F.J/Khan

En tant que petit Etat insulaire, notre environnement terrestre, côtier et marin est extrêmement sensible et est sujet à une dégradation rapide si on ne prend pas garde. Tout projet de développement doit impérativement considérer non seulement l’aspect économique mais aussi les dimensions sociales, environnementales et écologiques. C’est justement pour cela qu’on a prévu une Tourism Authority et une Environmental Impact Assesment Act pour des projets d’envergure, ainsi qu’un National Development Strategy Plan et un Environment and Land Use Appeal Tribunal, sous la tutelle du ministère du Tourisme et celui de l’Environnement.

Or, ces dernières années, il semblerait que les autorités, pour des raisons obscures, ont oublié (volontairement ?) les dimensions sociales et environnementales de plusieurs gros projets malgré les dénonciations de plusieurs forces vives du pays. Il y a certainement une absence de politique et de vision à long terme par rapport à l’aménagement du territoire et au développement du tourisme.

Sous prétexte qu’on soutient la croissance économique et la création d’emplois et qu’on fait entrer des devises étrangères, on ferme les yeux sur les dégâts irréversibles causés à notre environnement sur le plan de la biodiversité et de l’écologie, ainsi que sur les méfaits de tels projets sur les couches vulnérables de notre société, telles que les pêcheurs, les planteurs et autres éleveurs.  Et dire que tout cela se fait avec la complicité des différents conseils de district !  Notre territoire intérieur, nos zones côtières, mem nou la mer sont victimes d’un développement foncier excessif et sauvage.

Prenons comme exemple des projets d’hôtel dans le sud: le cachet naturel de certains lieux est en train d’être massacré malgré un National Development Strategy Plan, qui indique qu’il faut protéger l’environnement naturel de la zone côtière du Sud, s’étendant de Blue-Bay à Baie-du-Cap. Il y a aussi les projets, comme la Vallée de Ferney, l’îlot Gabriel, le Jardin de Pamplemousses, la construction d’une promenade en béton à Gris-Gris, le projet immobilier à proximité de la plage de Bain-des-Rosnay, le massacre à la tronçonneuse des grands arbres de la Promenade Roland Armand à Vandermeersch (Metro Express oblige !) ainsi que les nouveaux projets de développement aux Salines de  Rivière-Noire.

Pourtant, il y a un ministère de l’Environnement dont le rôle est justement  de veiller à ce que ces projets se fassent d’une façon soutenable avec un minimum de dégât à notre patrimoine foncier. Au lieu de cela, c’est exactement le contraire qui se fait. Ce sont les Ong avec des militant(es) écologiques, comme Georges Ah Yan (Forum des Citoyens Libres), Yan Hookoomsing  (Aret Kokin Nou Laplaz), Adi Teelock (Collectif 270 Lavwa) et Selven  Govinden de FreeArt, qui doivent batailler sans relâche contre vents et marées à coups de rassemblements, de démonstrations publiques et aussi sur le plan juridique pour faire respecter les lois et stopper certains travaux. Très souvent, au vu de ce qui se passe, c’est pot-de-terre contre pot-de-fer.  Même les lois sont habilement contournées pour que  ilegal vinn legal ! On se demande alors à quoi servent ces ministères qui violeraient les lois qu’ils ont eux-mêmes proposées, des lois qui ont été approuvées au Parlement! C’est peut-être cela qui a contraint le Professeur Joël de Rosnay à prendre ses distances du projet trompeur « Maurice, Ile durable ».

Le pillage du patrimoine foncier se fait au profit d’un petit groupe de richissimes spéculateurs du privé au détriment de la grande majorité des citoyens. Ce pillage est cautionné par certaines têtes au plus haut niveau de l’Etat ainsi que par des institutions qui, ironiquement, ont pour tâche de protéger notre patrimoine. Nous dérobons à nos citoyens leur unique source de divertissement en plein air ; nous rendons la vie difficile aux pêcheurs ; nous encourageons l’érosion des plages ; nous abattons les arbres indispensables pour l’équilibre écologique ; nous encourageons l’écart entre les riches et les pauvres avec pour résultat une insécurité générale grandissante; nous vendons nos patrimoines fonciers à des étrangers. Et, pour couronner le tout, on fait de nous des citoyens de deuxième catégorie dans notre propre pays! Pire, pour quelques dollars de plus, on est en train de détruire  l’avenir de nos enfants. A ce rythme, nous risquons de compromettre gravement le rêve mauricien d’une île paradisiaque où il fait bon vivre.

En tant que membre  de RAFAL, dont l’engagement est pour un humanisme universel basé sur le partage, je ne peux que déplorer et condamner cet accaparement  sans vergogne de nos plus belles plages publiques, et derniers espaces de verdure,  par  une poignée de personnes  –  au détriment de toute une population, toute une Nation!