PREMIÈRE EXPLICATION APRÈS LA DÉFAITE AUX LEGISLATIVES : Navin Ramgoolam assume

Avec la cuisante défaite de l’alliance PTr-MMM aux élections du 10 décembre 2014 – où le PTr n’a réussi à faire élire que quatre députés alors que son ancien allié en compte treize – et plus particulièrement la défaite personnelle de Navin Ramgoolam, la première déclaration publique de ce dernier était très attendue. Après trois heures de discussions «franches» avec les membres de son Bureau politique qui «ont refusé sa demission à l’unanimité», l’ex-Premier ministre, redevenu plus terre à terre, assume.  La déroute de l’Alliance et de son parti. Pas seulement. Le peuple a rejeté le concept de la deuxième République et Paul Bérenger comme Premier ministre.  Et il inisiste humblement sur le caractère «over confident» de leur campagne, mal maîtrisée, et qui  a pu apparaître comme étant de l’arrogance.  Il ne minimise pas pour autant avec réalisme  le rejet de  l’usure du pouvoir , de sa personne et de sa vie privée. L’occasion pour le parti revoir ses structures, avec une refonte de son exécutif, jugé trop large, mais également, une refonte de la Constitution du Labour party. Ce qui sera chose faite, d’ici fin février, période à laquelle le PTr organisera son congrès annuel et nommera ses nouveaux dirigeants.

D’emblée Navin Ramgoolam, au terme de “ discussions très franches et une analyse en profondeur des raisons de la défaite électorale” reconnaît que les Rouges n’ont pas insisté sur le  bon bilan économique de son gouvernement et une croissance constante, l’introduction de mesures de justice sociale, la mise en place d’institutions pour veiller à ce que la prévaut la méritocratie, la création d’emplois, la modernisation des services du port et de l’aéroport,  l’introduction de nouveaux piliers économiques. “La population a préféré des bread-and-butter issues aux réalisations gouvernementales PTr”, dit-il.

Rejet de la IIe République et rejet de Bérenger comme Pm
Et à cette préférence, s’est ajouté “le rejet de la IIe République”. “Il ne fait aucun doute: cela a été une des raisons de la défaite”, dit l’ancien Premier ministre, ajoutant que “ les gens ont eu l’impression que c’était un arrangement entre Bérenger et moi. Ce qui est totalement faux”.
Autre raison de la débacle: “Notre électorat de base a rejeté l’alliance PTr/MMM et le projet d’un Bérenger en tant que Premier ministre”, dit Navin Ramgoolam. Et ce n’est pas uniquement l’électorat travailliste qui a rejeté ce projet, mais aussi l’électorat traditionnel du MMM, selon lui, citant les résultats dans les circonscriptions 1, 12, 16, 17, 18, 19 et 20.

Rejet de Ramgoolam et vie privée mise au grand jour
Le leader des rouges reconnaît également que la population a eu un sentiment de rejet à son encontre. “J’accepte ma part de responsabilité. On a voulu me salir. On a tenté de faire des attaques concernant ma vie privée, et à la lumière ce ce qui s’est passé, j’ai fait une introspection et j’ai tiré les leçons appropriées pour l’avenir”, dit-il.
Et au-delà des rejets individuels ou constitutionnels, l’usure du pouvoir, après 9 ans, a aussi contribué à la défaite du PTr, estime l’ancien Premier ministre,  concédant que “peut-être n’avons pas assez gardé contact avec notre électorat”. Ce qui aura aussi joué contre lui, accepte Navin Ramgoolam “c’est l’arrogance dont on a fait preuve avec notre prédiction de 60-0. On était trop sûrs de nous, trop confiants”. Regrettant l’absence du défunt Christian Rivalland, le leader du PTr indique que “c’est la plus mauvaise campagne de l’alliance PTr qui n’a pas su, par exemple, miser sur les réseaux sociaux. Qui plus est, outre le dysfonctionnement du comité de campagne des partis (ndlr: le PTR et le MMM), résultant d’une campagne désorganisée, le boycott des radios privées par l’alliance PTr/MMM sont d’autres raisons qui ont conduit à la chute du PTr. “
“J’assume ma part de responsabilité et je fais mon mea culpa”, devait-il dire en chef de file désormais libéré et prêt à affronter les futures combats qui se profilent dès le début de l’année prochaine. Sans oublier au passage de souhaiter que le nouveau gouvernement réussisse dans sa mission, car il y va de l’intérêt de la nation.

