La disparition de Magda Mamet en début de semaine a plongé ses proches dans le chagrin et ému ceux qui se souviennent de ses écrits tourmentés, de cette poésie de la souffrance et de la nuit, qui a bien d’autres vertus que sa thématique. Dans une interview accordée à 5 Plus, elle évoque son goût pour la fugacité des choses et la solitude, pour Rimbaud et Baudelaire dont elle ne se lassait pas, alors qu’elle avoue aussi ne pas comprendre les poètes modernes et s’en tenir à Robert Edouard Hart pour Maurice.
En 1995, Magda Mamet présentait le roman L’enfant de possession, dont la sortie a coïncidé avec son cinquantième anniversaire. L’Express et La Vie Catholique ont régulièrement publié ses textes, mais Lilian Berthelot rappelle qu’elle a fait ses débuts d’écrivain à L’Essor et qu’elle a publié son premier ouvrage, L’effeuillement des jours, en 1945.
L’œuvre de cet écrivain prolixe, animé d’une foi profonde, de modestie et d’exigence au sujet de son œuvre, mériterait certainement des rééditions qui feraient découvrir ses plus beaux écrits aux jeunes générations. Nous vous livrons l’un d’entre eux, déposé sur une feuille libre dans les archives du Mauricien, sous le titre Mutation :
J’étais cet enfant blond qui parlait aux étoiles
J’étais cette passante sans couleur et sans âge
J’étais ce mendiant qui dispensait sa joie
Au mal nourri du cœur, ventre creux de l’amour.
J’étais la rue qui dansait de folle poussière,
La rue sans carrefour qui n’aboutit jamais.
J’étais le roc martyr debout sur tant de siècles. J’étais l’eau suppliciée par sa soif démentielle ;
J’étais la solitude du feu murée d’orgueil
Qui simultanément se détruit et s’engendre.
J’étais l’impossible cri armé de silence
Plus redoutable que le calme des océans.
J’étais le pain qui ne visite pas la faim,
J’étais la faim, la douloureuse faim sans bouche.
J’étais la joie qui a visage de douleur.
J’étais poésie, j’étais musique, j’étais mouvement,
Et vous m’avez haï et vous m’avez aimé.
Parce que j’étais cela qui change, cela qui bouge
Parce que j’étais cela qui n’a pas de nom,
Parce que j’étais vous, parce que j’étais moi…