• Après 15 années passées en Chine, le jeune entrepreneur mauricien compte faire renaître les splendeurs de jadis de ce coin de la capitale

Faire renaître les splendeurs d’antan de China Town en restaurant et mettant en valeur les patrimoines tels les vieilles boutiques chinoises, les pagodes, les vieilles maisons et les Street Food Corners. Tel est le souhait de Jean Paul Lam, alias JP Lam, un entrepreneur mauricien ayant passé une quinzaine d’années en Chine, particulièrement à Shanghai, où il s’est forgé une solide expérience en marketing et communication. Il nous raconte son rêve pour le vieux quartier chinois.

« Je suis né et j’ai grandi à China Town », raconte d’emblée JP Lam, d’où en partie son désir de rendre à ce vieux quartier ce qu’il a tant reçu. Ayant récemment décidé de retourner « pour de bon » dans son pays tout en conservant une entreprise à Shanghai, JP Lam s’est lancé un défi. « Quand je venais de rentrer, des proches m’ont dit que si j’étais vraiment bon, professionnellement parlant, j’aurais dû rester à l’étranger. » C’est ainsi qu’il a senti le besoin de prouver le contraire en faisant le pari de transformer ce China Town qui l’a vu grandir et où vit encore sa famille.

Des artistes locaux se sont joints aux artistes de Shanghai pour embellir le quartier

Pot-pourri de cultures

Il décide alors de fonder une équipe, la New China Town Foundation, et réussit à mobiliser 91 commerçants autour d’un projet : faire revivre China Town. Ses objectifs : faire de ce lieu un « pot-pourri de cultures » tout en préservant les traditions chinoises. Il veut aussi transformer l’endroit en un “Tourist Must-Stop” avec des événements artistiques et culinaires. Autre projet ambitieux de JP Lam : relier le quartier chinois à ceux d’autres pays tels les China Towns de Malaisie, Paris, Londres, Bangkok et Perth, et ce en vue d’échanges culturels et économiques.

Selon JP Lam, China Town présente trois points faibles : « C’est d’abord une ville fantôme. Ensuite, il y a des parkings vides qui ne sont pas bien entretenus et il y a aussi de vieilles maisons délabrées. » La première étape de ce projet a déjà démarré en début d’année avec des fresques murales. « Nous avons reçu l’aide de pompiers pour le lavage des vieux mûrs et nous avons aussi eu l’apport de quatre artistes de Chine, et ce avec la collaboration du ministère du Tourisme et d’Air Mauritius. Des artistes professionnels mauriciens s’y sont joints et nous avons pu peindre une quinzaine de maisons rues Arsenal et Emmanuel Anquetil. Juste après ces peintures, nous avons remarqué un effet immédiat : des compagnies sont venues tourner des clips à ces endroits alors que des touristes sont venus faire des selfies. » Parmi ces fresques, on retrouve des représentations de Bruce Lee, de Kung Fu Panda, de Deng Xiao Ping et de Confucius, entre autres. Autre étape : nettoyer et restaurer divers bâtiments et placer des lanternes dans les rues afin d’illuminer davantage le quartier. « Nous allons aussi installer des poubelles partout. »

JP Lam veut en outre organiser des expositions en vue de promouvoir des échanges entre artistes locaux et étrangers. « Nous voulons aussi soutenir les commerçants en les aidant à rénover leurs bâtiments et à développer leur commerce à travers une stratégie de marketing et de communication pour faire de China Town un centre d’attraction. »

Jusqu’ici, 14 maisons ont été peintes aux rues Arsenal et Emmanuel Anquetil. La New China Town Foundation compte aussi ouvrir un musée d’ici juillet sur la communauté chinoise dans le pays. « Il y a un vieux bâtiment en face de L’Amicale appartenant à ma famille. Je compte transformer l’espace à l’étage en musée. Comme je suis collectionneur d’œuvres d’art, on ambitionne aussi d’ouvrir une galerie d’art. » JP Lam se dit d’avis qu’il importe de rénover les pagodes dans le quartier chinois. « Nous en avons cinq à China Town. Mais les touristes n’y vont jamais. Nous devons retracer l’histoire de leur existence et les mettre en valeur. »
Il ajoute avoir reçu l’accord du ministère de l’Agro-industrie pour une collaboration dans un projet d’embellir le quartier avec des fleurs. L’éclairage des rues recevra, lui, le soutien de l’ambassade de Chine et de la mairie de Port-Louis.

La deuxième phase du projet consiste en la restructuration des parkings. « Je suis en pourparlers avec une compagnie de Corée du Sud qui pourrait nous aider à optimiser ces parkings. On pourrait imaginer un parking à étages où, le matin, l’espace servirait de parking et se transformerait en Food Court le soir. »
S’agissant des échanges, JP Lam envisage de « relier notre China Town aux China Towns du monde », à l’exemple de celui de Paris XIIIe. J’ai déjà rencontré le maire de Paris XIIIe. « J’ai aussi rencontré le président de la China Town de Malaisie. On doit faire briller notre China Town sur le plan international. Certes, nous ne pourrons être le plus grand China Town d’Afrique mais notre quartier chinois devrait avoir une identité. Nous aurions aimé un jour avoir une rue piétonne. J’ai rencontré le manager de Jackie Chan et je me suis dit : pourquoi pas un jour inaugurer la rue piétonne par Jackie Chan avec une empreinte de ses mains. Cela pourrait attirer des touristes. » Vivement que China Town renaisse de ses cendres…