Jean-Ian Carré, né le 6 février 1993, est originaire de la ville de Quatre-Bornes. Ce lanceur de marteau qui culmine à 1, 93m pour un poids de 107 kg, jongle entre l’athlétisme, les blessures engendrées par la pratique de son sport et ses études en informatique.
Contrairement à beaucoup d’athlètes, Jean-Ian Carré n’a pas tout de suite songé à l’athlétisme. Ce jeune gaillard avait au départ un penchant pour le judo. « L’amour pour les sports de combat a toujours été présent. De 7 à 11ans, j’ai pratiqué le judo. Cependant, mon entraîneur de l’époque est tombé malade. Suite à cela, j’ai abandonné l’idée d’être judoka », souligne-t-il. À savoir que Jean-Ian Carré a été trois fois champion de Maurice dans sa catégorie de 7-11 ans.
Ses débuts
Au collège Adventist à Phoenix, il fait la rencontre de Marie Hélène Armand, qui l’a mis sur la voie de l’athlétisme. « Je me rappelle de ce jour-là comme si c’était hier. Lors de la récréation, Marie Hélène m’avait dit de prendre un poids et simplement le lancer », rigole-t-il. Par la suite, son professeur d’éducation physique l’oriente vers le stade de Réduit, où il évolue sous la supervision de Margaret Félicité. « Je n’avais que 13 ans quand j’ai foulé la piste de Maryse-Justin et vu que je venais de commencer, on m’a initié au poids et au disque. Mais à cette époque, c’était juste un passe-temps », déclare Carré.
À seulement 14 ans, le Quatre-Bornais brille lors de la rencontre Maurice/Réunion en 2009. « Cela restera à jamais dans ma mémoire. Première compétition à La Reunion et mes deux premières médailles pour Maurice. J’ai décroché l’argent au poids et le bronze au marteau. Lors de l’édition suivante, j’ai décroché la médaille d’argent au marteau. Certes, j’étais encore jeune, mais je savais que c’était le début d’une grande aventure en athlétisme. »
En 2008, pour les Jeux de la CJSOI, alors qu’il n’est que minime, il fait partie de la sélection sans pouvoir y participer. « À cette époque j’avais réalisé le doublé dans les catégories minimes et cadets. Selon les critères, c’est le champion de Maurice qui était qualifié pour ces Jeux. Là-bas je n’ai pas lancé car les entraîneurs avaient choisi Jonathan Martin. Il avait la meilleure performance cette année-là », explique-t-il.
Même s’il a l’air robuste, Jean-Ian Carré a souvent joué de malchance. « Ma plus grosse blessure était en 2014. J’étais en même temps blessé à ma cheville droite et au genou gauche. Imaginez, je suis un lanceur de marteau et il me faut effectuer des rotations. C’était vraiment douloureux. Cette année-là, l’idée de cesser l’athlétisme m’a effleuré l’esprit. Cependant, je suis resté concentré sur mon objectif qui était les JIOI 2015 », nous relate Jean-Ian Carré
Consécration
Puis, les compétitions, les médailles et les titres se sont enchaînés pour le lanceur. En 2009 il monte sur la troisième marche du podium lors des Championnats d’Afrique juniors. En 2011 il se classe troisième lors des Jeux des îles aux Seychelles. Déception quatre ans plus tard, il finit 4e aux JIOI à La Réunion. De 2009 à cette année, il brille toutefois lors de chaque compétition, mais il sait rester humble. « J’ai pu avoir la chance de participer à toutes ces compétitions, locales, régionales et internationales. Je dois faire ressortir qu’il y a des rendez-vous où l’on ne se retrouve qu’à trois, donc on est assuré d’avoir une médaille. Dans ces situations, je ne pense pas à la médaille, mais de faire une bonne performance. »
Chaque année, les meilleurs lanceurs de l’île bénéficient de stages à l’étranger, en France ou en Afrique du Sud notamment. Pour Jean-Ian Carré, il est essentiel d’être confronté à plus fort, car les concours sont source de motivation. « Tous les stages auxquels j’ai participé ont été bénéfiques. Cela m’a permis de travailler ma technique et voir comment les autres lanceurs se préparent. »
Toujours est-il qu’il estime que certains stages peuvent être mieux préparés. « Des fois, lors de nos déplacements, on reste sous la supervision de notre entraîneur de Maurice et c’est juste l’environnement qui change. On a certes a des rencontres avec d’autres entraîneurs, mais il serait intéressant d’avoir plus de sessions avec eux. Je pense que cela nous aidera à nous améliorer. À l’exemple des Français, qui ne sont pas forcément imposants physiquement mais qui sont techniquement parfaits. On gagnerait à apprendre davantage d’eux », explique-t-il.
Études et travail
En parallèle à sa carrière sportive, Jean-Ian Carré poursuit des études à la School of IT, Electronics and Comunication  afin d’obtenir son diplôme en fin d’année. Afin de financer ses cours, il fait de petits boulots qui lui permettent en même temps d’acquérir de l’expérience. « Lors d’un séjour en Chine, j’ai eu la chance d’être coach de fitness pendant quelques semaines. À Maurice, je répare des ordinateurs quand il le faut. À la fin de mes études, je souhaite avoir un emploi stable qui pourra me permettre de m’entraîner en toute sérénité. Je sais que le ministère a proposé des choses pour les athlètes qui sont dans le même cas que moi. Attendons voir ce qu’il en est. Un conseiller du ministre de la Jeunesse et des Sports avait pris mon dossier en considération afin que je puisse avoir un travail, mais jusqu’à présent je n’ai rien vu venir », ajoute le lanceur.
Il ne manque pas d’avoir des mots élogieux à l’adresse de Michael Glover, l’ancien président du TFES (Trust Fund for Excellence in Sports). « Durant mes années au collège, il m’a vraiment aidé afin que je grandisse dans la discipline. Il a parfois assisté aux séances d’entraînement et était à l’écoute de nos demandes. Si celles-ci étaient exagérées, il prenait le temps de nous expliquer sincèrement la situation. »
Par ailleurs, il tient à souligner la relation privilégiée qu’il entretient avec son frère. « Il est toujours présent lorsque le besoin se fait sentir. Même s’il est mon cadet (ndlr : il a 19 ans), on a presque les mêmes centres d’intérêt. Il souhaite devenir un grand cuisinier et je ferai de mon mieux pour qu’il puisse réaliser son rêve », nous dit-il, tout souriant. Et son rêve à lui ? « Garder la tête sur les épaules et continuer à donner le meilleur de moi-même. »