Un groupe habitants de la Cité EDC (ex-CHA) à Trou-aux-Biches essaie ces jours-ci de faire entendre ses protestations, non pas contre un projet de morcellement actuellement en cours dans la région, mais sur le comblement d’une partie du site, sur environ deux arpents, qui serait, selon eux, « marécageux ». Voyant le terrain appartenant à la famille Jhuboo défriché par des bulldozers, ils n’ont pas tardé à réagir et à adresser une lettre au Premier ministre, Navin Ramgoolam.  « Nous sommes ses mandants. Nous avons envoyé (la lettre) au Parlement, et il est notre représentant avant même d’être le Premier ministre », déclare leur porte-parole. Un des responsables du projet se défend pourtant, affirmant que les arguments soulevés par les pétitionnaires ne sont pas exacts.
Dans cette pétition envoyée récemment à Navin Ramgoolam, ces habitants de Trou-aux-Biches expriment leurs appréhensions et se posent plusieurs questions, notamment sur le fait de savoir si une étude du sol a été faite, si le promoteur détient une EIA Licence, et s’il a prévu de conserver 2% d’espaces verts et des « aménités sociales », selon les réglementations en vigueur.
Leurs principales appréhensions, explique Jacky Alexandre, le porte-parole de ces habitants – pour la plupart des pêcheurs – ont commencé quand ils ont constaté que la famille Jhuboo, décrite comme « des promoteurs immobiliers et grands propriétaires », a mis en chantier un projet de morcellement résidentiel sur le dernier lot d’un site ayant commencé à être exploité il y a quelques années.
« Ce terrain de dix arpents est situé en face de nos maisons. Or, une partie d’environ deux arpents est marécageuse », explique Jacky Alexandre. Pour soutenir ses dires, il mentionne la découverte d’un puits, à la grande surprise des ouvriers, faite au cours de la construction des maisons de la National Housing Development Corporation (NHDC), à proximité du terrain de la controverse.
Selon lui, cette zone est fréquemment touchée par des inondations. « En période de fortes pluies, ce site est recouvert d’eau, jusqu’à parfois quatre à cinq mètres. Nous sommes des pêcheurs et nous connaissons tous l’importance des marécages et des zones humides dans la protection des écosystèmes et la prévention des inondations. D’ailleurs, les autorités ne manquent jamais de nous le rappeler pendant nos formations », soutient-il.
Pour notre interlocuteur, il est indéniable qu’une fois le comblement terminé, toute l’eau du marécage, en cas de fortes pluies, affluera vers leurs maisons pour gagner la côte. « Nous serons inévitablement submergés », affirme-t-il.
Autre sujet qui préoccupe ce groupe d’habitants : l’aménagement d’une route qui traversera le marécage, une fois celui-ci comblé, pour aboutir directement sur la rue Hibiscus, devant leurs domiciles.
« Cette nouvelle route de 30 pieds sera reliée à la route qui traverse notre village pour gagner la route côtière. Ce qui veut dire que, d’un coup, toute la circulation va passer par notre ruelle. Ce qui constituera un danger certain pour nous tous », ajoute Jacky Alexandre. « Depi plis ki 60 ans, nou dan nou trankilite ek nou viv en sekirite. Nou finn aksepte tou developma, nou finn res trankil. Me la enn kout, zot pe kas nou trankilite ek zot pe met nou la vi ek la vi nou zanfan en danze. Li inakseptab », poursuit-il.
Contacté par téléphone vendredi après-midi, Kian Jhuboo, un des promoteurs du projet, dément tous les arguments soulevés par Jacky Alexandre, et ne cache pas sa surprise quant aux « propos non fondés » tenus dans la presse. Il indique, en premier lieu, que le site n’a jamais été déclaré « marécageux », soutenant que pendant un temps on y cultivait même la canne à sucre. « Je peux comprendre que tout projet de développement peut inspirer des craintes. Mais connaissant bien la famille Alexandre, ils auraient très bien pu prendre contact avec moi. Je suis disposé à les écouter, plutôt que de les voir se tourner vers la presse avant de s’être bien informé », déclare-t-il.
Kian Jhuboo dit également ne pas savoir sur quel plan ces habitants auraient vu qu’une route serait construite pour déboucher sur leur quartier. Il tient également à dire que des études de sol ont été faites par des experts, et qu’à aucun moment, les résultats n’ont démontré qu’une partie du site puisse être marécageuse. « Nous n’aurions jamais eu de permis auprès du Morcellement Board, qui se charge d’obtenir le feu vert de toutes les autorités concernées avant d’octroyer un permis de morcellement », soutient-il.
Jouant la carte de la transparence, Kian Jhuboo invite les habitants mécontents à prendre contact avec lui, et se dit même prêt à montrer les plans des travaux si cela permettra de les rassurer.