POÉSIE - AUTOUR DES TABLEAUX DE SERGE CONSTANTIN : Des mots pour dépeindre l’œuvre

Les couleurs de Serge Constantin traversent des générations d’artistes. Samedi dernier au Plaza, des poètes et des musiciens ont revisité à leur manière l’exposition qui lui est consacrée jusqu’au 14 octobre. Le public présent a eu droit à un partage d’émotions suscitées par quelques-uns des tableaux de Constantin choisis par Michel Ducasse, Vatsala Radhakeesoon, Daniella Bastien, Brigitte Masson, Ziad Peerbux et le groupe Patyatann.
Ils ont “fait parler” les œuvres de leur choix dans les langues qui leur sont chères, chaque poète déclinant à sa manière sa lecture du tableau. Dans des textes dits en français, en kreol, en anglais et en hindi, les artistes intervenants ont laissé voguer leur imagination et embarqué le public dans un voyage de sens et de sentiments variés. Lyrique ou engagée, la poésie a donné chair aux tableaux figés dans le temps et pourtant si vivants.
Un ouvrier d’usine, une liseuse, un nu, un escargot, la Tamise à Londres et la Seine à Paris, un paysage flamboyant, des bateaux à quai à Port-Louis, le Pieter Both en éveil : cet inventaire à la Prévert pourrait résumer le parcours qui nous a été proposé en paroles et en musique. Une manière originale de visiter l’exposition par des arrêts imposés, où le texte recrée le tableau selon la sensibilité des uns et des autres.
À la fin du parcours, en guise de tableau final, Patyatann a ressuscité la légende de Syantaka, le laitier transformé en rocher (celui que l’on trouve au sommet du Pieter Both) pour avoir trahi le secret des fées qui lui avaient laissé assister à un spectacle à nul autre pareil. Une belle conclusion à cette soirée ponctuée de rimes et de rythmes, d’histoires illustrées par les tableaux de Serge Constantin. Qui, l’espace d’une soirée, a offert aux poètes et aux musiciens des couleurs pour naviguer à travers le temps, des mots pour nous transporter dans leur imaginaire, des notes pour voyager jusqu’au bout de la nuit.


Touché au vif
Michel Ducasse

Dans les méandres d’une vie
Il arpège la douce mélancolie
D’instants fugaces captés au vif

Serge Constantin peint sa folie
Celle qu’on devine en harmonie
Dans des écarts et des regards pensifs

Sa folie des hommes et des lieux
La tristesse des jours heureux
La nature et les visages furtifs

Sur sa palette, dans sa cachette
Dans ce théâtre où il projette
Les décors d’un pinceau émotif

Serge Constantin vogue en silence
Dans des ports repus d’inconstance
Loin des pontons et des poncifs

Dans les méandres de nos vies
Dans ses tableaux qui le temps défient
Serge Constantin nous touche au vif