Surprises en début de semaine avec des marchands envahissant littéralement les principales artères de la capitale, dont entre autres les rues John Kennedy et Farquhar, reliant la zone de la gare Victoria à la place de l’Immigration. Les autorités ont depuis pris la décision de passer à l’offensive. Dès jeudi, le ministère des Administrations régionales et la municipalité de Port-Louis, avec l’appui logistique de la police, y compris des éléments de la Special Support Unit (SSU), se sont lancés dans une traque intraitable des marchands ambulants dans des No-Hawking Zones décrétées officiellement suite à un ordre de la Cour suprême. Les responsables de cette opération visant à libérer des rues de la capitale de l’emprise asphyxiante des marchands ambulants bénéficient de l’appui au plus haut niveau de l’hôtel du gouvernement, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, faisant part de sa conviction de « mettre de l’ordre » dans ce secteur. À la mi-journée hier, pour éviter le pire dans la rue, notamment à la rue John Kennedy et à un moindre degré à la rue Farquhar, le ministre des Administrations régionales, Anwar Husnoo, a convoqué une réunion avec toutes les parties concernées à la municipalité de Port-Louis.
Avec à ses côtés le lord-maire Oumar Koleegan, la Parliamenatry Private Secretary (PPS) Roubina Jaddoo et de hauts gradés de la police, dépêchés sur le terrain pour les besoins de cette opération en cette période de fin d’année, le ministre Husnoo a fait comprendre aux représentants des marchands ambulants que le gouvernement ne cédera pas sur l’interdiction d’opérer dans ces No-Hawking Zones de la capitale, notamment une quinzaine de rues concernées. Les zones les plus stratégiques pour le business des marchands ambulants sont entre autres les rues John Kennedy, Farquhar, Sir William Newton, Place d’Armes, La Chaussée et la rue Célicourt Antelme vu leur potentiel de mouvements piétonnniers en cette période de fin d’année.
Pour cette prise de position ferme face aux marchands ambulants, le ministre Husnoo a pu compter sur la déclaration de sir Anerood Jugnauth vendredi. « Marsan anbilan pa kapav asizé vandé. La lwa si ti apliké dès le dépar sa situation-là pa ti pou dévelopé zamé. Marsan anbilan pa gagn droit fer sa. Mo dakor pou bizin mett l’ordre. La polis bizin strik ». Le mot d’ordre donné au conseil des ministres lors des dernières délibérations de l’année, vendredi, est respecté à la lettre et réitéré lors de la séance de travail d’hier à la municipalité.
Cette réunion a été convoquée d’urgence devant une tentative de coup de force des marchands ambulants opérant à la rue John Kennedy à la mi-journée. Comme ce fut le cas lors de la démonstration précédente à la rue Magon, les autorités n’ont pas cédé d’un pouce avec un fort déploiement des forces de l’ordre. Lors des concertations à la municipalité, le porte-parole du gouvernement s’est appesanti sur le fait que les No-Hawking Zones seront maintenues qu’importe l’évolution de la situation.
Le ministre Husnoo, qui s’est félicité de la tenue des marchands ambulants sur la rue jeudi et vendredi, a regretté « le comportement de certains dans la matinée d’hier en voulant chercher à tout prix la provocation avec les autorités ». « Les décisions seront appliquées car les autorités veulent avoir un meilleur contrôle de la situation et libérer les principales artères de la capitale pour rendre le trafic plus fluide. Cette décision a été communiquée à ceux concernés depuis octobre dernier avec l’octroi de badges aux marchands ambulants enregistrés. Il y a eu un renforcement des forces de l’ordre sur le terrain et l’interdiction des structures temporaires sur la rue », a-t-il déclaré en substance.
Entre-temps, depuis jeudi, le folklore des marchands ambulants sédentaires dans les rues commerçantes de la capitale s’est transformé en un jeu de chat et de la souris avec l’arrivée des policiers sur les lieux. Ainsi, sur le coup de midi hier, la tension est montée d’un cran à la rue John Kennedy, les marchands profitant de la présence de journalistes pour laisser libre cours à leur mécontentement. Ils protestent contre la forte présence policière à cet endroit précis alors que d’autres rues de la capitale sont également interdites à des opérations de hawking. Ils s’élèvent contre ce qu’ils considèrent une politique de deux poids et deux mesures à leurs dépens.
