Prix : le compteur s'affole !

La corbeille de la ménagère a pris l'ascenseur

Le front des prix, malgré les tentatives du gouvernement d'atténuer les effets avec des mesures cosmétiques s'apparentant davantage à de la touch and go policy, continue à faire preuve de signes d'extrême nervosité. Ainsi, à la fin du premier trimestre, le compteur des prix s'affole avec le Bureau central des statistiques, confirmant que le taux d'inflation, une taxe sur les maigres salaires des plus démunis, est passé à 7,2% d'une année à l'autre, soit l'une des plus fortes augmentations depuis celle de novembre 2008 avec 8,3%. Dans de telles éventualités, les premiers signes d'un taux d'inflation à double chiffre se pofilent à l'horizon avec la Banque de Maurice, à travers la Monetary Policy Statement, mettant en garde contre des "second-round effects" de la hausse des prix.

Mais l'indicateur qui affecte davantage les ménages reste la "tente ration" établie par les responsables de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP). Les derniers relevés des items faisant partie de la "tente ration" pour une famille de quatre personnes avec des revenus ne dépassant pas Rs 10 000 confirment une hausse de Rs 510.50 des dépenses pour les "commissions de denrées de première nécessité" de janvier à mars de cette année. Cette hausse, qui a déjà englouti la compensation salariale de Rs 175 accordée par le vice-Premier ministre et ministre des Finances, varie dans la fourchette de 15% à 20% dépendant du niveau des dépenses des familles.
Le tableau publié plus loin donne un aperçu de l'évolution des prix des denrées essentielles à différentes périodes depuis la fin de 2006 à mars dernier selon les statistiques compilées par la CTSP. Malgré les effets d'annonce de baisse de prix du ministre Showkutally Soodhun, le consommateur notera, entre autres, que durant la période susmentionnée, le prix du litre d'huile comestible est passé de Rs 28.75 à Rs 57, le kilo de lait en poudre de Rs 92 à Rs 185, le demi-kilo de poisson La Perle, qui était de Rs 35, est aujourd'hui à Rs 75, la livre de sucre a augmenté de Rs 3 à Rs 19, la boîte de conserve de thon de Rs 13.50 à Rs 38, ou encore le demi-kilo de poulet surgelé de Rs 30 à Rs 70, sans oublier que le budget minimal pour les légumes passant de Rs 125 à Rs 200 par semaine.
Commentant les prix pratiqués sur les étagères à la fin de mars, le président de la CTSP, Reaz Chuttoo, trouve que "nou finn hérite enn bidzé ki finn doublé kou de lavi". "C'est suite à dernié bidzé ki élektricité, transpor ek enn bann produits de baz finn augmenté", maintient-il. "Finn gagn enn hausse globale de Rs 552.50 et kan tir Rs 42 ki répresente total diminution prix lors sa bann produits ki minis Showkutally Soodhun finn dir là, li fer ou enn augmentation totale de Rs 510.50 ki finn gagné lor enn panier de produits de baz pou enn fami de 4 personnes. En 3 mois, travayer finn bizin trouv Rs 510.50, soit 20% anplis par mois pou li kapav sirviv", devait-il faire ressortir en réclamant un meilleur contrôle des prix en vigueur.
Mais il n'y a pas que la "tente ration" de la CTSP qui provoque la nervosité et la colère. Les dernières statistiques officielles confirment que l'inflation est irrémédiablement à la hausse avec un taux de 7,2% à la fin de mars comparativement à l'année dernière, contre 6,8% le mois précédent et 6,4% en janvier dernier.
Dans les milieux autorisés du secteur privé, l'on n'hésite pas à avancer que la tendance est davantage vers un taux d'inflation à double chiffre, soit autour de 10% d'ici à juin prochain. Ils soutiennent que Maurice, qui est un net food importer, dispose d'une très faible marge de manœuvre pour lutter contre l'inflation avec les prix alimentaires à la hausse sur le plan international. Cette poussée inflationniste est venue prendre au dépourvu même ceux qui étaient sur leurs gardes contre le retour en force de l'inflation.
Les dernières délibérations du Monetary Policy Committee, qui a rajusté à la hausse de 50 points le Repo Rate, ont été dominées par le phénomène de l'inflation à Maurice. "The Monetary Policy Committee took note of the latest price developments and discussed the inflation outlook (...) The MPC's preferred year-in-year measure of inflation had surged from 3.9 per cent in November 2010 (présentation du budget 2011) to 6.1 per cent in December 2010 and further to 6.8 per cent in February 2011", souligne la Banque de Maurice, qui poursuit que "the increase in CORE2, in particular, which strips the CPI basket of food, beverages, tobacco, mortgage interest, energy prices as well as administered prices, signals that second-round effects were developing." "The course of domestic inflation in the near term was likely to be conditioned by international commodity prices, inflation in supplier countries, the extent of pass-through of import prices to consumer prices and exchange rate developments".
Dans ses prévisions pour cette année, qui était intervenue avant la publication des dernières données du Bureau central des statistiques, la Banque de Maurice se veut moins pessimiste que le secteur privé. "On a no-policy change basis, the Bank forecast year-on-year inflation to reach 7.8 per cent by June 2011 and 7. 0 per cent by December 2011 while headline inflation could exceed 5 per cent by June 2011 and around 8 per cent by December 2011", a conclu la banque centrale qui préconise une "co-ordination of monetary and fiscal measures to help in better containing inflationary pressures".
Mais tout compte fait, les spécialistes de l'économie affirment que les trois prochains mois seront déterminants sur le front des prix en vue de tenter d'endiguer la montée de l'inflation