POSTE DE FLACQ : Ivy et Joana, pêcheurs de mollusques de mère en fille

Chez les Camangue à Poste de Flacq, on est pêcheur de mollusques de mère en fille. Ivy et sa fille Joana sont de vraies stars dans la région, étant dans le métier depuis des dizaines d’années. Des hôtels de la région ainsi que des personnes issues de différentes régions du pays viennent leur acheter des huîtres, des “manguacks”, des moules ou des bigorneaux quotidiennement. Scope les a rencontrées lors d’une de leurs sorties.
Dès 6 heures du matin, Ivy et Joana sont dans l’eau. Bottes aux pieds et gants aux mains, mère et fille sont parties pour 4 heures de marche environ à la recherche de mollusques. Comme chaque jour, les deux femmes sillonnent la baie de Poste de Flacq, une zone pittoresque dans l’est du pays dotée d’une baie entourée de rochers et de plantes. Ce qui constitue des habitats privilégiés pour les mollusques qu’elles recherchent.

Marée basse.
Dans le plan d’eau on retrouve de nombreux îlots formés de rochers. Îlots autour desquels les eux femmes accentuent leur recherches. “Ces îlots, on les appelle des valises. Le gros de notre pêche se fait autour d’elles”, disent-elles. Dans leurs mains, des ciseaux qu’on utilise en maçonnerie et des marteaux, outils indispensables pour récolter certains des mollusques qu’elles collectent. Parmi eux, des “manguacks”, des moules, des bigorneaux et des huîtres. Ces dernières constituent pour l’instant le gros de leur moisson puisque c’est la saison. “En ce moment, on pêche principalement l’huître qu’on peut trouver à foison. On en pêche environ 300 par jour car nous avons de nombreuses commandes des hôtels et aussi de personnes qui viennent de différentes parties de l’île”, fait savoir Ivy, 54 ans.
Pour la pêche aux mollusques, deux conditions doivent êtres réunies. La marée basse et le beau temps. “Aujourd’hui, la marée est basse vers 8 h, on est dans l’eau deux heures avant afin de profiter au maximum de la faible profondeur et ainsi pouvoir en attraper le plus possible avant que la marée ne monte. À marée haute, il est difficile déjà de voir les huîtres mais aussi de pouvoir les détacher des rochers auxquelles elles sont collées”, explique Joanna. Elle fait savoir qu’il faut également savoir comment les décoller des rochers pour éviter qu’elles se cassent. “Si vous ne placez pas les ciseaux au bon endroit, l’huître se casse et ne peut plus être vendue.”

Anguilles, laffe et trembleurs.
Ce jour-là, la pêche a été bonne, plus de 300 huîtres ont été pêchées ainsi que quelques “manguacks”. Une pêche qui leur permettra de se faire un peu d’argent puisque les prix sont de Rs 3, Rs 5, Rs 10 ou Rs 25 dépendant de la taille de l’huître. Les moules sont vendues à Rs 250 le kilo, les bigorneaux et les “manguacks” à Rs 200 le kilo. De retour de la pêche, le travail n’est pas tout à fait fini. Pour conserver les succulents mollusques, il faut les placer dans l’eau salée, dans un panier recouvert d’un filet et placé dans le “parc”, une petite zone entre les rochers située à toucher de leur maison. “On les laisse là pendant la journée mais on doit les mettre dans la maison la nuit pour éviter de se faire voler.”
Si cette pêche miraculeuse permet aux deux femmes de vivre, elle comporte néanmoins quelques dangers. Elles font ainsi savoir que la prudence est de mise en tout temps. “Sans botte et gants, il est déconseillé de pratiquer cette pêche.” Et pour cause, la baie est dotée de zones boueuses qu’il faut à tout prix éviter au risque de s’y enfoncer et de risquer de se noyer. En outre, certaines espèces marines dangereuses sont également présentes comme les anguilles qui peuvent mordre, les “laffes” qui peuvent piquer et les “trembleurs” qui peuvent donner une décharge électrique. Tenant sa main, Ivy se remémore de douloureux souvenirs. “J’ai déjà été mordue par une anguille en décrochant des huîtres. J’avais laissé échapper mes ciseaux en détachant une huître et l’anguille s’est lancée vers elle pour la dévorer. Malheureusement, c’est mon doigt qu’elle a attrapé. C’était une douleur atroce, je n’ai pas pu travailler pendant un mois.”


Recettes
Ces mollusques peuvent être dégustés de plusieurs façons, indiquent nos interlocutrices. Pour les moules, elles préconisent en bouillon ou cuites au bain-marie et dégustées avec un peu de beurre. Les “manguacks”, elles, se prêtent au vindaye, rougaille ou peuvent être sautées aux oignons. Les deux femmes conseillent aussi de déguster les huîtres en salade. Pour ce faire, il faut les bouillir avant de les assaisonner de sel, de poivre, d’oignons et d’huile d’olive.