Renouvellement du parti
En premier lieu, la  réorganisation du parti à tous les niveaux même si le BP lui a renouvelé sa confiance, après sa proposition de démission.  Le PTr s’engage vers un renouveau,avec le congrès annuel des rouges qui se tiendra vers la fin  février. Et un comité sera institué pour revoir la Constitution du PTr, les Constituency Labour Party et procéder au renouvellement de toutes les instances du parti. Dans la même lignée, il explique que de par son ancienneté, c’est Shakeel Mohamed qui sera le chef de file PTr au Parlement.



À l’heure des questions

Quand vous dites assumer votre part de responsabilité, est-ce une façon de vous excuser auprès de votre électorat?
Ce ne sont pas nécessairement des excuses, mais je dois accepter lorsque je commets des erreurs.
 Il a aussi été question des sacrifices que le PTr a faits en n’obtenant que 30 tickets et des changements de circonscription de dernière minute. Ne sont-ce pas également une des raisons de la défaite?
Certainement, nous avons eu à gérer. Il y a eu un problème parce que nous sommes deux grands partis et qu’il y avait un équilibre à respecter.
  Vous ne vous désignez donc pas de bouc émissaire?
Non. Si quelqu’un doit assumer ses responsabilités, c’est moi.
Paul Bérenger, la semaine dernière, a, lui, déclaré que les élections ont été une sanction contre, vous. Que pensez-vous de cette déclaration?
Je ne peux répondre à sa place. Mais s’il analyse les résultats en profondeur, il verra que ce n’est pas le cas.
 Votre leadership est-il contesté?
Mon leadership n’est pas éternel. J’ai offert ma démission au Bureau politique plus tôt, mais elle a été rejetée à l’unanimité.
 Pour quelles raisons avez-vous soumis votre démission?
Parce que ce n’est pas une défaite comme celle de 2000. À cette époque, j’avais dit que c’était une défaite de l’avenir. Aujourd’hui également je pense encore que c’est une défaite de l’avenir parce que l’Alliance Lepep n’a pas eu un vote d’adhésion, mais a bénéficié d’un vote sanction contre le MMM et le Parti travailliste. Il faut le voir, ça.
 Pourquoi votre démission a-t-elle été rejetée?
Il faudra demander aux autres membres du BP.
 Pourtant il y avait une pétition en faveur de la nomination d’Arvin Boolell comme leader du PTr?
Je ne suis pas au courant de cette pétition. Arvin, pa twa ki finn ekrir sa? (Rires). Les pétitions ne veulent rien dire.
 Arvin Boolell a pourtant exprimé la volonté d’être le leader du PTr?
C’est son droit légitime. Il était d’ailleurs dans le parti avant moi. Mais il y a des procédures à suivre. Il n’y a aucun problème entre Arvin et moi.
 Quel sera votre rôle à l’avenir?
Je me concentrerai sur le renouvellement du parti. Je garderai contact avec certaines personnes et je m’assurerai surtout que les changements nécessaires soient portés au niveau du parti.
 Reviendrez-vous avec la IIe République?
Non, sa inn dehors sa!
 Et aujourd’hui, militerez-vous pour une réforme électorale?
J’ai l’impression que la réforme électorale a été mise de côté avec le nouveau gouvernement. Mais ce sera un problème parce qu’il y a ce jugement de la Cour des Droits de l’Homme. Des sanctions peuvent être prises contre nous, notamment concernant les prêts. J’ai appris que le nouveau gouvernement veut maintenir le système de Best Losers tout en introduisant une dose de proportionnelle. Le système de Best Losers se base sur un recensement. Je suis contre et Paul Bérenger a dit qu’il est contre. On verra.
 Pensez-vous que le Président de la République doit démissionner de ses fonctions?
Je ne le pense pas. La présidence n’est pas une plaisanterie. Lorsque j’avais remporté les élections en 2005, je n’avais pas demandé au Président d’alors de s’en aller. J’ai respecté son contrat, que j’ai d’ailleurs renouvelé. Il faut respecter les institutions. Après son contrat on verra.
 L’alliance PTr/MMM a-t-elle sous-estimé le poids de SAJ dans la campagne électorale?
Oui. Je l’ai d’ailleurs dit à Anerood Jugnauth le jour des résultats. Nous avons surtout été “over-confident”. Mais il faut comprendre que ce fut un vote sanction.
 S’agissant de l’enregistrement audio sur la famille de Pravind Jugnauth diffusé lors des meetings de l’alliance PTr/MMM, des dépositions ont été faites à la police. Qu’en pensez-vous?
Il faut savoir que ce n’est pas nous qui avons installé des micros dans la résidence de SAJ. Cela ne peut être fait que par ses proches. De plus, je dois dire que cet enregistrement est passé sur Facebook… J’avais demandé qu’on ne s’engage pas dans ce genre de campagne, mais on ne peut pas contrôler tout le monde. Et j’ai entendu cet enregistrement pour la première fois lors d’un meeting à Rivière du Rempart, et tout de suite j’ai dit de stopper ça.
 Qu’allez-vous faire maintenant? Resterez-vous à Maurice?
Absolument. Je partirai lorsqu’il le faudra. Auparavant, je partais en décembre pour passer la période de Noël avec mes beaux-parents. Maintenant qu’ils sont à Maurice, je n’ai pas besoin de partir.


