Le leader du PTr, Navin Ramgoolam, s’est repositionné sur l’orbite politique hier après-midi en faisant un retour surprise à la réunion de l’exécutif du parti au square Guy Rozemont. « J’ai décidé de revenir par passion pour mon pays, pour mon parti. L’unité de mon parti est importante. Je ne peux pas permettre qu’on fasse le jeu de Jugnauth consistant à “finir” le PTr », a-t-il lancé lors d’un point de presse. La réunion d’hier a été marquée par le walk-out d’Arvin Boolell « au nom de la dignité ». Il a du coup abandonné sa fonction de porte-parole et a décidé de prendre un peu de recul.
Si la présence de Navin Ramgoolam à la réunion de l’exécutif d’hier a pris par surprise beaucoup de dirigeants de ce parti, dont Arvin Boolell et Shakeel Mohamed, elle était à l’évidence connue d’un petit groupe, ayant bien préparé son coup. Plusieurs agents connus du PTr à Triolet étaient présents dans les environs du bureau du parti. L’arrivée d’Arvin Boolell a été accueillie par un petit groupe hostile, entré dans la salle en scandant des slogans à l’encontre de l’ancien porte-parole et proférant des insultes et des menaces à son encontre. Arvin Boolell a de fait demandé, à un certain moment, au président du PTr, Patrick Assirvaden, de faire appel à la police pour mettre de l’ordre, mais ce dernier aura refusé. À la surprise quasi générale, le leader du PTr a ainsi fait son entrée à 16 h 30. Aussitôt celui-ci arrivé, Arvin Boolell a préféré partir, estimant qu’il aurait dû être informé que Navin Ramgoolam serait présent. « Cela avait l’apparence d’un coup prémédité et bien monté », devait-il confier par la suite. À sa sortie, il devait avoir maille à partir avec un petit groupe d’activistes scandant des slogans pro-Ramgoolam et anti-Boolell. Ce dernier leur a cependant tenu tête en leur lançant : « Mette bien dan zot la tete, narien pas pour fer mwa per. » Il devait toutefois déplorer la présence de bouncers devant la porte du PTr.
Après une réunion de près de deux heures, Navin Ramgoolam s’est adressé à la presse en présence des membres du bureau politique de son parti. « J’avais pris congé des activités politiques, ce qui ne veut pas dire que je ne suis plus leader du parti », devait-il expliquer d’entrée. Il rappelle avoir organisé une première réunion du bureau politique le 19 décembre pour passer en revue la défaite électorale. « J’ai accepté mes erreurs. J’ai assumé mes responsabilités et j’avais soumis ma lettre démission ce même jour. Mais ma demande a été rejetée à l’unanimité. » À la deuxième réunion du bureau politique, en janvier, l’organisation d’un congrès du PTr avait été évoquée. « J’avais souhaité organiser notre congrès annuel le plus vite possible parce qu’il fallait faire un renouvellement des instances. Une date avait été proposée. Cependant, certains avaient demandé un peu plus de temps. » Et de rappeler que le PTr n’en était pas à sa première défaite électorale. « En 1982, le PTr avait perdu les élections. Même SSR n’avait pas été élu. Cependant, il était resté leader et Marie France Roussety avait été nommée leader du groupe parlementaire. C’est pourquoi la nomination de Shakeel Mohamed comme leader du groupe parlementaire n’a rien de nouveau. C’est lui qui a le plus d’expérience », a-t-il lancé.
Navin Ramgoolam a dit avoir voulu prendre congé des activités politiques « en raison des affaires » et du fait qu’il lui fallait se défendre. « J’ai souhaité qu’il y ait une direction collégiale avec Arvin Boolell comme porte-parole et Shakeel Mohamed comme leader du groupe parlementaire. » Selon Navin Ramgoolam, ses avocats avaient souhaité qu’il ne prenne pas la parole. Et d’affirmer ne pas accepter de « vendetta politique ».
