D’une part, des gosses qui se marient avec le consentement, pire, la complicité, de certains adultes, et de l’autre, un Premier ministre qui n’a trouvé rien de mieux que de… brader notre nationalité. Elle est bien belle, notre île Maurice de 2018 !

Tandis que chaque Mauricien se bat durement pour garder la tête hors de l’eau, en ces temps de récession économique internationale, où l’emploi est rare, où l’on doit trimer pour gagner suffisamment de sous pour nourrir ses gosses, les habiller décemment, subvenir à leur éducation, entre autres, voilà que Pravind Jugnauth a préconisé, dans son exercice budgétaire du 14 juin, ni plus ni moins que de… vendre notre citoyenneté. Entre autres mesures présentées, parions que celle-là va certainement faire date ! Et pas pour les meilleures raisons, on peut en être certains.

Moyennant donc un million de dollars américains, ceux qui en ont les moyens pourront s’adjuger notre passeport et le droit de venir vivre chez nous. Sans vouloir froisser notre mythique hospitalité qui confère à Maurice son cachet de « Île Paradis », et loin d’être xénophobe, il est clair qu’une telle démarche n’attirera pas que les revenus escomptés ! Ce petit caillou au milieu de l’océan Indien a-t-il donc autant besoin d’argent que son Premier ministre n’a rien trouvé de mieux que de le morceler et le vendre aux milliardaires du jour ?

Ce serait donc ça, sa formule magique ? Il y a tout le revers de la médaille que Pravind Jugnauth pensait pouvoir gommer… Mais heureusement que l’on peut compter sur quelques Mauriciens bien réfléchis qui ont à cœur l’avenir de leurs gosses !
Sur ce plan, Lalit, qui avait été le premier à réagir sur la question, jeudi dernier, a totalement raison.

En taxant Pravind Jugnauth, ce Premier ministre non-élu qui a accédé au poste suprême du pouvoir via une cérémonie de passation de pouvoir entre père et fils, de vouloir hypothéquer notre pays, le parti politique émet des craintes réelles et justifiées : il y a risque de perdre notre terre, dans cette entreprise ! Le mot « colonisation » revêt ici une tout autre importance quand on sait comment les nouveaux milliardaires s’approprient les meilleurs terrains un peu partout dans le monde et en font leurs palais, le plus souvent au détriment de la faune et de la flore locales, sans oublier les droits des résidents. Les médias internationaux en parlent suffisamment souvent.

Assez pour que nous ne tombions pas dans le même panneau et qu’on évite de se retrouver, un beau jour, étranger dans notre propre pays. Et déjà au train où nos plages se réduisent comme une peau de chagrin, au nom d’un certain développement économique, doit-on aussi risquer de perdre le peu qui reste aux citoyens ? Quel héritage ce gouvernement veut-il laisser ? Le souvenir d’une île où il faisait bon vivre et où, un jour, un Premier ministre a tout claqué ?

L’autre élément qui a réveillé brutalement les Mauriciens concerne cette fillette de 13 ans, enceinte de 4 mois. Plus que choquante, révoltante et qui donne carrément le vertige, cette triste mort est venue nous rappeler une pratique des plus douloureuses, hors du temps. Que l’on a cru inexistante parce que tue sournoisement. Maintenue dans le plus grand secret avec la complicité de quelques adultes plus occupés à être des « bien pensants » que de se préoccuper d’une vie humaine !

Au banc des accusés dans cette affaire, il y a foule. Et cette affaire est également révélatrice d’un mal très profondément ancré dans notre petite société aux influences denses. Quiconque regarde la télé voit au quotidien défiler des campagnes destinées à protéger nos enfants, les éléments les plus vulnérables d’une société, des exploitations diverses : le travail, le sexe, la guerre… Dans diverses parties du monde, des fillettes sont « mariées » alors qu’elles-mêmes ne sont encore que des gosses. Imaginez qu’à 18 ans, ces bouts de femme sont des mères de famille, leurs corps portant des traces indélébiles de différentes grossesses. Est-ce naturel ? Approprié ? Doit-il être accepté ?

Légiférer est très important, car il s’agit d’aider à sécuriser ces gosses. Mais une bonne partie de la réponse concerne aussi la révision de la mentalité. Parce qu’une gosse qui menace de se suicider si ses parents ne lui passent pas ses moindres caprices, dans une société où on a « oublié » d’être sévère et où on se contente de « faire plaisir », cela engendre des coûts souvent inestimables. Aussi, « aimer » ne doit pas rimer avec « toutes les libertés »… Autrement, on perd parfois ceux qu’on pense « aimer ».