À peine les quelques pages des différents volumes du rapport salarial du Pay Research Bureau, rendu public vendredi, tournées, la grogne contre les recommandations se fait déjà sentir au sein de la communauté des fonctionnaires et des employés des corps paraétiques. Le chiffre magique de Rs 3 milliards pour la révision salariale, variant de 6,5% à 14%, n’a pas été suffisant pour calmer les ardeurs. Le sentiment général qui se dégage de plus en plus est teinté de frustration, de déception et de mécontentement, au point où les dirigeants des trois fédérations syndicales du service civil, en l’occurrence Rashid Imrith de la Fédération des Syndicats du Secteur Public (FSSP), Narendra Gopee de la Fédération des Syndicats du Service Civil (FSSC), et Radhakrishna Sadien de la State Employees Federation (SEF), n’ont eu d’autre choix que d’oublier leur différence et de décider de se mettre autour d’une table, dès demain, pout élaborer un plan de revendications en vue de rétablir la dignité des employés du secteur public face à un rapport du PRB dévalorisant. En marge de ces consultations de demain, les dirigeants syndicaux évitent de lancer de mots d’ordre à l’emporte-pièce. Mais à l’image de Rashid Imrith, ils lancent « un appel au ministre de la Fonction publique et au gouvernement de se ressaisir et de rectifier le tir avant qu’il ne soit trop tard ».
Passant en revue le mood dans la fonction publique avec le rapport du PRB, le président de la FSSP n’hésite pas à dresser un parallèle avec l’épisode 2013. « Il ne faut pas se leurrer. Il y a un outcry devant le traitement infligé aux fonctionnaires et aux employés des corps paraétatiques », fera-t-il comprendre en rappelant que la secrétaire de la Government General Services Union (GGSU) et de la FSSP, Bhoopa Brizmohun, étudie la possibilité d’entamer une grève de la faim devant les locaux du PRB au Cathedral Square pour mieux étaler la frustration de cette catégorie de fonctionnaires, dont les intérêts ont été lésés, avec notamment un downgrading des Management Support Officers.
Hanif Peerun, président du Mauritius Labour Congress (MLC), prête sa voix à ce concert de protestations en soulignant que « c’est un rapport extrêmement décevant qu’a présenté le PRB. Un rapport qui ne rend pas justice à ceux au bas de l’échelle ». Il va jusqu’à réclamer la démission du directeur du PRB, Curpen Naick. « Direkter PRB pena lott swa ki allé après enn rapor parey », s’insurge-t-il.
L’un des premiers points litigieux et à la base du mécontentement dans le secteur public concerne le postulat du PRB au sujet de la réduction de l’écart entre les salaires de ceux au bas de l’échelle et les salaires les plus élevés. Unanimement, les syndicalistes remettent en question la déclaration du PRB à l’effet que “the pre-tax General Worker : Permanent Secretary ratio which was set at 1 : 7.5 by the EOAC (Errors and Omission) Report in 2013, now stands at 1 : 7.3. The post tax salary ratio works out to 1 : 6.9 in 2015.” “C’est de la démagogie pure et simple de la part du directeur du PRB. Les faits le prouvent”, ajoute le syndicaliste Haniff Peerun.
De son côté, Rashid Imrith se veut pédagogue pour faire la démonstration du leurre du rapport du PRB. « Avec le nouveau barème des salaires dans le rapport du PRB allant de Rs 7 800 par mois à Rs 37 375, un General Worker doit avoir 37 années de service pour atteindre le Top Salary. Quand le directeur du PRB prend le Top Salary du General Worker pour faire la comparaison avec celui du secrétaire permanent de Rs 122 000 sans compter l’Entertainment Allowance de Rs 7 500 par mois, il a voulu que les fonctionnaires prennent des vessies pour des lanternes. Pour les besoins du Salary Ratio, il aurait dû prendre le Starting Salary », s’insurge-t-il
Le président de la FSSP ajoute que « si nous adoptons la logique du rapport du PRB avec le Salary Ratio défini, le Starting Salary du General Worker aurait dû être de Rs 18 500 par mois, soit un montant nettement supérieur. Nous espérons que le directeur saura faire amende honorable car il en va de l’intelligence du fonctionnaire ». La classe syndicale dénonce unanimement cette maladresse du PRB, le président du MLC regrettant que « les recommandations salariales n’ont rien fait pour réduire l’écart entre les gros salaires et ceux de la classe moyenne ».