« Certains sont devenus agents de police et ont fini de me juger et de me condamner avant même que l’affaire ne passe en cour. Si j’avais fait quelque chose qu’il ne fallait pas, je serais resté tranquille. Or jamais, dans ma vie, je n’ai pris une commission ou un “bribe” de quelqu’un. Tous les partis politiques ont une contribution financière. De plus, je ne peux pas permettre des attaques contre ma réputation. On dirait que je dois me cacher », a-t-il poursuivi. « Après avoir discuté avec mon épouse Veena, j’avais pris la décision de passer le leadership à quelqu’un d’autre, car il y a une vie après la politique. ». Concernant la « vendetta politique » dont il dit faire l’objet, il estime que « kouma ene fini, lote koumanse ». Le dernier cas en date, selon lui, concerne la signature d’un document de non-citizen property. « J’apprends que je serais arrêté à nouveau. » Il estime cependant n’avoir « rien commis d’illégal » avant de demander au ministre Roshi Bhadain « d’aller lire la loi ». Ainsi, pour lui, « aujourd’hui, ce n’est pas sir Anerood Jugnauth qui est Premier ministre, c’est Roshi Badhain ».
Poursuivant, Navin Ramgoolam a admis « ne pas être un saint ». Il explique : « J’accepte mes erreurs. J’ai fait confiance à des gens qui ne le méritaient pas. » Invité à préciser sa pensée, il devait citer les noms d’Iqbal Mallam-Hassam et Mahen Gowressoo. « Nandanee Soornack était-elle également une erreur ? », lui a demandé un membre de la presse. « Oui ! », a-t-il simplement répondu sous les applaudissements des agents présents, avant d’affirmer que le retour au pays de cette dernière relève toutefois de la police.
Navin Ramgoolam a rejeté énergiquement l’idée qu’il aurait pu être responsable de la mort d’Anand Kumar Ramdhony en prison, rappelant qu’il y a eu une enquête judiciaire et une enquête de la Commission des droits de l’homme à ce sujet ainsi qu’un rapport du Dr Gungadeen. Selon lui, une enquête a été ouverte sans qu’il y ait de plainte, tout en observant que le principal témoin dans cette affaire « est celui qui a accepté avoir menti » dans un affidavit.
« J’ai décidé de ne pas faire ce qu’ils veulent que je fasse. Je ne ferai pas le jeu de Jugnauth », a-t-il dit. Il a rappelé à cette occasion que sir Anerood Jugnauth a, lors de son meeting du 1er mai, estimé que « Navin Ramgoolam doit partir et laisser la place à Arvin Boolell », faisant l’ancien Premier ministre se demander : « Est-ce le MSM qui doit choisir le leader du PTr ? » Et de féliciter dans le même souffle le président du Bar Council, Me Antoine Domingue, d’avoir affirmé que le pays s’acheminait « vers une dictature ».
Concernant l’affaire BAI, Navin Ramgoolam a estimé n’avoir pas à défendre Dawood Rawat. « C’est mon gouvernement qui a voté la loi limitant à 10 % les investissements dans des related companies en 2007. Dawood Rawat avait objecté, mais je lui ai fait comprendre que les intérêts du pays passent avant les intérêts personnels », a expliqué l’ex-Premier ministre. Selon lui, l’affaire BAI « est une manigance », ajoutant qu’il n’y a pas eu dans ce cas de Ponzi Scheme.
Il a finalement affirmé avoir décidé d’interrompre son congé politique « par passion pour mon pays et pour mon parti ». Il poursuit : « Je ne permettrai pas qu’on fasse le jeu du MSM consistant à “finir” le PTr. » Ce faisant, il a annoncé que son parti sera représenté dans tous les Wards des cinq villes lors des prochaines municipales. Quant à la liste de candidats, elle sera prête bientôt, dit-il. Il a de plus annoncé que le congrès annuel du PTr aura lieu le 20 septembre et que, bien que son mandat de leader dure jusqu’en 2017, il compte bien remettre son leadership sur la table.
Interrogé par la presse, il a affirmé avoir mis fin à son congé « par obligation ». Il estime en effet qu’il est n‘est « pas juste » de dire que de pleins pouvoirs avaient été accordés à Arvin Boolell pour dresser la liste des candidats. Le pouvoir avait, selon lui, été donné à la direction collégiale, terminant qu’en tant que leader, il aurait donc eu un droit de regard.