‘Women in Education’ comprend une série d’activités que vient de lancer le MIE dans le cadre de la Journée de la Femme. Le programme a pour but de sensibiliser les apprentis enseignants et le personnel du MIE au rôle des femmes dans l’enseignement. Dans l’entretien qui suit, Pritee Auckloo, Senior Lecturer au MIE et Project Coordinator de ‘Women in Education’, détaille le but de cette initiative du MIE. Selon elle, « à force de vouloir protéger les femmes, en fait, les hommes se sont protégés ».

Quel est le but du programme ‘Women in Education’ organisé par le MIE dans le contexte de la Journée de la Femme?

L’objectif est de sensibiliser les enseignants à la question des femmes dans l’éducation. Souvent, on célèbre les héros hommes alors que les femmes sont davantage présentées comme des personnes ayant besoin d’aide, qui ont besoin d’un baiser du prince charmant pour se réveiller. Nous voulons nous assurer que les enseignants du primaire d’aujourd’hui et de demain puissent encourager filles et garçons à se défaire de cette idée ancrée en nous, c’est-à-dire, que la place des femmes est à la maison.

Comment évaluez-vous la place de la femme dans la société mauricienne?

On a fait un grand progrès mais il reste du chemin à parcourir. L’autre but de ce programme est d’encourager les instituteurs à trouver une histoire, une figure qui les inspire. Nous avons des femmes qui ont été battues, victimes de violence, victimes de la guerre ou alors qu’on a découragées à aller à l’école, à opter pour une matière scientifique. Nous voulons que les enseignants connaissent des histoires exemplaires, s’en imprègnent pour les partager à leurs élèves. C’est la première fois que le MIE organise un tel programme pour sensibiliser à l’éducation.

Par ailleurs, à travers ce programme, on veut guider les femmes dans l’éducation. Il n’y a pas que le côté académique, les A+ et les distinctions qui comptent dans la vie mais c’est surtout ce qu’on devient à travers l’éducation. Il y a beaucoup de personnes qui ont reçu des connaissances mais qui ne les partagent pas.

Est-ce qu’un changement de mentalité s’est opéré ou s’opère au niveau des jeunes?

Je pense qu’il y a un changement qui se fait déjà. Je suis déjà très active avec mes enseignants ici qui sont de plain-pied dans les activités au niveau du campus. Je vois cet engouement, je vois cette envie de servir. Souvent, ils ont besoin d’une opportunité pour se rassembler autour d’une action.

Mais encore, qu’en est-il au niveau du regard envers la femme?

Je dirais que oui, il y a un changement qui s’opère à ce niveau. Déjà, nous avons parcouru un bon bout de chemin et on a beaucoup de femmes aujourd’hui qui sont en position de leadership. Au niveau des ONG, elles sont très actives. Je vois beaucoup plus de femmes s’engager et c’est un plus. Donc, oui, il y a un changement de mentalité. Les filles font d’ailleurs mieux aux examens à Maurice si on regarde les résultats du PSAC. Il y a beaucoup plus de parents aujourd’hui qui envoient leurs filles à l’étranger pour des études. Il y a moins de parents qui obligent leurs filles à se marier avant 20 ou 25 ans. Ce changement a eu lieu grâce je crois aux médias et à l’éducation gratuite qui fait qu’il y a bien plus de filles qui saisissent les opportunités. On a beaucoup de femmes fortes dans notre société.

Des efforts restent encore à faire… À quel niveau selon vous?

Effectivement, il y a du chemin encore à parcourir. Dans le domaine du handicap par exemple. Les femmes qui ont un handicap physique ou autre ont besoin qu’on les aide, surtout celles qui sont les plus vulnérables car elles ne peuvent s’imposer, ne peuvent trouver facilement un travail. Au niveau de l’éducation, on parle de féminisation de la profession. Il y a plus de femmes dans le professorat. Dans le groupe que j’ai actuellement, la moyenne d’âge est de 27 ans, avec une majorité de femmes. Au niveau du sport, on le voit, nos femmes s’imposent mais il en faudrait plus. Au niveau de la médecine, c’est pareil, il y a un effort à faire. À l’avenir, il faudrait qu’on pense aux secteurs où les femmes pourraient se lancer et non seulement les filières classiques comme la littérature, la cuisine. Ce que je trouve positif avec le système actuel, c’est que même les garçons pourront étudier ‘Home Economics’ au collège et les filles pourront faire Design.

Quelles sont pour vous ces figures féminines à Maurice qui ont contribué à la construction de la nation et au progrès du pays?

La figure féminine qui m’a marquée est Anjalay Coopen. J’ai beaucoup d’admiration pour cette dame qui n’avait pas peur, qui était enceinte et s’est fait tuer dans la lutte pour les travailleurs. Au niveau international, j’ai beaucoup de respect pour Wangari Maathai, eco-warrior of Africa. C’était une personne qui prônait le mentorship des femmes. Je voue aussi une admiration pour Emily Davison qui a eu le courage de se jeter devant les chevaux pour s’assurer que les femmes aient le droit de voter. Ce sont ce genre de femmes qui m’inspire.

Quel rôle peuvent avoir les femmes dans l’enseignement?

Tout commence par les jeux. Si on dit que le rose est réservé aux filles et le bleu aux garçons, on est déjà en train de limiter les possibilités. Toutes les femmes ont un rôle à jouer par rapport au choix du code vestimentaire etc. À force de vouloir protéger les femmes, en fait, les hommes se sont protégés eux-mêmes, en se disant que ‘ceci est pour moi, cela est pour toi’. Il y a des préjugés auxquels il faut mettre un terme. Les enseignants sont dans une situation privilégiée pour planter les graines du changement chez les élèves. C’est donc dans tout plein de petites choses comme la manière de s’habiller, les jeux auxquels peuvent s’adonner les garçons et les filles que le changement doit commencer. Ce n’est pas simple parce que cette culture est ancrée en nous. Même nous, les femmes, pouvons parfois perpétuer une certaine culture qui n’aide pas à l’émancipation de la femme. En revanche, je respecte beaucoup les mères, les grands-mères qui ont joué un grand rôle dans l’émancipation de la femme. J’apprécie aussi beaucoup les femmes qui dispensent des cours à des personnes âgées parfois de 90 ans. Elles travaillent dans l’ombre.

Êtes-vous davantage pour une femme au sommet d’une institution ou davantage pour l’égalité entre hommes et femmes?

Je pense que c’est la méritocratie qui doit primer. La question ne doit pas être s’il faut un homme ou une femme. Si la compétence est là, si la personne détient toutes les qualifications requises et a ses chances, cela peut être il ou elle. Il ne faut pas dire que cela doit être homme ou femme. C’est la personne qui le mérite. Mais, toute personne, homme ou femme, doit avoir fait ses preuves. Ainsi va la méritocratie.