Le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM) a défendu avec force, hier, la politique monétaire poursuivie par la banque centrale, martelant en au moins trois occasions que le sentiment de pessimisme qui a gagné le monde des affaires depuis quelque temps est totalement injustifié. Intervenant lors d’une table ronde organisée à l’hôtel The Link, Ebène, par la Mauritius Export Association (MEXA), Manou Bheenick a déclaré que le taux de change de la roupie a évolué de manière plus ou moins stable depuis plusieurs mois et a réaffirmé que les autorités bancaires ne peuvent tenir en compte que les intérêts des exportateurs. Il y a aussi, a-t-il expliqué, les intérêts des importateurs et des consommateurs à prendre en considération.
Manou Bheenick arrive difficilement à expliquer ce qu’il considère comme un « spectaculaire revirement d’humeur » des opérateurs économiques à la lumière du dernier sondage effectué par le cabinet Pluriconseil, cela après avoir noté que la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) dans son dernier baromètre de confiance des opérateurs économiques avait observé une remontée de l’indice tant par rapport à l’évolution de la situation économique générale que de celle du secteur manufacturier. « Il n’y a rien eu depuis qui puisse expliquer ce pessimisme », dit M. Bheenick qui fait état, en passant, du gros rachat d’actions de Rogers effectué par le groupe ENL sur le marché boursier. « C’est signe que la confiance existe quelque part », a-t-il ajouté.
Pour lui, il est probable que la peur a gagné le pays eu égard à la situation économique mondiale. Or, a-t-il fait remarquer, vue sous divers angles, la performance de Maurice est remarquable. « Nous avons un secteur d’exportation qui montre sa résilience face à la crise. Le taux de chômage est toujours en dessous de 8 %. Le taux d’inflation est à 6 %. Les banques dégagent des profits. Le secteur financier est stable. Il n’y a pas de credit crunch, de bulle immobilière. On ne passe pas par une phase d’austérité budgétaire. Le pays ne connaît pas de problème de dette souveraine et il n’y a aucune crainte de baisse de notation de Maurice ».
Contagion
Selon Manou Bheenick, les causes possibles du pessimisme pourraient être la dégradation de la situation mondiale et les éventuels effets de contagion véhiculés par la presse. Ce pessimisme n’est pas ancré dans la réalité des choses, soutient le gouverneur qui a demandé aux opérateurs économiques de voir les choses autrement : « Our glass is not half-empty but only half full », a-t-il déclaré. L’État de droit existe toujours. Le pays peut compter sur des institutions relativement fortes. « We have sound policies and policy continuity », dit-il, en ajoutant qu’une structure de dialogue permanent est toujours présente.
Manou Bheenick a défendu bec et ongle la politique monétaire pratiquée par la banque centrale, observant qu’en ce qui concerne le taux de change de la roupie, la BoM ne peut prendre en compte que les intérêts des exportateurs. La banque centrale se doit également de tenir compte des intérêts des importateurs et de la stabilité sociale. La BoM, a-t-il ajouté, se doit également de veiller à la stabilité et à la solidité dy système financier du pays. Illustrations graphiques à l’appui, le gouverneur de la BoM a démontré que de janvier à août 2011, le taux de change de la roupie a suivi une tendance « as close to stability », par rapport à certaines devises fortes.
Le gouverneur a également justifié les différentes interventions de la BoM sur le marché des devises, affirmant qu’elles visaient à éponger l’excès de liquidités dans le marché. Manou Bheenick a précisé que ces interventions n’ont pas pour but de maintenir un taux de change quelconque pour la roupie. « Nous avons joué un rôle actif dans le marché des devises », a-t-il fait ressortir, laissant entendre que la banque centrale n’a pas l’intention d’effectuer une « drastic surgery » à la politique monétaire adoptée jusqu’ici mais qu’elle compte bien effectuer quelques réglages pour minimiser les dysfonctionnements du marché.
« The currency will go where it has to go », a soutenu Manou Bheenick en réaction aux interrogations des opérateurs économiques sur l’évolution de la roupie. « Nous avons des responsabilités vis-à-vis de l’ensemble de l’économie du pays. Ceux qui ne sont pas compétitifs devront trouver des moyens pour survivre », a-t-il fait comprendre.
Ali Mansoor : « Pas de signaux alarmants mais restons prudents »
Le secrétaire financier estime que la reprise économique mondiale se fait normalement même si elle prendra peu plus de temps. Ali Mansoor considère que les signaux ne sont pas alarmants mais que le pays doit rester prudent afin de pas prendre des décisions qui risquent de faire aller son économie dans une mauvaise direction.
« Il y a beaucoup de volatilité dans les marchés mais il n’y a aucune indication d’effondrement. Si la crise persiste, il nous faut à notre niveau voir quelles sont les mesures en interne disponibles qui pourraient nous aider à nous maintenir sur la bonne voie. Everything is playable depending on what we can do collectively », a déclaré le secrétaire financier pour galvaniser le secteur des affaires. Il a annoncé que le rôle du gouvernement est de soutenir la croissance économique du pays, de stimuler l’investissement privé. « Nous devrions revoir notre approche en matière de réglementation des affaires », a reconnu Ali Mansoor, qui a observé que le pays ne peut soutenir ses programmes sociaux si la croissance économique n’est pas présente.
Parlant des réformes fiscales, Ali Mansoor a trouvé qu’il y a nécessité de les accélérer et qu’il y a un besoin de rendre le régime fiscal « fairer and more efficient ». Pour cela, le secteur public est prêt à travailler de concert avec les acteurs économiques. Le secrétaire financier a également insisté sur la stabilité sociale dans le pays. « Il n’y a pas de prix pour cela », a-t-il souligné tout en indiquant qu’il y a un besoin de moderniser les programmes sociaux et de renforcer les social safety nets tout en démontrant une plus grande solidarité vis-à-vis des plus vulnérables.
Ali Mansoor pense que le secteur public doit travailler avec le secteur privé pour l’élaboration d’instruments de soutien au développement économique comme cela avait été le cas au moment fort de la récession économique mondiale. Il a, dans la foulée, appelé le secteur privé à investir dans de nouveaux secteurs de production, à élaborer des mesures pour créer de nouveaux emplois et protéger ceux existants. Le développement de nouveaux produits et marchés d’exportation doit aussi figurer à l’agenda.
Shailendra Ramgoolam du cabinet Ernst & Young et Nikhil Treeboohun, ancien directeur de programme au Commonwealth Secretariat, sont également intervenus à cette table ronde. Le premier a demandé au gouvernement de revoir ses politiques fiscales, surtout de simplifier les taxes sur les revenus des individus et des compagnies. Nikhil Treeboohun a soutenu que la hausse de la productivité dans le pays peut se révéler la solution à beaucoup de nos problèmes économiques.