PORTRAIT - JORDAN BERTRAND : Un batteur mauricien primé en Chine

Jordan Bertrand est un nom connu dans le circuit musical en Chine. Il y a déposé ses bagages en 2013 dans le but de faire carrière comme batteur. Contre vents et marées, il s’est perfectionné en enchaînant les boulots dans les bars en tant que musicien. Pour finir par donner des master classes de batterie au Sichuan Conservatory of Music. En août de cette année, il est sorti vainqueur d’une compétition, The Drummers of China.

Il y a quatre ans, Jordan Bertrand a fait le grand saut. Il a tout plaqué pour s’installer en Chine pour vivre de sa passion : la batterie. Il s’est mis en tête de tout entreprendre pour se faire un nom. “À Maurice, il n’y a pas assez d’ouverture pour les jeunes musiciens. J’ai mis le cap sur la Chine pour évoluer rapidement. Mon grand frère, qui est aussi musicien, est parti en premier et je l’ai suivi”, dit le jeune homme de 23 ans de Résidence L’Oiseau à Curepipe.
En Chine, tout n’était pas rose tous les jours. “Nous avons beaucoup galéré. Il nous est déjà arrivé de perdre notre boulot et notre logement. Un de nos amis nous a heureusement aidés à trouver une maison.” Jordan a joué au sein d’un parc d’attractions, le Chimelong Park, deux fois par jour. “À mes heures perdues, je passais mon temps à pratiquer la batterie. J’y jouais de manière stricte, quitte à ne pas avoir du temps pour moi”, raconte cet ancien étudiant de Curepipe College.
Grand saut, grandes difficultés. Il ne rebrousse pas chemin pour autant, même si la barrière de la langue lui pose quelques soucis. “J’ai appris à parler le mandarin en côtoyant des filles. Je les bombardais de questions à longueur de journée afin de maîtriser la langue.” Pour mieux comprendre les chanteurs, il écrivait les paroles des chansons à sa façon pour pouvoir s’exercer à la batterie. “Il faut savoir faire des sacrifices quand on veut quelque chose et prendre son temps pour le faire.”

Travail assidu.
Le musicien est tombé cette année sur une publicité sur le réseau social WeChat pour la compétition instrumentale The Drummers of China. “Au même moment, une dame de l’émission m’a contacté pour faire une performance en tant qu’invité.” Il participe finalement en tant que candidat et en sort vainqueur. Il remporte un set de batterie de la marque DW PDP. “La direction de l’émission fera aussi ma promotion”, confie l’heureux gagnant, qui n’a pas eu à passer par la case auditions. “J’ai simplement envoyé une petite vidéo et j’ai été sélectionné pour la demi-finale.” Les membres du jury ont apprécié sa couleur musicale. La récompense à un travail assidu qu’il a effectué au fil des années passées hors de son île.
Depuis qu’il est parti, il est retourné à Maurice “uniquement une fois en vacances, pour me ressourcer auprès de ma famille”. Il a toujours persévéré dans son métier. “Je n’ai rien lâché. Quand j’avais un boulot, je m’y attelais.” Il s’est rendu à Guangzhou puis à Shenzhen dans le sud de la Chine avant de s’installer définitivement à Chengdu, la capitale de la province du Sichuan. “J’ai participé au Music Expo en 2015 où j’ai été sponsorisé par 2Box DrumIt.” Il a joué avec quelques chanteurs chinois, dont Kafe.Hu et Zhang Lei, ancien vainqueur de The Voice of China.

Une famille de musiciens.
Sans diplôme en musique, Jordan Bertrand est embauché au Sichuan Conservatory of Music pour animer des master classes de batterie. “Pendant que je jouais dans un bar, un saxophoniste canadien et un pianiste chinois, qui est aussi le directeur du département jazz au Sichuan Conservatory of Music, m’ont approché. Ils adoraient mon style.” Ils ont proposé mon nom à l’institut pour dispenser mon savoir-faire aux étudiants. “Ils ont tellement adoré me voir jouer qu’ils ont même pris mon frère et moi au sein de leur groupe.”
Petit, il caressait le rêve de devenir musicien. “C’est un don. Je n’ai aucun diplôme. J’ai tout appris par moi-même.” Il pratique la batterie depuis sept ans en tant que professionnel mais a commencé il y a treize ans comme chanteur dans les hôtels de l’île, tout en poursuivant ses études secondaires. “J’ai toujours adoré voir jouer les batteurs.”
Il a ensuite arrêté de chanter pour se mettre à la batterie. “Pendant mes études, je bossais trois à quatre fois par semaine pour allier études et boulot. Son grand-père lui laissait jouer aux instruments lorsqu’il répétait. “Mon grand-père avait un orchestre et mon papa était guitariste. Ce sont des choses qui font de moi le batteur que je suis.” Jordan Bertrand arbore son quotidien avec tact. “Mes parents m’ont appris comment vivre de la musique et comment me comporter en tant que musicien.”
Il prend congé de nous sans faire sonner sa batterie, car il était près de minuit chez lui. “Je tenterai de participer à Drum-Off en Amérique l’année prochaine. Je veux être un grand musicien.”