Au cours de ces dernières années, la saison des Ponzi a connu une croissance positive. Certes, le BAI Mega-Ponzi de Rs 25 milliards reste le plus conséquent et le plus désastreux. Toutefois, de leur côté, quelque 80 clients de Westminster Financial Ltd ayant investi quelque Rs 144 millions ont eu moins de chances que ceux du Super Cash Back Gold du Chairman Emeritus de BAI, Dawood Rawat. Ils n’ont pas été remboursés un sou à ce jour.
Le point commun est: un des trois directeurs de Westminster Financial Ltd a déjà quitté Maurice avec un passeport français. Les victimes, soutenues par Rezistans ek Alernativ, entendent attirer l’attention sur ce scandale financier, avec les fonds transférés à l’étranger, et dénoncer l’inertie et le laxisme des autorités compétentes. Cette société, qui a été autorisée par la Financial Services Commission (FSC), comptait trois directeurs: Feroz Dahoo, Subodh Caussy et Miheer Nunkoo. Elle proposait à des particuliers d’investir leur capital et de générer des rendements supérieurs de 1 à 2% par mois sur que ce que proposent les banques. Leur capital est garanti et est prétendûment investi dans des commodités, des denrées alimentaires et des produits pétroliers dans de grosses sociétés à Madagascar et Singapour. « Sur les 30% des revenus, 15% allaient aux directeurs, 10% aux clients et 5% à la compagnie », a indiqué un des porte-parole, Ashish Shibloll.
Mais dès le début, des problèmes surgissent. Les premiers clients effectuent des placements en janvier 2013 et en mai 2013. La police investit les locaux pour cause d’absence de licence. Les clients sont informés par les directeurs de Westminister qu’ils opèrent sur la base d’une licence intérimaire de la FSC.
En juin/juillet 2013, la compagnie est, cette fois, « closely monitored » par la FSC des suites d’une demande pour faire de la publicité. Moins d’un an après, soit en avril 2014, les employés de Westminister ne perçoivent plus de salaires. Les directeurs rassurent que le nécessaire sera fait en août 2014. Toujours durant cette même période, les clients cessent de recevoir leurs revenus mensuels. La même promesse leur est faite, soit qu’ils seront payés en août.
En août de la même année, un des trois directeurs, Subodh Caussy, quitte le territoire mauricien avant qu’une »Objection to Departure » ne soit émise. La société est en cessation de paiement en dépit des assurances d’une reprise. Un an après, c’est le flou total avec Rs 144 millions évaporées. Des démarches engagées auprès des autorités compétentes ne donnent pas les résultats escomptés. Le ministre des Services financiers, Rishi Bhadain, est saisi en dernier recours, la semaine dernière.
Mais les victimes et les membres de leurs familles traversent un calvaire et subissent un traumatisme effarant. À 49 ans, Sanjiv, père de deux enfants, a investi les économies amassées durant 30 ans de travail dans le secteur touristique. Il a été tenté par la campagne de bouche à oreille. Puis, les stratégies de marketing de Feroz Dahoo ont eu raison de lui, d’autant que ce dernier a non seulement brandi la licence d’opération de BAI mais aussi une assurance de la New India Assurance.
Malgré les réserves de son épouse qui lui conseille d’investir seulement une partie de leurs économies, Sanjiv reprendra ses Rs 5 millions d’une compagnie d’assurance pour tout verser à Westminister Financial Ltd, contre un paiement mensuel de Rs 60 000. « Je voulais surtout pouvoir envoyer mon enfant dans une bonne université à l’étranger et m’offrir une vie légèrement plus confortable. J’ai pensé reprendre mon capital au bout de quelques mois mais comme tout marchait bien, le contrat a été renouvelé avant l’éclatement du scandale. »
S’il arrive à s’en sortir et à maintenir la tête hors de l’eau avec son salaire, Sanjiv connaît personnellement certains clients dont la vie a basculé du tout au tout. Les parents de Pradeep ont investi tout leur lump sum après avoir fait carrière dans l’industrie sucrière. Gravement malade, son père, sous le choc, a multiplié les complications médicales avant d’être victime d’une attaque cérébrale.
Priya, 49 ans, se trouve dans le même dilemme d’autant qu’elle a investi une partie de l’argent appartenant à sa mère et des recettes issues de son commerce qu’elle tient avec son époux. C’est en 2012 qu’elle investit une somme de Rs 800 000 sur les conseils de certains employés de BAI sur la promesse que ses revenus seront plus élevés au Westminister Financial Ltd. « Monn ale zoine missie Feroz Dahoo kot Thomas Cook. Li ti enkor pe travay là-bas ek explik mwa kuma so business pou fonctionner. Se apre deux ans ki problem inn commenser mais missie Dahoo ti bien rassurant. » Elle qui pensait faire une bonne affaire pour générer des revenus en plus pour aider ses enfants qui étudient à l’étranger se retrouve dans de grosses difficultés financières. 
Même son de cloche avec  Saleem, 50 ans, qui travaille dans le secteur des assurances. Il a investi Rs 500 000 en octobre 2012 contre un Return de Rs 5 000 par mois. Une somme qui représente 20 ans de travail. Lui s’est laissé directement convaincre par Feroz Dahoo dont le père était un de ses clients du Super Back Cash Gold de BAI. Même stratégie: ce dernier lui a fièrement brandi la licence de la FSC.
Au final, ayant tout perdu, Saleem a broyé du noir pendant quelque temps. Il garde lui aussi espoir car plusieurs transferts d’argent ont été effectués aux familles des directeurs. « Pourquoi ne peut-on pas retracer cet argent? Deux des directeurs sont toujours à Maurice. Qu’attendent les autorités? », s’interroge-t-il.
Si Berty, 73 ans, pensait profiter de ses économies pour vivre pleinement sa retraite, il s’est retrouvé avec un stimulateur cardiaque (pacemaker) depuis avril dernier. Cela, dû au choc essuyé par la perte de quelque Rs 1 million. C’est par une de ses connaissances au service de l’ex-BAI que Berty s’est laissé séduire. Hormis les précautions brandies par les directeurs de Westminister Financial Ltd, il a tout de même pris soin de se rendre personnellement à la FSC pour s’assurer par lui-même que tout était en règle.
Cette garantie n’a pas été suffisante pour les clients de Westminster Financial Ltd, qui croient encore au miracle d’un éventuel remboursement tout en reprochant à la FSC d’être à la source de leurs malheurs…