L’assistant commissaire de police Taujoo, responsable des opérations, fait comprendre à Week-End que « la police ne fait qu’appliquer la décision de la municipalité de Port-Louis et du gouvernement ». Les quelque 75 marchands ambulants opérant à cet endroit à la rue John Kennedy sont perçus comme représentant un danger pour les piétons vu le volume de véhicules empruntant cette rue, qui comprend également un important arrêt d’autobus.
« Les marchands ambulants envahissent absolument partout, forçant ainsi les gens à marcher sur la rue », expliquent des membres de forces de l’ordre. Des passants qui essayaient de se frayer un passage commentaient à qui voulaient l’entendre « Vrémen zot exazéré », ce qui attisait la colère des manifestants qui rappellent que travailler dans la rue en vendant des marchandises est leur seul gagne-pain.
K.J, 36 ans, marchande ambulante non-patentée de la municipalité depuis une dizaine d’années, brandit son badge de couleur verte délivré pour la période de décembre et janvier par la municipalité de Port-Louis. « Kifer pa lé laisse nou travay ? Kifer lari Farquhar ek La Corderie pé laisse travay ? Si koumsa, personn na pas bizin travay lerla nou pou aksepter ! » lance-t-elle.
Elle est rejointe par ses confrères et consoeurs dont certains allèguent avoir été malmenés et matraqués plus tôt dans la journée avec pour conséquence la saisie de leurs marchandises car ils ont tenté d’apposer de la résistance. « Mo enn madam enceinte. Monn nek met mo marsandiz dan kanal ek bann lapolis finn traine moi finn saisi tou », dit S.B, presque en pleurant.
Et une autre d’ajouter : « Ou koné komié finn fer dettes pou kapav vann marchandiz ? Si nou pas travay, kouma nou pou rembourse bann dettes-la ? Kifer gouvernman pa ti prévenir nou avan ? Kifer pé bizin atann moins ki 10 zour avan lané pou aplik bann mesures drastik koumsa ? »
De son côté, Geeta, se joint au concert de protestations. « Kifer nou pé déranz zot kan nous pé travay ici ? Péna mem la loi pou tou dimounn ! Zot pé pousse nous mais sa bannla pé travay et personn pas dire zot naryé ! » en pointant en direction de ceux installés à la rue Célicourt Antelme, pas affectés par l’application des règlements, dont ils sont victimes d’autres.
Plusieurs maraîchers reprochent au gouvernement de « pa finn fer naryé pou bann marsan anbilan. Avant élections, finn bien vinn guet nou, finn vinn rode vote, finn promett nou boukou kitsoz. Azordi péna ni enn minis ni enn dépité finn passé pou gueté ki pé arrivé ! »
Plus loin à la rue Farquhar, malgré les panneaux d’interdiction « No Hawkers Allowed » placés par la municipalité avec l’accord du conseil des ministres, les marchands vendent impunément leurs produits. Et cela malgré la présence de plusieurs véhicules de la police. Interrogé, un officier répond d’un air dépité : « Ou koné nou pas kapav koz ek la presse. Al rode sergent ki pé assiz dans van ek al demann li kifer bann marsan pé travay. Kant’a mwa, mo pou zis dir ou which is which ? Ou pou fini kompran. »
Approché à son tour, le sergent responsable de la rue Farquhar répond laconiquement et de manière acerbe : « Tout ce que je peux dire c’est qu’aucun marchand n’a installé ses marchandises devant le Marché Central. Mo en charge zis sa bout-la, le rest mo pas koné. »
Rencontré à la rue Celicourt Antelme, Hyder Raman, président de la Street Vendors Association (SVA), concède que les marchands ambulants vivent des moments très durs. « Chacun travaille à ses risques et périls. Je fais un appel au gouvernement pour que son méga projet de connecter les gares routières du Sud et du Nord à travers une passerelle d’ici 2017 soit une réalité. Nous sommes humains et essayons de gagner honnêtement notre vie », ajoute-t-il.
Le président de la SVA rappelle que 829 marchands ambulants paient une redevance de Rs 500 par an à la municipalité de Port-Louis et 1 334 marchands exercent sans licence. Les dernières licences octroyées officiellement remontent à 1996. De son côté, Raj Appadu, du Front Commun des Commerçants, parle de satisfaction face à la politique de zéro tolérance de la police et du gouvernement. Il dit qu’il est grand temps de mettre de l’ordre dans toute cette cacophonie.