L’agriculteur Amarjeet Beegoo estime que le plan stratégique agricole (non sucrier) lancé en début de semaine par le ministre de l’Agro-industrie Mahen Seeruttun est « une pure machination pour tuer les petits planteurs et les agro-entrepreneurs en général ». Surproduction de légumes, institutions agricoles non performantes, “landless farmers”, agriculture bio « qui ne bouge pas » et vieillissement de la communauté agricole, entre autres, sont autant de points soulevés par notre interlocuteur qui, selon lui, ne répondent pas à la notion de la sécurité alimentaire du pays.
« Produire en abondance, c’est la vision de ce plan stratégique. Or, je pense que le gouvernement commet la même erreur que l’ancien régime en prônant une telle stratégie car les légumes sont déjà en surabondance et les prix baissent. De ce fait, les planteurs n’arrivent pas à couvrir leurs frais », déclare Amarjeet Beegoo, qui précise très vite à l’intention des consommateurs : « Lorsque vous voyez une affiche indiquant à Rs 20 la livre de carottes, ne pensez pas que le planteur l’a vendue à Rs 15 aux maraîchers car ils l’ont en fait achetée à Rs 5 ou 6 le demi-kilo à la vente à l’encan. Les planteurs n’obtiennent donc que des “peanuts”. »
Selon lui, environ 200 planteurs à plein-temps ne possèdent pas de terres et cultivent donc sur des terres louées à des propriétaires individuels. « Il faut étudier les cas de ces “landless farmers” pour comprendre leurs besoins et leur octroyer des terres de l’État pour qu’ils puissent cultiver davantage au lieu de donner des terres aux “colleurs d’affiches” qui, dans de nombreux cas, les sous-louent à d’autres », fait-il ressortir.
Le vieillissement de la communauté agricole est un autre point soulevé par Amarjeet Beegoo, qui estime que la majorité des planteurs mauriciens sont âgés de 35 à 70 ans, précisant que « ce sont ceux qui sont âgés entre 50 et 70 ans qui sont les plus actifs ». Et de poser la question : « Kan e kouma pou met “new blood” dan sa sekter la ? » Certes, ajoute-t-il, il y a une l’école d’agriculture à Wooton, qui forme des jeunes recalés du système de l’éducation dans ce secteur. « Le gouvernement aurait dû changer de vision et offrir une formation agricole jusqu’à l’université car il faut savoir que beaucoup de diplômés de l’université de Maurice en BSc Agriculture ne sont pas entrés dans le secteur. Mais ceux qui suivent des cours à Wooton le font. Il faut leur offrir des facilités pour progresser », soutient-il.
Sur le chapitre de la production agricole bio, Amarjeet Beegoo estime que le gouvernement « aurait dû prendre en main la lutte contre les mouches des fruits », qui s’attaquent aussi aux légumes. Celle-ci aura, selon lui, une incidence positive sur l’utilisation des insecticides et autres pesticides par les agriculteurs. « L’utilisation abusive de ces produits cessera et on pourra faire du bio plus facilement », souligne-t-il, rappelant que c’est grâce à l’Union européenne que Maurice a lutté, pendant quelques années, contre les mouches des fruits. « Mais il n’y a plus rien maintenant », dit-il. Il poursuit en parlant de l’importation de légumes qui, quelquefois, a « des conséquences néfastes sur la production » locale. Amarjeet Beegoo cite le cas du poivron, affecté par une maladie importée en 2003/2004 appelée “phythoftora capsis”, qui s’attaque au giraumon local et contre laquelle aucun remède n’existe.