PROSTITUTION: Sur le divan des masseuses

Les salons de massage ont été sur la sellette ces dernières semaines. Plusieurs descentes policières ont surpris masseuses et clients dans des positions délicates. Cette autre forme de prostitution s’est bel et bien installée dans le paysage mauricien. Deux “masseuses de salon” et “deux masseuses à domicile” nous en parlent. “Ça se fait depuis toujours. C’est un acte tout à fait normal. Un massage consiste à relaxer les gens. Pour moi, faire une fellation ou une masturbation à un client fait partie du massage”, lance d’emblée Yashni, masseuse dans un salon à Beau Bassin. Coquette, maquillée et élégamment vêtue, elle se présente avec aisance et une étonnante familiarité. Les ongles des mains et des pieds bien vernis, on ne lui donnerait pas ses 45 ans.

Sa collègue Drishtee est plus réservée. Souriant pour cacher sa nervosité, elle est aussi bien maquillée et habillée que Yashni. Cette dernière est masseuse depuis une bonne dizaine d’années. Elle en parle avec la plus grande simplicité, sans aucune réserve, contrairement à Drishtee. 

Satisfait.

Yashni nous explique que plusieurs types de massage sont disponibles dans son salon et que tous ont un point commun : une expérience sexuelle. “Ça peut être une fellation, une masturbation ou une passe, mais le client repart toujours satisfait”, dit-elle sans détour. “Pa vre sa Drishtee ?”, lance-t-elle de manière complice à sa collègue, provoquant un sourire timide chez cette dernière. Yashni précise que le client a le choix entre un massage classique ou un massage aux huiles essentielles et à différents types d’arômes. “Aster-la si kliyan-la pa le fer tousala, nou fer zafer-la direk.”

Le massage ou la partie de jambe en l’air sont effectués sur une table spéciale. Les masseuses précisent que le tarif est de Rs 400 pour le massage, auxquelles il faut ajouter Rs 100 pour une masturbation, Rs 200 pour une fellation et Rs 400 pour une passe.  

Extras”.

Yashni nous confie que les “extras” pratiqués dans les salons de massage sont notoires dans le milieu. Avant de se lancer dans le métier, elle-même le savait. Elle souligne qu’elle n’avait aucune appréhension à ce sujet, croyant que c’était une pratique tout à fait légale. “À aucun moment, je n’ai imaginé que c’était illégal. Je pensais que cela pouvait se faire sans entraîner des problèmes avec les policiers. Heureusement que je n’ai pas encore eu ce genre de soucis.” Yashni ajoute qu’“il est très rare que quelqu’un vienne se faire masser sans solliciter les extras”.

Apport financier.

Drishtee, 33 ans, s’est initiée aux “extras” suite aux sollicitations de sa collègue. Bien que réticente au début, elle a fini par se laisser tenter lorsqu’elle a compris l’apport financier que cela représentait. “Je suis mère de famille, j’ai trois enfants à ma charge. Avec nos salaires, mon mari et moi, nous arrivons tout juste à subvenir à leurs besoins.”

Au début, elle culpabilisait par rapport à son mari et ses enfants, mais au fil du temps, elle a fini par ne plus ressentir ce sentiment. Drishtee confie qu’elle ne pratique que la masturbation et la fellation avec ses clients. Elle finit par nous avouer que son mari est au courant. “Pou mo mari, se pa grav, tan ki mo pa dormi.” 

Complicité.

D’autres masseuses, comme Céline et Irina, ont choisi de pratiquer leur métier hors des salons. Comme elles n’ont pas accepté d’interview, nous avons dû nous faire passer pour des clients pour leur extirper des informations par téléphone.

Très méfiante au début, Céline, habitante du Nord, nous propose des massages ayurvédiques et vante les différentes mixtures d’huile et d’ingrédients qu’elle utilise. Il nous a fallu insister pour qu’elle finisse par nous parler des “extras”. “Ou vini mo fer ou masaz. Si ou santi ou a lez e ki ou anvi inpe plis, li gratwi sa.” Mais elle nous fait comprendre que ce supplément est réservé aux clients habituels. “Il faut que je me sente à l’aise avec la personne. La première fois, c’est un peu difficile d’atteindre ce degré de complicité.”

Deux ou quatre mains.

Pour sa part, Irina, âgée de 22 ans, nous dit que le service comprend à la fois le massage du corps et les “extras”, mais qu’elle propose aussi ses charmes sans aucun massage. “Mo res Flic en Flac, mo pou vinn zwenn ou kot Spar si ou vini. Ou pou bizin pran enn bin kan ou vini selma. Apre amenn enn kapot.” Elle nous proposera également un massage à “4 mains”. Irina précise que le massage est pratiqué par deux filles et que le tarif est doublé. “Si ou le, kapav gagn plis lame ousi. Nou a 5 an tou. Fode ou fini dir avan selma, lerla mo ava dir zot vinn kot mwa.”