de la CJSOI.