« Nous lançons une sévère mise en garde contre le Premier ministre et le ministre Vishnu Lutchmeenaraidoo pour que le gouvernement ne vende ni le peuple ni le pays aux Émirats Arabes Unis ». Ainsi s’exprimait la Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA) ce matin. Ashok Subron, négociateur et Fernand Fanor, secrétaire de l’association, se sont adressés à la presse à Trou Fanfaron, suite aux informations concernant les discussions qui ont eu lieu entre les autorités mauriciennes récemment et DP World pour des développements portuaires à Maurice.
La PLMEA se di opposée à « toute tentative de l’État de vendre les actions qu’il détient à la Cargo Handling Corporation (CHC) ». Pour le syndicat, « l’arrivée de DP World constituerait une grosse menace pour notre pays ». Ashok Subron estime qu’il existe un « grave danger que l’Alliance Lepep mette en péril la souveraineté et la sécurité intérieure de notre pays à travers ce projet ». Le syndicat dit attendre le retour de sir Anerood Jugnauth pour obtenir des clarifications.
« L’International Transport Federation, qui représente des millions de travailleurs dans le monde, a lancé depuis juillet 2013 une campagne à l’encontre de DP World pour non-respect des droits des travailleurs et non respect de leur salaire », soutient Ashok Subron. « Nous savons tous dans quelles conditions les étrangers travaillent sous le soleil à Dubaï. Est-ce ce modèle dont nous avons envie pour Maurice ? »
Fernand Fanor a d’abord souligné que dans le cadre de ces négociations avec DP World, les employés du port « sont dans le flou » quant à leur devenir. Ashok Subron a regretté que des représentants de DP World aient rencontré « des entités concernées par les activités portuaires à Maurice et non les employés du port ». La PLMEA, qui représente l’intérêt de 80 % des employés au sein de la CHC et une centaine autres employés dans le Freeport, déplore en outre être restée sans réponse après deux lettres envoyées au ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, en vue d’une rencontre.
Le projet que nourrit le gouvernement avec DP World est « très inquiétant » pour la PLMEA. « Un gouvernement qui respecte son peuple ne peut négocier avec un État étranger dans le dos du peuple et des travailleurs ». Les principales craintes de la PLMEA sont que la souveraineté nationale et la sécurité intérieure du pays soient mises en péril, et par ailleurs que ce projet vienne remettre en question les conditions d’emploi « acquises après une lutte acharnée en deux siècles ».
Ashok Subron a rappelé qu’actuellement, la Mauritius Ports Authority détient 40 % des actions à la CHC ; l’État, à travers la SIC, en détient 50 % et une autre entité étatique 10 %. « Selon les informations qui circulent, l’État aurait l’intention, à travers la MPA, de vendre à DP World les 40 % d’actions ou plus qu’il détient à la CHC », ce auquel s’oppose catégoriquement la PLMEA. « Nous avons un seul port qui constitue le seul point d’entrée et de sortie. Un pays doit pouvoir contrôler ce qui rentre et ce qui sort. Avec ce projet, nous mettrons notre port sous le contrôle d’un pays étranger. Il faut vraiment qu’un gouvernement ne comprenne pas ce que signifie l’indépendance pour commettre une telle bêtise ».
S’agissant de la question de sécurité intérieure, Ashok Subron soutient : « Tout le monde connaît les diverses pressions sur les pays du Golfe. Un pays comme Maurice devrait faire très attention avant de placer le port sous le contrôle d’un pays du Golfe. Nous demandons à l’État de ne pas jouer avec le feu. »
Par ailleurs, pour la PLMEA un tel projet entraînerait une dégradation des conditions d’emploi des employés du port. « Les conditions d’emploi actuelles découlent d’une haute lutte depuis l’époque de l’esclavage. Il n’y a pas de groupe capitaliste qui contrôle leur travail. 1 % des revenus va à la CHC, 60 % vont aux employés et 40 % à l’administration et aux investissements ». Pour Ashok Subron, c’est logique que 60 % des revenus aillent aux travailleurs car « c’est un secteur qui travaille tous les jours à l’exception du 1er et 2 janvier et du 1er mai ». Pour lui, il est inconcevable d’imaginer « un développement portuaire sans que le gouvernement mette en place un cadre légal pour régir les conditions de travail et le salaire des employés du secteur portuaire et paraportuaire. Il n’y a pas de Remuneration Order qui fixe leurs conditions de travail ». La PLMEA dit attendre le retour de SAJ pour avoir plus d’explications. Le syndicat compte aussi rencontrer Xavier-Luc Duval.