Réunis sous la bannière de LM Pineapple and Allied Growers Co. Ltd, une quinzaine de
planteurs de fruits et de légumes ont décidé, une décennie plus tard, de se lancer dans l’exportation d’ananas et de gingembre. « Nous allons cultiver des ananas et du gingembre à des fins d’exportation car nous estimons que ce secteur est porteur d’avenir », déclare Kishan Fangooah, secrétaire de cette société coopérative, dont les membres cultivent
actuellement, dans la région de Montagne-Longue, des fruits et des légumes sur une superficie de 30 à 40 arpents. Leur participation en 2018 à la foire Fruit Logistica, de Berlin, devrait être déterminante pour leur avenir.

Créer une société coopérative et cultiver pour le marché local est facile, mais cultiver et
exporter, en même temps, des fruits et légumes, est une autre paire de manches. La quinzaine de planteurs, membres de la LM Pineapple and Allied Growers Co. Ltd, l’ont appris à leurs dépens au vu de deux contraintes majeures affectant le secteur d’exportation que sont le coût du fret et l’accès au marché étranger. Il existe, certes, un Freight Rebate
Scheme, mis en place par le gouvernement pour soutenir, à hauteur de 25 %, planteurs
et exportateurs qui vendent des fruits et des légumes. Pour trouver des marchés, il faut
se déplacer en Europe. Ce qui n’est pas évident pour des planteurs qui ne savent que
cultiver.

Alliance stratégique

L’exportation étant un « gros problème » pour ses membres, Kishan Fangooah a alors une idée : ses planteurs continueront à cultiver leurs légumes et fruits, et lui, il trouvera une entreprise qui se chargera de l’exportation. « J’ai cherché des exportateurs qui seraient intéressés à adopter ma démarche et je suis tombé sur un ancien exportateur
qui avait cessé d’opérer. Suite à ma requête, il est retourné dans le secteur vers 2007. Il
nous a beaucoup aidés sur le plan technique et à mettre en place une structure. Nous cultivions des ananas et lui, il se chargeait de l’exportation sous le nom de Pam Exports.

Nous lui avons remis tous les équipements que nous avait offerts la Commission européenne et il les a installés dans l’ancienne usine sucrière de The Mount,
d’où il exportait nos produits vers le marché européen », indique Kishan Fangooah. Des
400 tonnes d’ananas que ces planteurs cultivaient annuellement, environ 250 étaient
exportées. Cette alliance durera quelques années jusqu’à l’arrivée, après 2010, de la crise
financière en Europe qui a fait grimper le coût de l’exportation. Pam Exports a dû cesser ses activités d’exportation et les coopérateurs de Montagne-Longue se sont retrouvés seuls, alors que la production d’ananas était en hausse avec l’entrée de nouveaux planteurs dans d’autres régions, et ce, suite à la chute de la canne à sucre. Aujourd’hui, seulement aux Mariannes et à Montagne-Longue mais aussi à Triolet, Solitude, Morcellement
St-André et ailleurs. « Ainsi, on a plein de productions, ce qui est de bon augure pour l’exportation », fait ressortir Kishan Fangooah, qui ajoute : « Nous avons pu trouver trois autres exportateurs pour nos ananas qui comprenaient les deux tiers de notre production.
Le reste s’est écoulé sur le marché local par le biais de distributeurs locaux. »

Expansion

Les activités de cette société coopérative, selon son secrétaire, « marchent
très bien ». Elles s’agrandissent car, grâce à l’image de bons producteurs que
ses membres ont créée, ils reçoivent pas mal d’offres de la part de certains établissements
qui veulent leur louer des terres, anciennement sous culture de la canne à
sucre, pour cultiver l’ananas. « Nos planteurs souhaitent aller cultiver hors de leur région. Cette activité devient rentable pour eux. Plus ils feront du volume, plus leurs coûts de production baisseront », souligne Kishan Fangoooah. Cependant, plus l’entreprise
s’agrandit, plus il devient difficile de contrôler la qualité des produits. C’est ainsi que ces planteurs sont ravis d’être choisis par Entreprise Mauritius pour participer
à la certifi cation GLOBAL GAP.

« Cette institution a estimé que cette société coopérative
est un candidat potentiel à cette certifi cation. » Enterprise Mauritius leur a aussi offert une formation pour devenir “export-ready”. « Nous avons aussi appris que nous avons été choisis pour participer dans la Fruit Logistica Berlin, en Allemagne, en février 2018. Cette foire, où viennent des acheteurs du monde, représente pour nous un nouveau pas en avant
dans l’exportation. Les acheteurs verront nos produits, particulièrement nos ananas,
mais aussi notre gingembre que nous produisons beaucoup, mais que nous n’exportons
pas. Nous voulons d’ailleurs en exporter », dit-il. Pour ce faire, Kishan Fangooah
compte créer deux départements au sein de sa société coopérative — un pour s’occuper de la production de fruits et de légumes et un autre pour l’exportation.

Il est conscient, dit-il, que la main-d’oeuvre lui fait défaut. Il devra en recruter, « mais, où ? » « Cela devient un problème. Heureusement que nos membres sont aussi des producteurs. Donc, nous disposons actuellement d’une vingtaine de paires de bras,
mais nous allons en avoir besoin davantage avec notre idée d’agrandissement. Plus
on réfléchit, plus on trouve difficile la main-d’oeuvre », dit-il. La société aura aussi
besoin d’une “pack-house”, si elle veut exporter ses produits.