 

Ambiance morose au Square Guy Rozemont

Au Square Guy Rozemont, vendredi après-midi, 16h, l’ambiance, par un temps nuageux et pluvieux, était morose. L’effervescence que provoque habituellement la venue de Navin Ramgoolam au quartier général des rouges, n’était pas au rendez-vous. Certes, quelques sympathisants étaient présents, et attendaient que leur leader se pointe. Mais c’était sans l’excitation habituelle.
Les membres du Bureau politique sont arrivés un par un, dans leur propre voiture, certains, eux-mêmes au volant. Le leader du PTr est lui arrivée à 16h 17, dans une mercedes, accompagné d’un garde du corps. S’il a salué les sympathisants présents, Navin Ramgoolam est vite entré dans le bâtiment. Ce n’est qu’après près de trois heures que la porte s’ouvrira. C’est Abu Kasenally qui sort en premier. “Tout korek. Tou inn bien passé”, dira-t-il aux journalistes. Il est suivi de Pradeep Peetumbur. Lui, pas un mot. Lorsque Reza Issack sort, il a un sourire, mais son expression laisse aussi entrevoir que les discussions ont été laborieuses.


L’embarras de Subash Gobine

Quelques minutes après, un employé du Square Guy Rozemont – celui là même qui a ouvert les portes et quémander “enn cigaret, personn pena enn cigaret”, fait signe aux journalistes d’entrer. “Zis zournalists. Personn d’autres pa rentré”. Une sympathisante qui a réussi à se faufiler se fait éconduire. Les employés du quartier général du PTr veillent au grain. Si bien qu’en notant la présence d’un homme assis, les bras croisés, parmi les journalistes, l’un d’entre eux lui crie de partir. “Zis zournalis inn dir missié” Interloqué, l’homme se lève, et à la question de l’employé “ou zournalis ou?”, il répond “non”. Et toujours abasourdi, il dira à l’encontre de Navin Ramgoolam, assis en face “moi qui zot pe dir allé la”. Lorsque l’ancien Premier ministre lève les yeux et voit de qui il s’agit, avec un sourire il répond: “Be zot pe dir zis zournalis.  Mo pa conné si li zournalis aster. Li pa encore mo croire. Mais laisse li. Laisse li resté”. L’homme se rassied. Il n’a même pas été reconnu. Pourtant c’était Subash Gobine, le responsable de communication au bureau de Navin Ramgoolam il ya quelques jours encore. La conférence de presse peut enfin commencer.
Après une demi-heure franc jeu avec les journalises, Navin Ramgoolam s’apprête à partir. Et dehors, la dizaine de partisans qui l’attendaient depuis 16h sont toujours là. L’un d’entre eux, celui-là même qui avait tenté de se faufiler à l’intérieur en se faisant passer pour une journaliste, écrit une note sur un morceau de papier qu’il réussit à glisser dans la main de Navin Ramgoolam. Un autre sympathisant lui crie “quand ou tombé, ou relevé, ou pli fort”. Et d’autres de rajouter “et nou pou touzour mars avec ou chef”. Sur quoi, la mine réjouie, Navin Ramgoolam, s’engouffre dans la Mercedes.