La compensation salariale à Rs 5 par jour, comme le définit la National Trade Unions Confederation (NTUC), cédera la place à la formule d’Ashok Subron de Rezistans ek Alternativ avec une éventuelle compensation révisée à la hausse de Rs 240 à ceux au bas de l’échelle. C’est l’impression qui se dégage avec le nouveau round de consultations, initié depuis hier, par le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, confirmant que le gouvernement fait machine arrière après la clôture des négociations tripartites de vendredi. Le sort devra être décidé lors d’une réunion spéciale du conseil des ministres convoquée à 14 heures en vue de mettre au point les derniers détails de The Additional Remuneration Bill à l’ordre du jour de la séance de l’Assemblée nationale de vendredi prochain. A la mi-journée, Vishnu Lutchmeenaraidoo a eu une nouvelle séance de travail avec les représentants de Business Mauritius, le secteur privé, au sujet des changements à être apportés au sujet du quantum de la compensation salariale, payable à partir du 1er janvier prochain. En cours d’après-midi, les représentants des fédérations syndicales ont été convoqués pour prendre connaissance des derniers développements avant l’annonce officielle.
Commentant la réouverture des consultations au sujet de la compensation, Ashok Subron de Rezistans ek Alternativ et négociateur de la General Workers Federation, se félicite de la tournure des événements et également de la « faculté d’indignation des Mauriciens » dans la conjoncture. « D’abord, le fait indéniable demeure que nous avons déjoué une double conspiration avec pour objectif de ne pas payer la compensation salariale à quelque 525 000 salariés à partir de janvier prochain. Depuis trois semaines, Rezistans ek Alternativ, la GWF et la contribution de diverses autres parties ont pu remettre cet item à l’agenda national », déclare-t-il.
« Mais ce n’était nullement gagné car il y a eu un autre complot avec la compensation de Rs 150 décidée au préalable entre le gouvernement et le patronat. Mais ils n’avaient pas compté sur la capacité d’indignation des Mauriciens face à cette injustice flagrante. Et cela durant le week-end des plus festifs. Le gouvernement et surtout les députés de Lalyans Lepep ont reçu le message cinq sur cinq poussant le gouvernement à tenter de sauver les meubles sur un dossier aussi délicat. Maintenant, nous attendons de prendre connaissance de la nouvelle proposition du gouvernement », souligne le négociateur de la General Workers Federation, qui dénonce également le fait que le gouvernement soit dépendant du secteur privé pour formuler sa nouvelle proposition de compensation.
La Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP) et la National Trade Unions Confederation ont accentué la pression sur le gouvernement pour revoir le taux de compensation salariale, surtout en faveur de ceux au bas de l’échelle salariale. Dans une correspondance adressée au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, les dirigeants syndicaux faisant partie de la NTUC font état de leur « dissatisfaction with the decision of government to impose a salary compensation of Rs 150 monthly which represents only Rs 5 (mem pa gagn pistas sar sa) to all workers of Mauritius as from January 2016 for the erosion of the purchasing power for year 2015 ». Ils ont fait appel à une intervention du chef du gouvernement pour que cette injustice sociale soit corrigée.
Outre les nouvelles consultations de la mi-journée, le ministre des Finances et du Développement économique et ses collègues ministres siégeant sur le comité tripartite ont eu une rencontre d’environ trois quarts d’heure, hier après-midi, avec les représentants du patronat et de Business Mauritius pour discuter de la possibilité d’un relèvement du montant de la compensation salariale pour les travailleurs au bas de l’échelle. Bien que le plafond des salaires de ceux se trouvant au bas de l’échelle n’avait pas été indiqué, d’aucuns estimaient que les personnes touchant jusqu’à Rs 10 000/Rs 11 000 pouvaient s’attendre à recevoir une compensation supérieure.
Rencontrant la presse à l’issue de la réunion du travail, le ministre n’avait pas voulu s’aventurer à donner une indication du montant qui serait proposé pour les salariés « au bas de l’échelle » mais semblait favorable à la proposition qu’avait faite le syndicaliste Ashok Subron lors de la précédente réunion tripartite à l’effet que la même approche adoptée pour le paiement de la compensation salariale en janvier 2015 soit appliquée pour 2016. Il a observé qu’en janvier 2015 une compensation de Rs 600 avait été recommandée alors que le taux d’inflation pour 2014 était de 3,2 %. Sur cette même base et considérant un taux d’inflation de 1,3 % pour 2015 (estimation faite par Statistics Mauritius), une compensation de Rs 240 serait appropriée, selon la requête faite par Ashok Subron.
« Nous avons tenu compte de la proposition d’Ashok Subron. Nous recherchons un consensus sur la question », a fait ressortir Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il a tenu à souligner qu’une compensation de Rs 150 comme décidée initialement sera maintenue dans le cas des personnes dont le niveau de salaires est plus élevé.
Le Grand argentier a laissé entendre que c’est suite à sa rencontre avec le Premier ministre la veille que le gouvernement a décidé de rencontrer à nouveau les dirigeants du secteur privé pour leur demander de faire un effort additionnel en vue de « soulager la situation de ceux au bas de l’échelle et ce au nom de la paix sociale ». Il a réaffirmé que « sans paix sociale il n’y a pas de développement ». Il a, cependant, reconnu que la compensation salariale ne doit pas être d’un niveau qui affecterait la croissance économique et les opérations de nos entreprises.
Vishnu Lutchmeenaraidoo est revenu sur le but de la rencontre tripartite, précisant que l’agenda est de décider du montant de la compensation salariale en prenant en compte la perte du pouvoir d’achat due à l’inflation. « C’est le taux d’inflation qui doit servir de référence pour la fixation d’une compensation. Or, cette année, le taux est tombé très bas, soit à 1,3 %. À un tel niveau, on n’était même pas supposé accorder une compensation en prenant pour référence les recommandations du Pay Research Bureau », a-t-il déclaré. Cependant, vu que le gouvernement s’est engagé à mettre en place un Plan Marshall pour l’élimination de la pauvreté extrême et à améliorer les conditions des gens les plus vulnérables de la société, l’opportunité de revoir la proposition de compensation salariale de 2016 a été évoquée.
Du côté du secteur privé, Arnaud Dalais, président de Business Mauritius, confiait après la rencontre avec le ministre des Finances et ses collègues et techniciens qu’« on a écouté attentivement les propos des membres du gouvernement ». « Le secteur privé et Business
Mauritius ont à coeur l’intérêt des travailleurs et l’harmonie sociale. Nous allons nous pencher sur l’effort à faire à notre niveau tout en tenant compte de la situation des entreprises, de la compétition en général et de l’évolution de l’environnement économique global. Nous voulons également travailler avec le gouvernement pour la réalisation de la Vision 2030 », a souligné Arnaud Dalais.