À quand une Simone Veil mauricienne ?

Simone Veil est décédée il y a quelques semaines et il fut ahurissant de constater sa photo à la une de tous les journaux et magazines de même que la teneur des articles relatant sa vie exceptionnelle et la grande Dame qu’elle fût. Elle sera même enterrée au Panthéon, là où sont ensevelis les grands personnages de France. Née à Nice d’une famille bourgeoise, mais juive, Simone Veil n’était pas faite pour les années 30’, car l’antisémitisme prévalait. Vivant cachée, toute la famille sera finalement emprisonnée par les Allemands en 1944.
Son père et son frère disparurent à jamais dans ces maudits trains de la mort partant pour l’inconnu. Tandis que sa mère, sa sœur et elle-même furent envoyées vers le camp de concentration d’Auschwitz. Sa mère mourut subséquemment du typhus, mais sa sœur, Milou, et elle-même survécurent à l’horreur.  Pour pas longtemps, car sa sœur est morte d’un accident de voiture en 1952. Simone reprenait alors ses études de droit, devenant magistrate puis politicienne. Un de ses grands moments fut d’être la ministre de la Santé du président Giscard d’Estaing pour amener à l’Assemblée nationale le projet de loi sur la dépénalisation de l’avortement. Ce fut une lutte éprouvante où elle fut attaquée et insultée de toutes parts. Sa loi fut votée avec l’aide du parti socialiste alors dans l’opposition. Une grande avancée dans la lutte des femmes au niveau international. Elle siègera après au Conseil constitutionnel de la République et fut élue Première présidente du Parlement européen – un grand honneur pour cette Européenne convaincue. Elle devait aussi être élue à L’Académie française. Toute personne élue à L’Académie française porte une épée d’apparat. Simone Veil avait fait graver sur la sienne son numéro de détenu tatoué à jamais par les SS sur son bras gauche.
Elle s’est éteinte récemment après quelques années de maladie. Je me pose la question suivante : si Maurice se cherchait sa propre Simone Veil, trouverions-nous une candidate à la hauteur ? Une dame ayant survécu aux horreurs de la guerre, de la vie et qui a surmonté toute cette haine. Un modèle d’intégrité, d’honnêteté intellectuelle, ne cédant jamais à la bassesse ou à l’insulte. Bref, une espèce féminine ou masculine rare chez nous.
Qui serait notre Simone Veil à nous Mauriciens? Je n’en vois pas pour le moment et préfèrerais ne pas me livrer à des exercices de comparaison. Nous avons bien sûr des femmes courageuses, des femmes d’exception, des mères de famille exemplaires qui existent et travaillent dans l’ombre, mais je parle ici de personnage public et de leader. De ces personnes qui font bouger les générations, j’espère que les années à venir nous en dévoileront quelques-unes.