Appauvrissement
de la classe moyenne
Rashid Imrith appuie cette thèse en prenant à témoin les récents commentaires de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international au sujet de l’appauvrissement de plus en plus flagrant de la classe moyenne, en particulier des employés du secteur public. « Le PRB aurait dû s’appuyer sur les analyses confirmant la détérioration du niveau de vue d’une large section de la population pour apporter les mesures correctives nécessaires », dit-il. Il ne manquera pas d’attirer l’attention sur un détail, qui risque de passer inaperçu dans cette avalanche de chiffres.
« C’est malheureux de le dire. Pour les fonctionnaires avec des salaires de Rs 8 100 par mois, l’Increment annuel était de Rs 225, soit 2,77% annuellement. Avec le rapport du PRB de cette année, l’Increment passe à Rs 205, soit 2,53%, pénalisant encore ceux qui sont au bas de l’échelle et qui ont en besoin le plus », ajoute Rashid Imrith.
Néanmoins, le Career Path dans le service Civil ne fait pas l’unanimité. Il n’y a pas un syndicaliste qui n’a pas soulevé le fait incompréhensible de ce fonctionnaire qui se retirera après 40 ans de service sans avoir obtenu une promotion. « C’est inconcevable de voir un enseignant travailler pendant 40 ans sans connaître une promotion. Et aujourd’hui, que propose le PRB ? Une idée indécente de demander à des fonctionnaires approchant la soixantaine de s’inscrire à des examens pour des promotions », dénoncent en choeur Rashid Imrith et Haniff Peerun.
L’absence de consultations engagées par le PRB avec les syndicats sur des questions fondamentales comme l’introduction du Government Medical Insurance Scheme, le FlexiTime ou l’emploi à temps partiel pour les fonctionnaires âgés de plus de 50 ans est également au coeur des récriminations syndicales. « À aucun moment le directeur du NRB n’a jugé utile de consulter les syndicalistes sur ces dossiers. Prenons le cas du Government Medical Insurance Scheme. C’est un exemple flagrant de discrimination par Place of Origin à l’encontre les fonctionnaires de l’Assemblée Régionale de Rodrigues. Autant que je sache, il n’y a pas de clinique privée dans l’île. Donc, ils ne pourront pas prendre avantage de cette facilité. Ensuite, ce Medical Scheme comprend deux composantes, soit un Basic Plan avec des contributions à parité entre l’État-employeur et le fonctionnaire et un Catastrophe Plan où la contribution est totalement à la charge de l’employé du secteur public. Le PRB persiste et signe quand, pour la mise à exécution de ce plan médical, il prévoit les ministères de la Fonction publique et des Finances tout en excluant les syndicats », proteste le syndicaliste Rashid Imrith.
Le président de la FSSP met en garde contre le projet de Fast Track dans le recrutement. « C’est une proposition extrêmement dangereuse. Le scandale du recrutement de 60 médecins au ministère de la Santé par délégation des pouvoirs de la Public Service Commission est encore frais dans la mémoire collective. C’est un mauvais précédent sans oublier la pression sur les ministres eux-mêmes », dit-il.
 En conclusion, l’un des vétérans du monde syndical dans le secteur public lance un appel au ministre Alain Wong pour qu’il mette en place les passerelles en vue de trouver des solutions aux problèmes soulevés avec la publication du rapport du PRB et désamorcer une crise qui pourrait prendre de l’ampleur, même si les procédures établies prévoient un délai de trois mois pour énumérer les « Errors, Omissions and Anomalies »….