PORTRAIT SANS RETOUCHE — AADIL AMEER MEEA : Le collectionneur de bourdes

Après l’emprunt de passages entiers d’un discours de Kee Chong Li Kwong Wing, la question sur l’épouse de Ravi Rutnah, le député mauve se retrouve au centre d’une controverse après un aparté avec le Premier ministre .« Il a les yeux revolver, il a le regard qui tue, a tiré le premier, a touché et c’est foutu ». Ces paroles de la chanson de Marc Lavoine résument bien Aadil Ameer Meea, le jeune député du MMM qui, à force d’essayer de se faire remarquer, a, ces derniers mois, fini par collectionner un certain nombre de bourdes. Au lieu de se contenter du bon travail qu’il effectue en tant qu’élu mauve de la troisième circonscription, ce qui est un fait reconnu de tous et de ses mandants au premier chef, le député semble vouloir en faire un peu trop, d’où les maladresses enregistrées ces derniers mois et qui ont culminé à l’aparté désormais célèbre de la cuisine de l’hôtel Meridien.
C’est en 2010, pour son baptême du feu, que ce jeune comptable au physique agréable et affable, se jette dans la bataille. Il est le candidat d’un MMM qui va seul au front contre une redoutable coalition composée du PTr, du MSM et du PMSD. Venant d’une famille très respectée de la région et fort de son propre rayonnement local, Aadil Ameer Meea est élu en tête de liste au No 3.
L’élu, très apprécié de son leader, Paul Bérenger, démarre bien dans son rôle de député de l’opposition et apprend assez vite les rudiments du fonctionnement de l’hémicycle. Il est très régulier sur les dossiers dont il a la charge en sus de ne jamais rater une occasion d’évoquer les problèmes de sa circonscription, dont Agaléga.
Réélu en 2014, en deuxième position cette fois, derrière le ministre sortant Shakeel Mohamed, il déploie de gros efforts au Parlement et se montre exact au rendez-vous du Question Time, dont il devient un animateur remarqué au point de s’attirer de manière systématique les foudres de la Speaker Maya Hanoomanjee qui n’arrête pas de le chercher après qu’il eut exposé son goût prononcé pour les voyages. Il réussit même à la prendre en défaut après un ruling lui interdisant le terme « rubbish », une expression abondamment utilisée et jamais sanctionnée lorsqu’elle est venue de la bouche de Sir Anerood Jugnauth.
Aadil Ameer Meea ne lâche ainsi pas le gouvernement et c’est lui qui obtient que le salaire, un joli pactole de Rs 211,400, de la fille de la Speaker, Naila Hanoomanjee, en tant que directrice de la State Property Development Company absorbée par Landscope Mauritius. Il ne lâche rien non plus sur les dossiers de la mauvaise gestion de la BAI, de la coûteuse aventure de Heritage City, du paradoxe CRS de Lovebridge.

Maladresses
C’est lui qui porte en plein hémicycle la supercherie qui a consisté à modifier une réponse du ministre des Iles outremers, Mahen Jhugroo, en avril 2017 affirmant qu’il déposerait sur la table de l’Assemblée nationale une copie du mémoire signé avec l’Inde sur Agaléga. Bien entendu, c’est un fantôme qui est passé par là et point de coupable identifié, alors que le document reste toujours secret.
Mais ça lui arrive aussi d’en faire un peu trop. Lorsqu’il est appelé à commenter le budget supplémentaire 2015/2016 présenté par Pravind Jugnauth en mai 2017, il emprunte de larges extraits d’une intervention du porte-parole du MMM pour l’économie, Kee Chong Li Kwong Wing, faite en 2013 précisément sur la présentation d’un Supplementary Appropriation Bill.
Ravi Rutnah qui, visiblement, avait été à la chasse d’arguments pour sa propre allocution découvre le pot aux roses et en fait état croyant pouvoir en faire tout un plat sur ce qui n’était finalement qu’une maladresse et une marque d’inélégance qui ont consisté à ne pas citer l’auteur des points qu’il reprenait.
La question sur les soins à l’étranger dont aurait bénéficié l’épouse de Ravi Rutnah est, elle, bien plus délicate, voire complexe. Lorsque l’affaire s’ébruite dans la presse, les démentis initiaux sont, pour dire le moins, très timides. Ce qui semble accréditer les rumeurs. Certains ont pensé que c’était fait exprès dans le but de confondre celui ou ceux qui s’aventureraient sur ce terrain à l’Assemblée nationale.
Aadil Ameer Meea, qui est invité à la prudence par son propre camp, plutôt précautionneux sur tout ce qui touche à la santé d’autrui, s’y engouffre et se voit débouter sur toute la ligne par un Anwar Husnoo, qui, cultivant sa différence de ton, ne se montre pas outrageusement sévère avec son collègue député de la même circonscription. L’affaire déborde du Parlement et finit au CCID où le député du MMM porte plainte contre les insultes faites à son endroit par avi Rutnah.
Il tente toutefois de temps en temps de revêtir le costume du stratège politique, ce qui lui vaut quelques piques en interne. Lorsqu’il se retrouve assis à côté de Navin Ramgoolam, selon un protocole établi par les hôtes d’un déjeuner de mariage au Taher Bagh en août de l’année dernière, ses détracteurs, comme munis d’un amplificateur déréglé, y voient une manœuvre politique, alors que cette rencontre, strictement sociale, n’avait rien de suspect.

Goût de  l’intrigue
Son désir d’obtenir ce qui se passe de l’autre côté, frisant le goût de l’intrigue, va également le conduire à ouvrir une ligne de communication avec son ancien camarade de parti, Alan Ganoo. C’est dans ce cadre qu’il est d’ailleurs annoncé comme le représentant du MMM aux célébrations des 35 ans de députation d’Alan Ganoo le 23 juillet à Chemin-Grenier.
Sauf qu’à la réunion du Comité central du MMM tenu la veille, les militants, encore très remontés contre les agissements de la bande à Ganoo, comme lors des municipales de juin 2015 où elle a activement travaillé pour les candidats Lepep, décident qu’il n’y aura pas de représentation mauve à cet anniversaire. C’était un premier frein porté aux manœuvres en coulisse de l’apprenti stratège Aadil Ameer Meea.
Mais, de leçons de cet épisode, le député n’en a point tiré puisqu’il s’est, de nouveau, fait remarquer mardi dernier, à l’occasion des célébrations du 70e anniversaire de l’indépendance de l’Inde. Les leaders de tous les partis sont présents, le Haut Commissaire ayant tenu à les inviter personnellement.
Si chacun, dans les camps adverses, se serre diplomatiquement la main lorsqu’ils ne se toisent pas royalement, certains y voient une occasion de distiller des messages croyant que le lieu, bondé, ne peut prêter à conjectures. C’était sans compter une presse à l’affût du langage des corps des uns et des autres et à la recherche des contraires qui pactisent ou des compatibles qui s’ignorent.
C’est pour éviter les regards indiscrets des journalistes que Pravind Jugnauth demandera à un des membres de sa protection rapprochée de demander à Aadil Ameer Meea de le rejoindre discrètement à l’entrée de la cuisine de l’hôtel pour un aparté rapide, certes, mais suffisant pour jeter le trouble dans son propre camp et susciter des réactions indignées.
Pourquoi c’est à lui que le Premier ministre et leader d’un MSM honni ces jours-ci avec les casseroles qui débordent de sa cuisine s’est adressé ? Voilà une question à laquelle le député devra trouver une réponse adéquate s’il ne veut pas qu’un manteau de suspicion pèse sur lui. Mais peut-être fera-t-il finalement sien l’adage qui veut que l’on apprenne de ses erreurs !